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Le 5 mai 2010 à 11h32

La vie a pu émerger sur Titan !

Par Rémy Decourt, Futura-Sciences

L’astrobiologiste William Bains s'est penché sur l'apparition d'une éventuelle vie pluricellulaire qui aurait pu se développer dans l'environnement de Titan. Il conclut qu’une vie complètement différente de celle de la Terre aurait pu émerger. Un éclairage original sur l'apparition de la vie...

A cause du trop grand éloignement de Titan par rapport au Soleil, des organismes ne posséderaient pas de ressources suffisantes pour se mouvoir, explique William Bains. La vie se limiterait à des formes de vie à croissance lente analogues, ou similaires, aux lichens terrestres. Comme l’explique à Futura-Science, Roger Raynal, professeur de biologie, de géologie et de physique et spécialiste de Titan, « il est tout à fait possible qu'il existe des formes de vies sur Titan peu nombreuses, mais bien plus différentes entre elles que ne le sont les formes de vies terrestres qui, partageant une origine commune, portent toutes en leur sein biochimique la marque de leur indéniable parenté ».

Bien plus que des autotrophes analogues à nos végétaux, il faudrait plutôt rechercher des êtres vivants hétérotrophes se nourrissant des molécules organiques se formant dans l'atmosphère du satellite (quitte à entrer périodiquement en vie ralentie ou à développer des formes de transport analogues à des graines pour suivre les changements saisonniers...) ». En effet, il y a bien plus d'énergie disponible par le craquage des hydrocarbures formés dans la haute atmosphère et sédimentant à la surface que dans une « éventuelle photosynthèse utilisant un soleil pâlot dont la lueur, les jours de grand beau temps, égale à peine la pleine Lune terrestre ».

Méthane versus eau

Pour comprendre cette différence il faut savoir que la vie à besoin d’un solvant. Sur Terre ce rôle est tenu par l’eau mais sur Titan, elle est gelée... L'eau pourrait être remplacée par le méthane, présent à l'état liquide et en très grande quantité. C’est d’ailleurs le seul liquide disponible en abondance à sa surface. Reste que son utilisation implique des divergences profondes entre la biochimie terrestre et celle de Titan. Pour Roger Raynal, « la variété des atomes composant les molécules organiques doit être beaucoup plus grande que celle observée sur Terre » où, pour l'essentiel, toutes les molécules de la vie sont composées de quatre éléments, CHON (carbone, hydrogène, oxygène et azote). Et de préciser que la réactivité chimique doit « être nettement supérieure sinon, à -180°C, toute vie serait figée dans le froid. Bien des molécules jugées instables sur Terre seraient, à cette température, d'une stabilité parfaite pour un être vivant ».

Vue d'artiste de lacs de méthane et d'éthane sur la surface de Titan. © Karl Kofoed

Le méthane étant un solvant bien moins efficace que l'eau, les molécules de la biochimie titanienne devront être bien plus petites que celles observées sur Terre. « Ainsi, les molécules contenant plus de 6 atomes lourds (autre que de l'hydrogène) ne sont pas solubles dans le méthane, alors que la plupart des molécules intermédiaires du métabolisme terrestre comptent 10 atomes lourds ». De fait, la diversité du paysage évolutif chimique et biochimique est bien moindre sur Titan. Alors que la vie terrestre a procédé par sélection dans une banque de plus de dix millions de molécules, seuls quelques milliers de composés sont envisageables sur Titan.

Des travaux qui ne font pas l’unanimité

Certains aspects du raisonnement de William Bains (astrobiologiste à l'Université Cambridge) sont contestables. Au niveau évolutif, l'astrobiologiste fait l'hypothèse que la vie sur Titan serait apparue dans l'environnement énergétique et chimique actuel. Or, explique Roger Raynal, « le peu que nous savons de l'histoire de Titan nous indique qu'elle a été mouvementée, par exemple avec la perte éventuelle de son l'atmosphère, voire des modifications de l'orbite ». Il suppose également que ce développement s'est réalisé en surface mais « rien n’est moins sur ». Ce que nous savons de Titan permet de dire qu’il paraît bien plus probable que les conditions favorables au développement d'une vie éventuelle « ne se sont pas trouvées réunies (si tant est qu'elles le furent jamais) à la surface glacée du satellite mais dans ses profondeurs », à des températures et pression permettant l'existence dus variété plus importante de composés chimiques, d'eau liquide (éventuellement) et de sources d'énergie (chaleur interne causée par les effets de marée de Saturne) permettant d'alimenter des synthèses prébiotiques à grande échelle.

Pour Roger Raynal « des adaptations ont peut-être permis à ces formes de vies de se développer vers (ou à) la surface, mais il est plus probable que ces éventuels habitants seraient restés confinés dans leur biotope originel, se répandant sous la surface au gré des vicissitudes de l'histoire géologique du satellite ».

Au niveau biochimique, le chercheur oublie que le métabolisme seul ne fait pas la vie. Sur Terre, « elle se caractérise par l'édification de polymères, de molécules géantes qui composent la structure même de la cellule et des êtres vivants : les protéines, les glucides, les acides gras sont ainsi des marqueurs du vivant sont l'assemblage serait problématique à - 180°C ». Les molécules pourtant insolubles dans le sang (protéines, lipides) s'y trouvent tout de même transportées grâce un ensemble de molécules permettant, sinon de les solubiliser, du moins de les distribuer sans encombre.

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A mesure que nos connaissances de Titan s'approfondissent, ce satellite de Saturne fascine de plus en plus. Crédits Nasa / JPL /<em>Space Science Institute</em>
A mesure que nos connaissances de Titan s'approfondissent, ce satellite de Saturne fascine de plus en plus. Crédits Nasa / JPL /Space Science Institute