La Nasa a rendu publiques hier plusieurs images de la surface de la Lune acquises par le véhicule Orion depuis une faible altitude. Fortement cratérisés, ces paysages lunaires sont très vraisemblablement ceux de la face cachée de la Lune.

Au sixième jour de la mission Artemis I, la capsule Orion a survolé la Lune à seulement 130 kilomètres de distance, une première pour un véhicule spatial non habité. Lors de cette manœuvre, Orion a survolé la face cachée de la Lune. La Nasa a utilisé la caméra de navigation d'Orion pour prendre plusieurs clichés de cette face cachée.

Un cratère en forme de cœur. © Nasa
Un cratère en forme de cœur. © Nasa

Des images en noir et blanc de cratères sur la Lune

Bien que ces images en noir et blanc montrent des structures géologiques plutôt surprenantes, voire amusantes, comme un cratère en forme de cœur, ces images ne sont pas de très grand intérêt scientifique. Étonnamment, elles sont utiles à la Nasa pour préparer les futurs vols habités Artemis.

Région lunaire fortement cratérisée avec une très grande variété de cratères en matière de taille et de profondeur. Notez la structure géologique, légèrement à gauche du centre de l'image. © Nasa
Région lunaire fortement cratérisée avec une très grande variété de cratères en matière de taille et de profondeur. Notez la structure géologique, légèrement à gauche du centre de l'image. © Nasa

Parmi les seize caméras à bord d'Orion, qui filment en permanence l'extérieur et l'intérieur de la capsule spatiale pour s'assurer du bon état du véhicule et vérifier le bon fonctionnement mécanique des panneaux solaires par exemple, la caméra de navigation est utilisée pour capturer des images de la Terre et de la Lune à différentes phases et distances. Ces images de faible qualité et définition permettent de disposer d'un corpus de données plus important pour certifier l'efficacité d'Orion dans différentes conditions d'éclairage afin d'aider à orienter le vaisseau spatial lors de futures missions avec équipage.

Saurez-vous reconnaître quel est ce cratère d'impact avec des gradins en bordure biens visibles ? © Nasa
Saurez-vous reconnaître quel est ce cratère d'impact avec des gradins en bordure biens visibles ? © Nasa
Région lunaire fortement cratérisée, avec des cratères eux-mêmes impactés au fil du temps, ce qui permet de dater la surface lunaire. © Nasa
Région lunaire fortement cratérisée, avec des cratères eux-mêmes impactés au fil du temps, ce qui permet de dater la surface lunaire. © Nasa

Artemis I : des images magnifiques du vaisseau Orion qui frôle la Lune

Article de Rémy DecourtRémy Decourt publié le 22/11/2022

Après son survolsurvol de la Lune, Orion se prépare à rejoindre son orbite rétrograde prévue vendredi. Il s'éloignera de la Lune de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres, ce qui permettra à la Nasa et à l'ESAESA de s'assurer que ce véhicule est apte aux vols habitésvols habités. Lors de son approche au plus près de la Lune, plusieurs dizaines d'images ont été acquises. 

Sans surprise, le survol de la Lune par le véhicule Orion s'est déroulé sans encombre. L'engin spatial, piloté depuis la Terre, est passé à seulement 128 kilomètres de la surface de la Lune ! À cette distance, les mannequins d’Orion ont pu bénéficier d'un joli panorama que très peu d'humains ont eu l'occasion de contempler.

Ce rase-mottes au plus près de la Lune n'était évidemment pas une facétie de la Nasa pour faire plaisir à ses mannequins. Il avait seulement pour but de tirer profit de la force de gravitégravité lunaire pour aider Orion à rebondir vers une orbite rétrograde lointaine. Celle-ci est différente de celle utilisée pendant le programme ApolloApollo, où le vaisseau et son équipage avaient une orbite plus circulaire et bien plus proche de la surface lunaire.

