Depuis la seconde moitié du XXe siècle, les témoignages se multiplient. Un peu partout dans le monde. Des gens observent ce qu’ils appellent des ovnis. Des objets volants non identifiés. Souvent, les scientifiques parviennent, après enquête, à les expliquer de manière tout à fait rationnelle. Mais parfois, le mystère demeure. Comme c’est le cas, près de soixante ans plus tard, pour l’ovni de Valensole (Alpes-de-Haute-Provence). Une histoire des plus étranges.


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    C'est alors que les années 1940 touchaient à leur fin que le premier témoignage tombe. Un pilote américain âgé d'une trentaine d'années raconte avoir observé, au-dessus de l'État de Washington, neuf « soucoupes volantes » filant à vive allure. Depuis, des centaines de milliers d'individus ont décrit des expériences similaires. Ou plus déroutantes encore. Partout dans le monde. Et ces observations sont prises très au sérieux. En France, c'est le Groupe d'études et d'informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés (Geipan) qui les étudie. Un service du Centre national d'études spatiales (Cnes) qui analyse les cas signalés de ce que nous avions coutume d'appeler les ovnis - pour objets volants non identifiés -, mais qui ont depuis été rebaptisés pans - pour phénomènes aérospatiaux non identifiés.

    Dans la base de donnéesbase de données de plusieurs milliers de témoignages recensés par le Geipan, surtout des méprises. Des ballons météométéo ou des drones que les observateurs ont mal identifiés. Mais aussi, une part - environ 4 % - de cas qui restent sans explication. Étranges, diront certains. Non élucidés, en tout cas...

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    En tête de liste, cette histoire qui s'est jouée au cœur d'un paisible village des Alpes-de-Haute-Provence. À Valensole, le 1er juillet 1965. Ce jour-là, il n'est que cinq heures et demie du matin, mais Maurice Masse est déjà au travail. Il est agriculteur. Et c'est au beau milieu de son champ de lavandelavande qu'il va vivre une expérience qui va bouleverser sa vie.

    Son attention est d'abord attirée par un sifflement strident. Celui d'un hélicoptère sans doute. Mais pourquoi se serait-il posé dans son champ ? Il faut y aller voir de plus près. Une fois dégagés les plants de lavande, ce que Maurice Masse découvre n'a rien à voir avec un hélicoptère. À la place, un engin « en forme de ballon du rugby », « sombre et mat », comme posé sur six pattes. De la taille « d'une Renault Dauphine ». Et à côté, deux petits êtres étranges. Avec des têtes « en forme de potironpotiron », bien trop grosses pour être humaines. Des êtres de la corpulence d'enfants de huit ans qui semblent intrigués par... un plant de lavande. Dans leur combinaison blanche, ils ont l'air inoffensifs. Presque moqueurs. Malgré le trou béant qui leur sert de bouche. Maurice Masse est confiant. Il s'approche. C'est alors que l'un de ces petits êtres pointe une sorte de tuyau vers lui. L'agriculteur de Valensole est paralysé. Il le restera plusieurs minutes. Jusqu'après le décollage de l'engin.

    Le site de l’atterrissage de l’ovni de Valensole tel qu’il apparaît sur un cliché enregistré dans un procès-verbal de gendarmerie. Il faudra attendre une dizaine d’années pour que de la lavande y repousse. © Geipan
    Le site de l’atterrissage de l’ovni de Valensole tel qu’il apparaît sur un cliché enregistré dans un procès-verbal de gendarmerie. Il faudra attendre une dizaine d’années pour que de la lavande y repousse. © Geipan

    Des traces de l’ovni dans le champ de lavande

    Inspectant alors la terre, il découvre des « traces en forme d'étoile avec un trou cylindrique au milieu, dans une terre détrempée ». Mais lorsqu'il reviendra montrer les lieux à sa fille, quelques heures plus tard, la terre sera devenue « dure comme du cimentciment ». Impossible même d'y planter un couteau, racontent les gens du village.

    Qu'auriez-vous fait, à la place de cet homme ? Lui, incapable d'expliquer la « merveilleuse » rencontre qu'il vient de faire, a confié, dès le lendemain, son expérience incroyable à un ami. Lui demandant de ne pas ébruiter l'affaire. De peur d'être pris pour un fou. Mais l'ami ne peut s'empêcher d'en parler autour de lui. Et la rumeur publique arrive aux oreilles des gendarmesgendarmes. Une enquête commence. Sur la personne de l'agriculteur d'abord. Première confirmation : il n'avait ni bu ni mangé depuis son réveil, ce matin-là. Plus généralement, c'est un homme sans histoire. Qui aime sa tranquillité. Pas du genre à chercher la notoriété. Le buzz, dirait-on aujourd'hui. Les gens qui le connaissent, de près ou de loin, le confirment tous. Maurice Masse n'est pas un affabulateur. C'est indéniablement un témoin sérieux et crédible.

    L’un des plans établis par la gendarmerie au lendemain de l’observation du 1<sup>er</sup> juillet 1965 à Valensole. Il a été rendu public en 2015. © Geipan
    L’un des plans établis par la gendarmerie au lendemain de l’observation du 1er juillet 1965 à Valensole. Il a été rendu public en 2015. © Geipan

    Des enquêtes non concluantes

    Sur les lieux de l'atterrissage, plus grand-chose d'exploitable. Car beaucoup de curieux ont piétiné le champ avant l'arrivée des gendarmes. À peine de quoi confirmer qu'un engin a « éventuellement » pu se poser là. « Une cuvette peu profonde, d'environ 1,20 mètre de diamètre avec au centre, un trou d'une quarantaine de centimètres de profondeur. Ainsi que quatre sillons peu profonds formant une sorte de croix. » Des analyses ultérieures montreront simplement un taux anormalement bas de calciumcalcium.

    Ce n'était pas un hélicoptère

    Parmi les explications les plus sérieusement avancées, la thèse de l'hélicoptère de l'armée en manœuvre dans la région est avancée. Mais Maurice Masse la balaye d'un revers de main. « L'engin ne possédait ni rotor ni pales. J'ai tout de même la prétention de savoir reconnaître un hélicoptère. Ce n'en était pas un. »

    Maurice Masse ne sortira pas indemne de cette aventure. Il plongera rapidement dans une dépression dont il aura peine à se relever. Ce qui ne l'empêchera pas de maintenir son témoignage jusqu'à sa mort, en 2014.

    En 1965, le Geipan n'existait pas. Toutefois, les organismes successivement chargés d'enquêter sur les ovnis - puis les pans - se sont penchés sur cette histoire singulière. Sans toutefois publier d'enquête approfondie. Jacques Vallée, l'un des grands spécialistes de l'ufologie - il a inspiré le personnage interprété par François Truffaut dans le film de Steven Spielberg, « Rencontres du troisième type » -, l'étude des ovnis - « ufo », pour unidentified flying object, en anglais - a échangé avec Maurice Masse. Et toutes les conclusions sont les mêmes : le cas de l'ovni de Valensole demeure, aujourd'hui encore « inexplicable ».