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Brouillard utilitaire : substance intelligente et polymorphe...

Dossier - Nanotechnologie : les incroyables applications
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Le nanomonde est l’objet de toutes les attentions, et certains y voient une prochaine révolution industrielle. Des aliments aux matériaux en passant par la médecine régénérative, ce dossier vous propose un tour d'horizon des applications potentielles que l’on peut espérer de la nanotechnologie.

  
DossiersNanotechnologie : les incroyables applications
 

De toutes les applications que l'on nous fait miroiter, la plus invraisemblable demeure le brouillard utilitaire (utility fog). Cette substance « intelligente et polymorphe » serait formée d'un ensemble de robots microscopiques, capable de se mouvoir dans toutes les directions pour saisir des doigts d'autres robots microscopiques.

Imaginée par le docteur Hall, rattaché à l'Institute for Molecular Manufacturing, cette machine puiserait ses composants dans l'air ambiant pour manufacturer des matières à la demande... Certes, il ne s'agit que d'une thèse, mais elle donne la mesure de l'absence de limites que semble ouvrir la nanotechnologie.

Le livre Engines of Creation 2.0, de K. Eric Drexler. © DR

La surprise survient pourtant lorsqu'on apprend qu'à l'université Carnegie-Mellon, une équipe de chercheurs menée par Seth Goldstein travaille à créer des essaims de robots microscopiques qui, en s'agglutinant les uns aux autres, pourraient se métamorphoser en pratiquement n'importe quelle forme. Quand bien même Seth Goldstein reconnaît que la concrétisation d'un tel projet se situe très loin dans le futur, il n'est pas sans rappeler les promesses du brouillard utilitaire.

Les zélateurs de la nanotechnologie ont certes parfois semblé excessifs : l'un d'eux a affirmé que les produits de cette science pourraient en venir à recréer des formes de vie animales et végétales disparues. Sans aller aussi loin, Eric Drexler, l'homme dont le livre Engines of Creation (1986) a démarré l'intérêt scientifique sur le domaine, a exposé, en 2007, à l'occasion d'une nouvelle édition augmentée de son essai, comment cette voie pourrait apporter une solution au réchauffement climatique.

« J'aimerais décrire un type de nano-usine que je n'avais pas mentionné dans Engines of Creation ; une machinerie moléculaire qui trierait les molécules de gaz afin d'extraire le dioxyde de carbone de l'air. Cela demanderait une énergie substantielle, mais cela pourrait être accompli avec une bonne efficacité thermodynamique. »

Drexler évoque la nécessité d'employer plusieurs térawatts d'énergie solaire sur une surface de 200 kilomètres de côté durant dix ans pour éliminer l'excès de dioxyde de carbone accumulé depuis la première révolution industrielle et le convertir sous forme liquide à des fins de stockage à long terme.

La nanotechnologie suscite toutefois maintes appréhensions, car les risques que cette science pourrait entraîner sont à peine mesurables. Et de fait, les opposants à cette nouvelle science sont donc nombreux. Utilisée à des fins belliqueuses, la nanotechnologie permettrait de créer des armes d'une nocivité dépassant tout ce qui a été connu jusqu'alors. Or, selon le quotidien Yediot Aharonot, en novembre 2006, le premier ministre israélien d'alors, Ehud Olmert, aurait donné son feu vert à la création d'armes reposant sur la nanotechnologie.

« Il ne faut pas tomber dans l'idée que parce qu'une chose serait potentiellement dangereuse, il faudrait arrêter toutes les recherches. Il faut juste faire des analyses sérieuses sur le long terme, et prendre le temps de regarder ces études. Dire que les nanotechnologies sont dangereuses, c'est comme si l'on disait que la nourriture est dangereuse. Les particules peuvent être différentes, leur toxicité peut être très variable », estime pour sa part Philippe Poulin.

Pourtant, lorsqu'on creuse le sujet afin de repérer ce qui constitue la base de l'opposition à la nanotechnologie, l'on découvre quelque chose d'étonnant : c'est le fait que l'Homme joue avec les éléments de la nature qui constitue le fait inacceptable pour une partie de la population. De fait, à la fin de l'année 2008, l'université du Wisconsin à Madison a mené une enquête afin d'évaluer la perception du public. Il en est ressorti que les pays à tendances laïques tels que la France étaient plutôt bien inclinés à l'égard des nanotechnologies, alors que dans les contrées dans lesquelles la religion occupe une place importante (comme les États-Unis, l'Irlande ou l'Italie), la perception était plus négative.

Il est clair que la nanotechnologie invente des produits et solutions qui n'ont pas été testés sur le long terme. Les tomates au goût de concombre seront-elles bien acceptées par notre organisme ? Les parties du corps régénérées pourraient-elles avoir des effets secondaires imprévus ?

L'apparition de nanomatériaux redéfinit la façon même de concevoir les objets et appelle l'édification de nouveaux codes, de nouvelles règles de sécurité et de nouvelles structures de contrôle des entreprises opérant dans le secteur des nanotechnologies.