Mais, aussi forte soit-elle, cette force n'était pas suffisante pour amener Orion là où la Nasa le souhaitait. Lors de son passage derrière la Lune -- pendant laquelle les communications radioradio entre Orion et la Terre, et inversement, ont été impossibles pendant 34 minutes --, Orion a effectué l'une des principales manœuvres de sa mission. Alors qu'il se trouvait à quelque 530 kilomètres de la Lune et volait à plus de 8 000 km/h, le moteur principal du module de service européen s'est allumé durant 2 minutes et 30 secondes afin d'accélérer l'engin et lui permettre d'atteindre l'orbite rétrograde lointaine visée. Une nouvelle fois, la manœuvre s'est bien déroulée.

La face cachée de la Lune photographiée par le vaisseau Orion (au premier plan). La tache sombre est la mer orientale, principal bassin d'impact à la surface de cet hémisphère de la Lune qui n'est jamais visible de la Terre. © Nasa
La face cachée de la Lune photographiée par le vaisseau Orion (au premier plan). La tache sombre est la mer orientale, principal bassin d'impact à la surface de cet hémisphère de la Lune qui n'est jamais visible de la Terre. © Nasa

Cependant, pour rejoindre cette orbite rétrograde, un deuxième allumage du moteur principal sera nécessaire. Il aura lieu vendredi 25 novembre et amènera Orion jusqu'à 92 134 kilomètres de la Lune, ce qui sera aussi son point le plus éloigné de la Lune. Quant à la plus grande distance d'Orion par rapport à la Terre, elle sera atteinte le lundi 28 novembre à 15 h 05 CST, à plus de 432 108 kilomètres.

Cette orbite rétrograde lointaine est dite « lointaine » dans le sens où elle est très éloignée de la surface de la Lune, et « rétrograde » parce qu'Orion voyagera autour de la Lune dans la direction opposée à celle de la Lune autour de la Terre.

La Terre disparaît derrière la Lune, vu d'Orion. © Nasa
La Terre disparaît derrière la Lune, vu d'Orion. © Nasa

Une semaine pour vérifier qu’Orion est apte aux vols habités

L'absence d'astronautesastronautes à bord d'Orion permettra au véhicule de rester plusieurs jours sur cette orbite, ce qui doit permettre à la Nasa et à l'ESA d'apprendre comment il réagit dans un environnement aussi éloigné de la Terre et de la Lune de façon à vérifier son aptitude à réaliser des vols habités dans le cadre du programme Artemis mais aussi d'apprendre et préparer des voyages plus lointains vers Mars et des astéroïdesastéroïdes.

Voir aussi

Artemis I : Airbus a « réalisé un des sous-systèmes de propulsion les plus complexes en Europe »

Concrètement, depuis son lancement le véhicule est testé à l'intérieur de son enveloppe de vol, afin de voir dans quelles conditions et comment il peut fonctionner dans des configurations variées. Le système de propulsion de l'European service module (ESM) est au cœur de ces tests et les manœuvres nécessaires pour amener Orion sur cette orbite rétrograde sont scrutées avec minutie. La vérification des performances et du bon fonctionnement du système de propulsion qui sont l'un des principaux objectifs d’Artemis I ne sont pas les seuls. Le guidage, la navigation, la communication, le contrôle thermique et tout un tas d'autres systèmes et sous-systèmes sont également testés et surveillés pour s'assurer que le véhicule est prêt pour ses futures missions habitées.

Le retour sur Terre d'Orion est prévu le 11 décembre.

Magnifique lever de Terre au-dessus de la Lune. Images capturées par le vaisseau Orion lors de son survol de notre satellite, jusqu'à 128 kilomètres au-dessus de sa surface. © Nasa

Apollo Remastered

Ce survol de la Lune est l'occasion de vous présenter l'ouvrage Apollo Remastered (Éditions du Chêne) d'Andy Saunders, écrivain scientifique et l'un des plus grands spécialistes mondiaux de la restauration numériquenumérique des images de la Nasa. Andy Sanders a sélectionné et retravaillé numériquement 300 de ces images, dont une grande partie sont inédites, qui retracent l'histoire de toutes les missions du programme Apollo ; elles sont présentées pour la première fois dans ce livre. Le résultat est bluffant.

