Le cerveau des Préhistoriques leur a-t-il joué des tours, influençant la créativité des artistes en train d’orner les murs des grottes ? C’est

ce que suggère une nouvelle étude, qui montre que la moitié des représentations animales semblent avoir été influencées par un type d’illusion d’optique que l’on appelle la paréidolie.


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    Qui n'a jamais eu l'impression de reconnaître un visage ou la silhouette d'un animal dans un nuagenuage, un paysage quelconque ou une image totalement banale ? Phénomène psychologique assez fréquent, la paréidolie est en effet la capacité d'identifier des formes familières en présence de stimuli visuels de nature très diverse. C'est en quelque sorte une forme d'illusion d'optique. Notre cerveaucerveau a en effet une tendance naturelle à reconnaître des formes connues et communes dans des schémas parfois très aléatoires. Le fameux test de Rorschach se base d'ailleurs sur cette capacité cognitive pour mener des analyses psychologiques de certaines personnes. La paréidolie est donc un processus neurophysiologique complexe, qui pourrait d'ailleurs peut-être expliquer la créativité des peintres de la Préhistoire.

    Le célèbre « visage de Mars » n'est rien d'autre qu'une manifestation de la paréidolie. © Wikimedia Commons, domaine public
    Le célèbre « visage de Mars » n'est rien d'autre qu'une manifestation de la paréidolie. © Wikimedia Commons, domaine public

    Les artistes de la Préhistoire sous l’emprise de la paréidolie ?

    Ceux qui ont déjà participé à une visite de grotte savent à quel point l'environnement souterrain, surtout lorsque l'éclairage est faible et dirigé d'une certaine manière, fait fonctionner l'imagination. Les formes étranges des concrétionsconcrétions ou les irrégularités des parois peuvent alors faire naître une multitude d'images. Un exemple, on ne peut plus typique de la paréidolie. Si notre cerveau nous joue ce genre de tour, il ne semble donc pas inconcevable que les Hommes de la préhistoire aient également reconnu dans cet environnement étrange et impressionnant les formes animales typiques qui peuplaient alors leur quotidien.

    Ombre et irrégularité de la roche donnent l'impression de voir un visage sur cette falaise. © Aleph79, Wikimedia Commons, CC by-sa 3.0
    Ombre et irrégularité de la roche donnent l'impression de voir un visage sur cette falaise. © Aleph79, Wikimedia Commons, CC by-sa 3.0

    Une nouvelle étude, publiée dans la revue Cambridge Archeological Journal, montre en effet que la paréidolie aurait pu largement influencer les artistes à l’œuvre dans les grottes il y a de cela 40 000 ans. Pour arriver à cette conclusion, une équipe de scientifiques a étudié de nombreuses représentations d’animaux dans plusieurs grottes du nord de l’Espagne. Pour se mettre dans les conditions les plus proches de celles des artistes de la Préhistoire, les chercheurs ont d'ailleurs utilisé la réalité virtuelleréalité virtuelle pour modéliser les mursmurs des grottes illuminées sous un éclairage similaire à ce qu'avaient pu avoir nos ancêtres. L'objectif était de reproduire le plus fidèlement possible les effets visuels qu'ont pu produire les parois des grottes sur un œilœil humain.

    50 % des peintures influencées par la paréidolie

    Résultat : plus de 50 % des peintures montrent une forte corrélation entre la morphologiemorphologie de la paroi dans ces conditions d'éclairage et celle de l'animal représenté. Courbes de la surface rocheuse et fissures sont en effet souvent utilisées pour représenter une partie de l'animal (dosdos, cornes, têtes), suggérant que la paréidolie a fortement influencé les créations des artistes de la Préhistoire.

    Les célèbres chevaux de la grotte du Pech Merle en France. À droite, la tête du cheval peinte correspond à un fragment de paroi dont le découpage laisse suggérer la tête de l'animal. © Kersti Nebelsiek, Wikimedia Commons, domaine public
    Les célèbres chevaux de la grotte du Pech Merle en France. À droite, la tête du cheval peinte correspond à un fragment de paroi dont le découpage laisse suggérer la tête de l'animal. © Kersti Nebelsiek, Wikimedia Commons, domaine public

    Toutes les images peintes ne peuvent cependant être expliquées par la paréidolie, montrant que si ces illusions d'optique ont bien pu fournir une part de l'inspiration artistique, les Hommes préhistoriques ont également su utiliser les murs des grottes pour laisser libre cours à leur propre créativité.

    Ces résultats devraient permettre de mieux comprendre la psychologie visuelle et la capacité cognitive et créatrice de nos lointains ancêtres.