La compétition entre clans pour l'accès aux ressources à la préhistoire. © Gorodenkoff, Adobe Stock
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Des guerres de clans à la Préhistoire sur fond de changement climatique

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La vallée du Nil a été, il y a 13.000 ans, le théâtre d'affrontements violents entre groupes humains supposés s'être déroulés dans un unique contexte de guerre organisée. Or, cette hypothèse est à présent remise en cause grâce à une étude suggérant, au contraire, une succession de multiples conflits pour l'occupation d'un territoire devenu stratégique dans un contexte climatique soumis à d'intenses fluctuations.

Le cimetière égyptien de Jebel Sahaba, situé au Soudan actuel, était jusqu'à aujourd'hui considéré comme étant le témoin de la guerre préhistorique organisée. Depuis l'étude d'une partie des ossements qu'il renferme, ce site est considéré comme un cimetière de guerre puisque les causes de la mort des individus inhumés ne sont vraisemblablement pas naturelles et que les squelettes présentent des lésions notamment dues à des tirs de projectiles.

Néanmoins, une récente étude, publiée aujourd'hui dans Scientific Report, a remis en question la chronologie des faits ayant conduit aux inhumations à la suite de cette guerre présumée. Une collaboration entre des chercheurs de l'Université de Toulouse, de Bordeaux et du British Museum a permis de porter un regard nouveau sur les squelettes précédemment analysés et de doubler cet échantillonnage afin de retracer l'histoire tragique de ces Hommes préhistoriques.

Le cimetière de Jebel Sahaba. © Fond d’Archives Wendorf du British Museum

Raid et embuscades entre clans pour l’accès aux ressources

Les nouvelles données que publie cette équipe indiquent que les hommes, les femmes et les enfants inhumés présentent des blessures similaires, telles que des fractures et des lacérations dues à des tirs de projectiles comme des flèches ou des lances à la pointe acérée. Or, en temps de guerre, l'on s'attend à ce que les hommes présentent plus souvent ce type de lésions que les femmes et les enfants.

Photographie d’archive illustrant la tombe double des individus JS 20 et JS 21 avec l’indication par les crayons de la position des artéfacts lithiques associés. © Fond d’Archives Wendorf du British Museum

De plus, certaines blessures n'ont pas causé la mort des individus puisque des marques de cicatrisation ont été retrouvées. Cette donnée suggère donc que les individus inhumés ont pu endurer une succession d'événements violents, tels que des raids ou des embuscades, avant que l'un d'entre eux ne leur soit fatal. Le cimetière de Jebel Sahaba ne serait donc pas le témoin d'une guerre préhistorique organisée et unique mais celui de sauvages conflits armés récurrents entre plusieurs groupes humains. La violence de ces combats est d'ailleurs attestée par la forme des têtes des flèches ou des lances dont les orientations du tranchant suggèrent qu'elles étaient spécifiquement destinées à faire saigner les cibles.

Étude des restes humains de Jebel Sahaba dans le département d’Égypte et du Soudan du British Museum (Londres). Analyse microscopique des lésions osseuses et étude anthropologique par Marie-Hélène Dias-Meirinho (gauche) et Isabelle Crevecoeur (droite). © Marie-Hélène Dias-Meirinho

Le climat, catalyseur de tensions

Les données archéologiques dans la région du cimetière de Jebel Sahaba indiquent que celle-ci était occupée par différents groupes de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs. Une telle concentration de groupes humains était probablement due au fait que l'environnement constituait une zone refuge du point de vue du climat. Or, une concentration inhabituelle de groupes humains a pu accroître la compétition pour les ressources et exacerber les tensions entre les clans, favorisant ainsi les stratégies de raids et d'embuscades et donc les événements meurtriers dans cette région de la vallée du Nil.

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