Les Éditions du Chêne viennent de publier <em>Apollo Remastered</em>, le récit photographique réalisé par Andy Saunders, l'un des plus grands spécialistes mondiaux de la restauration numérique des images de la Nasa. © Nasa, JSC, ASU, Andy Saunders et Nasa
Les Éditions du Chêne viennent de publier Apollo Remastered, le récit photographique réalisé par Andy Saunders, l'un des plus grands spécialistes mondiaux de la restauration numérique des images de la Nasa. © Nasa, JSC, ASU, Andy Saunders et Nasa

Artemis I : découvrez en direct la Lune survolée par le vaisseau Orion

Article de Daniel ChrétienDaniel Chrétien publié le 21/11/2022

Le vaisseau Orion est en train de terminer son approche de la Lune et s'apprête à réaliser un premier survol à moins de 130 kilomètres au-dessus de la surface. À l'occasion de ce survol, le vaisseau réalisera ses manœuvres pour prendre la route vers une orbite lunaire rétrograde. Nous vous donnons les adresses pour suivre cet événement.

À l'heure où nous écrivons ces lignes, Orion est à moins de 15 000 kilomètres de la Lune et progresse à près de 450 km/h (280 mph). Le survol est prévu aujourd'hui 21 novembre, dès 13 h 30 heure de Paris. À partir de 13 h 44, le module de service européen du vaisseau allumera son moteur principal tandis que le passage au plus près de la surface se fera à 13 h 57, à 128 kilomètres d'altitude (80 miles). Vous pourrez suivre ses mouvementsmouvements en direct sur Nasa TV ou sur le site officiel de Tracking.

Artemis I, au plus près de la Lune. © Nasa

Toutefois, Orion ne sera pas en contact direct avec la Terre pendant quelque temps : entre 13 h 25 et 13 h 59, le vaisseau se trouvera derrière la Lune par rapport à nous, et sera donc livré à lui-même. C'est là l'importance des manœuvres tests, qui doivent servir à qualifier le vaisseau, notamment pour la première mission habitée Artemis II.

Le vaisseau Orion vu depuis une caméra embarquée au bout d'un panneau solaire, avec la Terre en arrière-plan. © Nasa
Le vaisseau Orion vu depuis une caméra embarquée au bout d'un panneau solaire, avec la Terre en arrière-plan. © Nasa

Problèmes techniques mineurs

Suite au grand succès du tir SLS qui l'a propulsé dans l'espace, le vaisseau Orion a correctement réalisé les trois manœuvres de correction d'orbite prévues au cours de sa route pour la Lune. Les équipes de la Nasa ont toutefois relevé quelques soucis, considérés comme mineurs grâce aux diverses redondances : un des traqueurs d'étoilesétoiles (star tracker) ne fonctionne pas correctement, et un sous-système d'alimentation électrique (à l'aide des panneaux solaires) non plus. Des équipes y travaillent.

Localisation des <em>star-trackers</em> du vaisseau Orion. Ces systèmes servent au vaisseau à se repérer par rapport aux étoiles. Si jamais l'un tombe en panne, normalement d'autres en redondance peuvent prendre le relais, sinon le vaisseau ne saurait où il se trouve ! © Nasa
Localisation des star-trackers du vaisseau Orion. Ces systèmes servent au vaisseau à se repérer par rapport aux étoiles. Si jamais l'un tombe en panne, normalement d'autres en redondance peuvent prendre le relais, sinon le vaisseau ne saurait où il se trouve ! © Nasa

Les manœuvres d'Orion qui seront réalisées au cours de ce premier survol lunaire lui serviront à se poser sur une trajectoire de transittransit. C'est seulement au bout de ce transit, le 25 novembre, que le vaisseau se placera en orbite lunaire rétrograde.