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Arégonde, troisième épouse de Clotaire 1er

Dossier - Arégonde, reine des Francs : enquête anthropologique
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La découverte de la tombe de la reine Arégonde, morte à la fin du VIe siècle de notre ère, a été le point de départ d’une grande aventure scientifique qui touche à son terme. En voici les conclusions.

  
DossiersArégonde, reine des Francs : enquête anthropologique
 

Arégonde est la troisième épouse de Clotaire 1er (511-561) et la mère de Chilpéric 1er (né vers 534 et roi de 561 à 584). Elle est connue grâce à une courte mention écrite de Grégoire de Tours dans son Histoire des Francs (livre IV, 3).

Paire de fibules provenant de la parure de la reine Arégonde (v. 515-573). Or et grenats, Gaule mérovingienne, vers 570. © Jastrow, Wikimedia commons, DP

Arégonde, nommée Aregundis, y apparaît comme la jeune sœur d'Ingonde, seconde femme de Clotaire. Il est rapporté que ce dernier a été chargé, par Ingonde, de trouver un époux convenable à sa belle-sœur. Parti à la rencontre de celle-ci, Clotaire s'enflamme pour la jeune femme et l'épouse aussitôt au prétexte qu'il est le seul homme riche et sage digne d'elle. Arégonde lui donnera un de ses sept fils : Chilpéric.

Fig. 4 - Fouille du sous-sol de la basilique Saint-Denis, au centre le sarcophage 49 (d’Arégonde) renversé. © Commission du Vieux Paris

La tombe d'Arégonde identifiée grâce à une bague sigillaire

Il faut attendre 1959 pour ajouter de nouvelles pièces à l'histoire d'Arégonde. Son sarcophage est découvert lors des fouilles menées dans la basilique de Saint-Denis par Michel Fleury, directeur des Antiquités historiques de la Région parisienne (fig. 4). Archiviste-paléographe et parfait connaisseur de l'œuvre de Grégoire de Tours, il identifie aussitôt la tombe comme celle de la reine grâce à une bague en or portée par la défunte. Sur le chaton de la bague, on y lit le nom ARNEGUNDIS développé autour d'un monogramme central reconnu comme le qualificatif REGINE. Il ne fait alors pas de doute que la défunte Arnegundis et la reine Aregundis de Grégoire de Tours, ne sont qu'une seule et même personne.

Fig. 5 - Bijoux et parures découverts dans la tombe d’Arégonde. © DR

Outre la bague à chaton, la défunte, richement vêtue, porte une paire de boucles d'oreille en or à pendants en corbeille (fig. 5). Sa tenue vestimentaire est reconstituée grâce aux autres éléments de parure découverts sur le corps et à l'analyse des matériaux organiques. La contribution récente des spécialistes - Antoinette Rast-Eicher (Büro für archäologische Textilien Archéo Tex), Markita Volken (Gentle Craft, Lausanne), Vitold Nowik (laboratoire de recherche des Monuments historiques) - a permis de corriger les propositions faites en 1959 et en 1998 par Michel Fleury et Albert France-Lanord (†1993), (laboratoire d'Archéologie des métaux, Nancy), en enrichissant les connaissances par de nombreux détails sur les habits (matières, couleurs, ornements).

Fig. 6 - Reconstitution du costume d’Arégonde selon les dernières recherches. © Florent Vincent

Pour son dernier repos, la reine a été couverte d'un long manteau garni de galons aux planchettes et d'emmanchures brodées de fil d'or. Il est fermé par une ceinture de cuir avec une garniture à armature d'argent et appliques de feuilles d'or décorées de grenats et de verroteries en bâte, ainsi que par deux fibules discoïdes en or cloisonnées de grenats (fig.6). Un voile de samit de soie rouge et jaune est maintenu par deux épingles de coiffure en or à tête sphérique ; il est également fixé au manteau par une grande épingle ornée de manchons polyédriques à grenats losangés.

Sous le manteau d'apparat, la reconstitution des vêtements est plus difficile. Les fragments de tissus retrouvés indiqueraient la présence d'une tunique, avec une doublure, et d'un sous-vêtement. Arégonde est chaussée d'escarpins en peau de chèvre. Grâce aux traces d'usure et aux déformations repérées sur le cuir, il est possible de préciser que les souliers ont été portés du vivant de la reine. Les chaussures étaient maintenues par des lanières de jarretières croisées sur le coup de pied ; les jarretières sont composées de plaques-boucles, de contre-plaques et de passe-courroies en argent doré complétés par de grands ferrets en argent à décor zoomorphe suspendus à la partie haute des jarretières. Le costume d'Arégonde s'inspire des modes vestimentaires méditerranéennes et plus précisément byzantines. Le corps était enveloppé dans un linceul de lin.

En dehors de l'habillement et des bijoux, un seul objet a été déposé aux pieds de la défunte : un flacon de verre verdâtre à panse piriforme et col court.