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Étude du squelette d'Arégonde : anthropologie et génétique

Dossier - Arégonde, reine des Francs : enquête anthropologique
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La découverte de la tombe de la reine Arégonde, morte à la fin du VIe siècle de notre ère, a été le point de départ d’une grande aventure scientifique qui touche à son terme. En voici les conclusions.

  
DossiersArégonde, reine des Francs : enquête anthropologique
 

Le squelette d'Arégonde, au centre de querelles archéologiques dès sa découverte, a fait l'objet de deux expertises anthropologiques menées respectivement en 1959 et 1993. En 2005, le nouvel examen demandé à l'équipe du laboratoire d'anthropologie du Cepam, consistait en un checkup du squelette précédant le choix des pièces osseuses destinées aux analyses ADN.

Lors de ce contrôle, des anomalies osseuses ont été détectées ; elles ont justifié la reprise de l'étude du squelette et permis de proposer, outre un complément d'identité, un bilan de santé de la reine mérovingienne.

Fig. 7 - Le squelette d’Arégonde a été l'objet d'analyses, par l'angle de l'anthropologie et de la génétique. © Loïc Hamon, MAN

Pour les nouvelles observations, près de la moitié du squelette était toujours disponible. Quelques fragments de crâne, la mandibule, la colonne vertébrale et des côtes, une partie du membre supérieur droit et des membres inférieurs, le bassin et, enfin, les pieds ont été à nouveau examinés. Aucun os long n'était intégralement conservé (fig. 7).

Fig. 8 - Détail du bassin d’Arégonde, les coxaux présentent des caractéristiques morphologiques du sexe féminin. © Loïc Hamon, MAN

L'étude du squelette d'Arégonde

La première étape de l'étude anthropologique s'est attachée à confirmer la gracilité du squelette déjà notée dans les études précédentes et à certifier la détermination du sexe grâce à l'observation d'une partie des pièces osseuses constituant le bassin. La morphologie caractéristique des échancrures sciatiques et des surfaces auriculaires des coxaux a permis de réaffirmer sans ambigüité le sexe féminin du sujet (fig. 8).

L'identification a été, par ailleurs, confirmée par l'analyse de l’ADN ancien. La stature de la défunte a également été recalculée. En l'absence d'os longs complets à notre disposition, nous avons eu recours à des méthodes de restitution appliquées au fragment supérieur du fémur gauche. La taille a été estimée entre 1,50 et 1,60 mètre, conformément aux résultats des examens anthropologiques précédents. Elle a été complétée par une information plus précise concernant la pointure des pieds. Celle-ci a été mesurée par le Dr Yves Darton à partir de la longueur totale des calcanéus reportée aux tables de T. Volkov (1905). En considérant qu'il s'agit d'une femme « européenne », la taille des pieds a été estimée à 35, avec une demi-pointure de moins à droite. Cette différence trouve une explication dans une anomalie du pied droit sur laquelle nous reviendrons plus loin.

Fig. 9 - Répartition des individus apparentés, inhumés dans le sous-sol de la basilique, d’après l’étude de l’ADN mitochondrial menée par l’équipe du Pr. Jean-Jacques Cassiman. © V. Gallien sur fond de plan Commission du Vieux Paris

L'état de conservation médiocre du squelette n'a pas permis d'observations à caractère génétique. Mais cette lacune a été avantageusement comblée par les analyses de l'ADN ancien effectuées par l'équipe du professeur Cassiman. Les recherches en ADN mitochondrial, témoin de l'ascendance maternelle du sujet étudié, ont été menées sur Arégonde et sur 15 sujets inhumés autour d'elle. Les analyses de 13 individus, dont Arégonde, ont abouti. Elles ont mis en évidence l'appartenance de tous les sujets à un même macrohaplogroupe R, caractéristique des populations originaires de l'Eurasie occidentale. En revanche, si des apparentements ont déterminé trois groupes d'individus présentant des liens maternels, Arégonde, associée à l'haplogroupe U5a1, n'a été mise en relation avec aucun de ses voisins (fig. 9).

La seconde étape de l'examen biologique a permis d'estimer assez précisément l'âge au décès de la défunte grâce à l'observation microscopique des dents. Elle a ensuite permis d'établir le bilan de santé de la reine en révélant l'existence d'une maladie handicapante.