L'illustration de cet artiste montre le premier visiteur interstellaire identifié, 1I/'Oumuamua, découvert en 2017. L'objet capricieux s'est balancé à moins de 24 millions de kilomètres du Soleil avant de sortir du Système solaire. 1I/'Oumuamua défie encore toute simple catégorisation. Il ne se comportait pas comme une comète et avait une variété de caractéristiques inhabituelles. Comme la rotation complexe de l'objet a rendu difficile la détermination de la forme exacte, il existe de nombreux modèles de ce à quoi il pourrait ressembler. © Nasa, ESA et J. Olmsted et F. Summers (STScI)
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Le télescope spatial Webb sera à l'affût des objets interstellaires qui traversent le Système solaire

ActualitéClassé sous :exobiologie , astéroïde , télescope spatial James Webb

[EN VIDÉO] Qui est vraiment ‘Oumuamua ?  Le 19 octobre 2017, un observatoire à Hawaï (États-Unis) rapporte l’observation, au cœur de notre Système solaire, d’un objet mystérieux : ‘Oumuamua. Depuis les astronomes cherchent à percer les secrets de cet objet interstellaire qui ne ressemble à aucun autre. Certains en viennent même à envisager l’inimaginable : ‘Oumuamua pourrait avoir été construit par une intelligence extraterrestre. © Futura 

La traversée du Système solaire par un incontestable visiteur interstellaire, 'Oumuamua, a ouvert la perspective d'étudier lors de leur passage de prochains visiteurs similaires pour avoir des renseignements de première main sur la matière et la cosmogonie des exoplanètes sans devoir s'y rendre. Il se trouve que le télescope James-Webb devrait être particulièrement bavard sur la composition chimique et physique des prochains objets interstellaires et en particulier si ce sont des comètes comme 2I/Borisov.

Des premiers disques de débris planétaires découverts en 1983 par l'Infrared Astronomical Satellite (IRAS) autour des quatre étoiles Vega, Beta Pictoris, Fomalhaut et Epsilon Eridani aux disques protoplanétaires étudiés avec Alma en passant par les observations de Spitzer et Hubble, l'astronomie infrarouge et millimétrique a puissamment aidé à confirmer que le phénomène de formation planétaire était très fréquent dans la Voie lactée et selon des modalités qui, dans les grandes lignes, étaient celles développées dans les modèles de la cosmogonie du Système solaire.

Il nous reste cependant beaucoup à apprendre notamment parce que les planétologues ne comprennent pas parfaitement les processus chimiques exacts impliqués dans la formation des planètes. Ils veulent savoir aussi s'il y avait quelque chose de particulier dans la façon dont nos propres planètes se sont formées autour de notre Soleil. Bien sûr, nous avons déjà des indications avec les instruments développés par la noosphère, mais nous aimerions en savoir plus, malgré le fait que nous ne sommes très loin de pouvoir envoyer une sonde dans un système planétaire proche, comme celui de Proxima Centauri, pour acquérir plus d'informations.

Toutefois, la détection des objets clairement d'origine interstellaire 1I/'Oumuamua, en 2017, et 2I/Borisov, en 2018, a clairement changé la donne, surtout depuis l'arrivée au point de Lagrange L2 Terre-Soleil du télescope James-Webb.

Les caractéristiques orbitales de 'Oumuamua et Borisov en font clairement des astres qui ont été éjectés de leur système planétaire d'origine dans la Voie lactée et ils sont sûrement la pointe émergée d'une population d'objets interstellaires traversant souvent le Système solaire et qui sont, d'une certaine manière, des mémoires de la formation d'exoplanètes ailleurs dans la Galaxie. Mémoires qui pourraient être aussi bavardes pour les exobiologistes étudiant la possible apparition de la vie ailleurs que dans le Système solaire avec, par exemple, Mars et Europe.

 

Dans ce petit film, nous vous racontons l’histoire de la comète interstellaire 2I/Borisov. Une histoire qui débute, pour nous Terriens, fin août 2019 quand nous l’avons croisée du regard pour la première fois, mais qui a commencé il y a des dizaines ou des centaines de millions d’années, voire plus… car nous ne connaissons pas encore l'âge de cet objet venu d’ailleurs. © Futura

Du rayonnement infrarouge pour lire une mémoire interstellaire

Or, voilà ce que Martin Cordiner vient de déclarer dans un communiqué de la Nasa, chercheur principal d'un programme Webb Target of Opportunity : « La sensibilité et la puissance de Webb nous offrent maintenant une opportunité sans précédent d'étudier la composition chimique de ces objets interstellaires et d'en savoir beaucoup plus sur leur nature : d'où ils viennent, comment ils ont été fabriqués et ce qu'ils peuvent nous dire sur les conditions présentes dans leurs systèmes d'origine. »

Clairement pour cet astrophysicien du Goddard Space Flight Center de la Nasa à Greenbelt, Maryland : « La capacité d'étudier l'un d'entre eux et de découvrir sa composition - de voir de près le matériel d'un autre système planétaire - est vraiment une chose incroyable », et lui et son équipe se préparent à étudier dans l'infrarouge avec Webb dans un avenir proche plusieurs objets interstellaires en croisière selon une orbite hyperbolique dans le Système solaire, et qu'ils ne visiteront qu'une seule fois.

2I/Borisov ressemblait beaucoup à une comète, mais 1I/'Oumuamua pas du tout. Cela laisse penser que nous allons faire des découvertes fascinantes sur la diversité des systèmes planétaires. Martin Cordiner et ses collègues veulent en avoir le cœur net et pour cela ils utiliseront deux instruments du James-Webb travaillant respectivement dans la bande de l'infrarouge proche et moyen, à savoir NIRSpec et MIRI.

Selon le communiqué de la Nasa, NIRSpec servira à analyser la composition chimique des gaz que pourraient émettre ces objets interstellaires proches du Soleil, étant en mesure de mettre en évidence la signature spectrale de molécules spécifiques telles que l'eau, le méthanol, le formaldéhyde, le dioxyde de carbone, le monoxyde de carbone et le méthane. MIRI (Mid InfraRed Instrument), de son côté, donnera plutôt des renseignements sur les processus thermiques associés aux particules solides, telles que les grains de poussière et même des cailloux.

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