Illustration du satellite Kepler, implacable chasseur d’exoplanètes. © Nasa

Sciences

Kepler : bientôt la panne sèche pour le célèbre chasseur d'exoplanètes

ActualitéClassé sous :Astronomie , Kepler , corot

Comme le craignait la Nasa, le satellite Kepler n'a visiblement plus beaucoup de carburant. L'urgence est de récupérer les données recueillies ces derniers mois. Néanmoins, le télescope spatial, qui en est déjà à sa deuxième vie, n'a pas encore dit son dernier mot.

La Nasa nous y a préparé il y a quelques semaines : le célèbre satellite Kepler pourrait tomber en panne sèche très prochainement. Nous allons donc perdre un grand chasseur d’exoplanètes, responsable de la prise de quelque 2.650 planètes reconnues et sans davantage car il y a encore près de 3.000 candidates. La semaine dernière, la jauge de carburant était en effet au plus bas, a annoncé l'Agence spatiale américaine. Dans le but de préserver le plus longtemps possible le télescope spatial et son butin, le vaisseau a été mis en mode hibernation pour économiser ses dernières gouttes de carburant.

L'urgence est à présent de récupérer les données collectées au cours des 51 jours de sa dix-huitième campagne d'observation qui a donc été interrompue (Kepler opère dans le cadre de K2, nouvelle mission mise en place suite à des problèmes techniques il y a 5 ans ; voir aussi l'article plus bas). Des informations précieuses car une pléthore d'exoplanètes ont été identifiées au sein de la constellation du Cancer lorsqu'il l'a scrutée pour la première fois en 2015. Aussi, cette nouvelle fournée renferme-t-elle de nouvelles découvertes et va-t-elle aider à confirmer (ou pas) les candidates de la précédente moisson.

Peut-être une dix-neuvième et ultime campagne d’observation pour Kepler

Le rapatriement des données est prévu le 2 août. Les ingénieurs en profiteront pour évaluer le système de propulsion. Le satellite, qui a une deuxième vie, sera alors réveillé de son sommeil profond et devra manœuvrer pour orienter son antenne vers la Terre.

Et après ? Si tout se passe bien, la Nasa ne compte pas en rester là. Dès le 6 août, Kepler se positionnera pour entamer sa dix-neuvième campagne de K2, scrutant cette fois les étoiles du Verseau. Parmi ses milliers de cibles, la superstar Trappist-1.

Prudents, des chercheurs n'imaginaient pas aller au-delà de la campagne 16. Or, comme on peut le voir, la partie continue. Et Kepler ira jusqu'au bout.

Pendant ce temps, toujours dans le voisinage de la Terre, un traqueur d'exoplanètes hors pair se prépare. Le satellite Tess devrait bientôt nous livrer ses premières découvertes.

Pour en savoir plus

Des inquiétudes pour Kepler, le chasseur d'exoplanètes

Article de Laurent Sacco publié le 23 janvier 2013

Sale temps pour les chasseurs d'exoplanètes. Alors que l'on vient d'abandonner tout espoir d'utiliser à nouveau Corot pour découvrir des superterres habitables par la méthode des transits planétaires, on apprend que le satellite Kepler donne de graves signes de défaillance affectant son contrôle d'attitude. Ce bel instrument pourrait bien ne plus jamais être opérationnel...

La mission Corot est interrompue depuis le 2 novembre 2012, à la suite d'une défaillance de la chaîne photométrique employée pour détecter des transits planétaires. Les ingénieurs et les chercheurs qui l'utilisaient pour chasser des exoplanètes ont annoncé récemment qu'ils avaient perdu tout espoir, devant les échecs répétés des tentatives de redémarrage du satellite. C'est d'autant plus rageant que la mission venait d'être prolongée jusqu'en 2016.

Le cousin de Corot, Kepler, est lui aussi mal en point, bien que l'on ignore encore ce qui va advenir de cette mission dans les semaines à venir. Le problème se situe au niveau des « roues de réaction » équipant le satellite de la Nasa.


Pour comprendre comment se sont formées les planètes du Système solaire et trouver une vie ailleurs, il faut détecter des exoplanètes. Depuis presque 20 ans, plus de 840 exoplanètes ont été découvertes. Et ce n'est qu'un début. © Esa, Euronews

Une roue de réaction défaillante altère le pointage de Kepler

Une roue de réaction, comme celles utilisées par le télescope Kepler, est un type de volant d'inertie utilisé dans sondes et satellites afin de modifier leur moment angulaire sans consommer de carburant. En d'autres termes, ce système permet de changer l'orientation d'un engin spatial afin de pointer adéquatement un astre avec un télescope ou une antenne parabolique par exemple.

Pour cela, on doit pouvoir mettre en rotation au moins trois roues de réaction au moyen de moteurs électriques. Cela permet de changer le moment cinétique propre à un satellite qui, par conservation du moment cinétique total, doit se mettre en rotation dans le sens opposé au sens de rotation du moteur et selon un nouvel axe.

Une vue d'artiste montrant Kepler chassant des exoplanètes dans la Voie lactée. Il utilise pour cela la méthode des transits planétaires. © Nasa

Kepler est équipé de quatre roues de réaction dont une n'était plus opérationnelle depuis quelque temps déjà. Cela ne gênait nullement la mission du satellite, puisque cette roue constituait un système auxiliaire de contrôle du pointage de l'instrument utilisé pour détecter des exoplanètes par la méthode des transits.

Dix jours d’attente avant de repartir à la chasse aux exolunes

De fait, comme pour Corot, la mission venait d'être prolongée quand les ingénieurs de la Nasa ont découvert le 11 janvier 2013 une friction anormale au niveau de l'une des trois roues de réaction restantes de Kepler. Celle-ci augmentant avec le temps, il fut décidé de suspendre les opérations scientifiques avec Kepler en mettant le satellite en veille.

Les membres de la Nasa vont ainsi attendre dix jours en espérant que le lubrifiant de la roue se redistribue. Si tout va bien, elle sera à nouveau utilisable et Kepler pourra reprendre sa chasse aux exoplanètes et aux exolunes. Dans le cas contraire, il n'y aura plus en orbite de mission capable de détecter des transits d'exoterres, et la chasse aux exoplanètes va subir un coup de frein. Elle ne s'arrêtera pas pour autant puisqu'au sol, on peut continuer à découvrir des superterres par la méthode des vitesses radiales.

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