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Deuxième fréquentation - Phase 2

Dossier - La grotte Cosquer, sanctuaire paléolithique sous la mer à Marseille
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En Juillet 1991, Henri Cosquer découvre, au pied d'une falaise du Cap Morgiou, à trente-sept mètres sous le niveau de la mer, et à quelques kilomètres de Marseille une grotte sous marine remarquable avec des peintures fabuleuses.

  
DossiersLa grotte Cosquer, sanctuaire paléolithique sous la mer à Marseille
 

Les visiteurs venus quelques milliers d'années plus tard ont vraisemblablement perçu les mains négatives comme le témoignage d'une magie ancienne et dangereuse, car un bon nombre ont été détruites par le bris des draperies stalagmitiques sur lesquelles elles se trouvaient, ou marquées par la surcharge de points ou de traits peints, ou de traits multiples rageusement gravés destinés à les oblitérer.

Tête de félin - Phase 2 © Photo Jean Clottes - Tous droits de reproduction interdit

C'est de la Phase 2 que datent la majorité des peintures et des gravures animales. Une centaine fut répertoriée lors de nos premiers travaux. Actuellement, nous en avons cent soixante et dix-sept. Les chevaux dominent, un peu plus du tiers du total. Ils sont suivis des bouquetins et des chamois, des bovinés et des cervidés. Une tête de félin, une antilope saïga récemment identifiée et plusieurs animaux indéterminés ou composites complètent le lot de la faune terrestre.

Il s'y ajoute des animaux marins, la plus grande originalité de la Grotte Cosquer. Parmi eux, ont été reconnus neuf phoques gravés et trois pingouins peints en noir. Ces derniers, bien reconnaissables par des spécialistes, représentent le Grand Pingouin, espèce massacrée par les marins et les pêcheurs jusqu'au milieu du XIXème siècle où elle disparut. Ce sont les seules figurations de cette espèce indiscutablement attestées dans l'art préhistorique. Quelques figures noires mystérieuses pourraient être des méduses ou des poulpes, mais sans certitude. Quoi qu'il en soit, l'influence du milieu marin sur l'iconographie est forte. Nous avons par la suite identifié plusieurs poissons. Même si la faune figurée sur les parois ne reproduisait pas à l'identique le milieu environnant, même si elle était, ce qui est des plus vraisemblables, le support de mythes et de rites magico-religieux, la preuve est apportée que ce milieu exerçait une influence notable sur le choix des thèmes.

Le bouquetin gravé Bq4, suivi du phoque © Photo Jean Clottes - Tous droits de reproduction interdit

A ce bestiaire s'ajoutaient aussi des signes géométriques, rectangles, zig-zags, signes en forme de sagaies sur les animaux, qui abondent dans la Grotte Cosquer. En tout, nous avons répertorié plus de deux cents signes géométriques. L'un des plus importants, reconnu après la parution de notre premier livre, est ce que l'on appelle un signe de type Placard, constitué par un corps horizontal fait de deux traits parallèles, surmonté par un appendice vertical en cheminée et terminé de chaque côté par un autre appendice dirigé vers le bas. Son importance vient de sa présence dans les deux cavernes du Lot citées (Cougnac, Pech-Merle), ainsi que dans la grotte du Placard, en Charente, pendant le Solutréen (plus ou moins vers 20 000 BP). Nous avons donc là la preuve de contacts à longue distance et d'influences réciproques dans le domaine symbolique et religieux.

L'Homme tué © Photo Jean Clottes - Tous droits de reproduction interdit

L'un des thèmes les plus remarquables est celui de "l'Homme tué", un humain assez schématique mais bien reconnaissable à sa silhouette et à son bras terminé par une main caractéristique, surchargé par une arme barbelée. L'homme est figuré sur le dos, les jambes en l'air dans la position d'un animal mort. Il a une tête de phoque avec les moustaches caractéristiques. Il s'agit donc d'un être composite, comme on en connaît ailleurs (dans la Scène du Puits de Lascaux, par exemple). Le thème de l'homme criblé de traits existe d'ailleurs à une époque plus ou moins contemporaine de la seconde période de la Grotte Cosquer, dans deux cavernes du Lot, Pech-Merle et Cougnac.

Signe géométrique en chevron. Le chevron de droite évoque la représentation d'un sexe féminin.© Photo Jean Clottes - Tous droits de reproduction interdit

Parmi les thèmes, les représentations sexuelles occupent une place non négligeable. Nous avons découvert, entre autres, une gravure très réaliste de phallus humain avec les testicules et plusieurs creux de la paroi cernés de noir pour évoquer des vulves.

L'étude des techniques stylistiques et des procédés utilisés pour la représentation des animaux permet des rapprochements avec l'art de grottes contemporaines. Les plus probants se font avec Ebbou dans l'Ardèche et le Parpalló en Espagne.