Sciences

Une calotte polaire sur Pluton vue par New Horizons

ActualitéClassé sous :Astronomie , pluton , Charon

La sonde New Horizons, en route vers Pluton, n'en est plus qu'à environ cent millions de kilomètres. Son télescope vient de transmettre les images d'une rotation complète, montrant une surprenante variation de contraste et une région très claire au niveau de l'un des pôles. De la glace d'azote sans doute.

Pluton et Charon photographiées par le télescope Lorri de la sonde New Horizons entre le 12 et le 18 avril 2015, soit une distance de 111 et 104 millions de kilomètres. Une animation, visible ici, réalisée à partir de 13 images montre une rotation complète de Pluton sur elle-même et le mouvement du satellite Charon. L’animation est centrée sur le point autour duquel tournent les deux corps. Contrairement au système Terre-Lune (et à tous les couples planète-satellite du Système solaire), ce point (le barycentre, ou centre de gravité) n’est pas situé dans le corps le plus lourd mais entre les deux. © Nasa, JHUAPL (John Hopkins University Applied Physics Laboratory), Southwest Research Institute

La sonde de la Nasa, partie en janvier 2006, approche de Pluton à raison de 1,2 million de kilomètres par jour. Début avril, elle a cessé sa rotation sur elle-même, qui lui permettait de transmettre ses données vers la Terre à plus grande vitesse (grâce à la meilleure précision du pointage de son antenne) et a repris ses observations. On a alors vu la première image en couleurs de Pluton, prise par l'instrument Ralph/MVIC, un spectromètre-imageur dans le visible et le proche infrarouge.

Voici maintenant le travail du télescope Lorri (Long Range Reconnaissance Imager), de 20,8 cm de diamètre. Les images sont encore très pixellisées et la résolution reste inférieure à celle du télescope Hubble. Celle-ci ne sera dépassée qu'à la mi-mai, lorsque New Horizons sera entrée dans la zone « BTH », comme dit le JPL, pour better than Hubble, c'est-à-dire « meilleur que Hubble ». Entre le 12 et 18 avril, l'instrument pointé vers Pluton a pris une succession d'images durant un peu plus de 6 jours, soit une rotation complète de cette planète naine (6,387 jours). Charon est bien visible et l'animation non centrée sur Pluton (ci-dessus) montre bien que les deux corps tournent autour d'un point (le barycentre) situé loin au-dessus de Pluton (à environ 1.200 km de sa surface).

Une capture de l’animation centrée sur Pluton, montrant son axe de rotation (Rotation Axis). Pour voir l'animation, cliquez ici. Le zoom montre bien les très fortes variations de contraste de la surface et le petit point blanc, à droite, au niveau d'un pôle. Le terme deconvolved indique que les images ont été savamment traitées (par « déconvolution »). Sur son blog du site de la Planetary Society, Emily Lakdawalla explique que cette méthode a été mise au point pour compenser le défaut optique du télescope spatial Hubble avant sa réparation en orbite. © Nasa, JHUAPL (John Hopkins University Applied Physics Laboratory), Southwest Research Institute

Pluton, une planète à la surface très contrastée

Ces images montrent surtout une grande variété de luminosité, avec une région très brillante sur l'un des pôles. Il n'est pas précisé si l'on doit dire « nord » ou « sud » pour cette planète dont l'axe est très incliné et même proche du plan de l'écliptique, comme Uranus. Selon les responsables de la mission, cette blancheur est probablement due à une calotte de glace, vraisemblablement d'azote, le constituant majeure de la fine atmosphère plutonienne. Avec une température d'environ 40 kelvins, soit seulement 40° au-dessus du zéro absolu, ou à peu près - 230 °C, ce gaz se condense et forme de la neige ou de la glace, comme sur Triton, satellite de Neptune. Les rayons du Soleil peuvent la sublimer, c'est-à-dire la transformer en gaz. L'atmosphère et les glaces au sol sont en équilibre.

Cette situation est connue depuis bien longtemps et cette observation n'est donc pas une surprise. Mais elles étonnent tout de même les responsables de la mission par les forts contrastes qu'elles mettent en évidence. Pour l'instant, explique le communiqué de la Nasa, on ne sait pas si ces variations de luminosité sont d'abord dues à la composition du sol (roches ici, glaces ailleurs) ou à la topographie (vallées, canyons, montagnes...). Ces images montrent aussi que le télescope Lorri fonctionne parfaitement, ce qui promet de beaux spectacles dans les prochaines semaines, jusqu'au survol rapproché qui aura lieu le 14 juillet. D'ici là, chacun pourra suivre cette progression car, bonne nouvelle, ses images brutes sont désormais mises en ligne sur le site la mission New Horizons du JPL.

Cela vous intéressera aussi