À n'en pas douter, la mission Envisat de l'Agence spatiale européenne aura été exceptionnelle à plus d'un titre. Les dix instruments embarqués ont fourni des informations de premier plan aux scientifiques mais aussi à de nombreux prestataires de service dans plusieurs domaines de la recherche climatique et environnementale. © Esa

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Fin de partie pour le satellite Envisat

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Malgré ses efforts, l'Agence spatiale européenne n'a pas réussi à reprendre le contrôle du satellite Envisat. La mission a été déclarée terminée. Elle clôt dix ans de recherche climatique et environnementale couronnée de succès. Un coup dur pour de nombreux utilisateurs, qui pose la question de la continuité des données.

Dix ans après le lancement du satellite environnemental Envisat et un mois après sa perte de contrôle, l'Agence spatiale européenne vient de reconnaître qu'elle ne réussira pas à le récupérer. Elle a annoncé la fin de la mission. Envisat devient un débris spatial...

Au cours du mois écoulé, une équipe a bien tenté de reprendre le contrôle du satellite en étudiant toutes les causes possibles du problème. Peine perdue, malgré l'envoi continu de signaux de télécommande à partir d'un vaste réseau de stations au sol, aucune réaction du satellite n'a été enregistrée.

Autre regret, on ne connaîtra vraisemblablement jamais les raisons de la panne. Parmi les scénarios probables envisagés, l'Esa cite la perte du régulateur de puissance, entraînant le blocage des signaux de télémesure et de télécommande ou l'apparition d'un court-circuit déclenchant un mode de sécurité destiné à assurer la survie d'Envisat. Une deuxième anomalie peut s'être produite lors du passage en mode de sécurité, laissant le satellite dans une configuration intermédiaire indéterminée.

Le Portugal et l'Espagne vus par Meris : la dernière image acquise par ce remarquable instrument avant la perte de contrôle du satellite Envisat. Les données récoltées par cet instrument sont exploitées pour l'océanographie, la météorologie et l’agriculture. © Esa

Lancé le 1er mars 2002, pour observer et surveiller les terres émergées, l'atmosphère, les océans et les calottes polaires de notre planète, Envisat était à l'origine une mission scientifique. Au vu des performances remarquables de ses dix instruments et par certains aspects elle est devenue opérationnelle, de sorte que de nombreux utilisateurs sont très dépendants des données du satellite. Plusieurs sociétés de service se sont ainsi créées à partir des données Envisat, dont PolarView, un des services les plus consommateurs de données Envisat qui fournit des alertes sur les icebergs ou encore l'Agence européenne pour la sécurité maritime, basée au Portugal, qui a pour rôle de détecter et surveiller toutes sortes de pollutions en mer, notamment celles des hydrocarbures.

L'interruption de la mission Envisat met en danger ces services qui obtenaient les données gratuitement. Pour continuer à fonctionner, ils devront se tourner vers d'autres fournisseurs, dont certains payants. Pour l'Esa, le lancement de la série de satellites Sentinel, en cours de développement dans le cadre du programme européen GMES, est ainsi « devenu encore plus urgent ».

Envisat ne pourra pas passer le relais à Sentinel

Cependant, l'incertitude demeure quant au financement de ce programme sur la période 2014-2020. La Commission européenne veut en effet retirer du budget commun les 4,5 milliards d'euros nécessaires, proposant de régir son financement par le biais d'un accord entre gouvernements. Cette décision serait bien sûr regrettable, car elle revient à lancer des satellites sans aucune garantie sur le financement de leur activité opérationnelle.

Cette nécessité de la continuité des données est une des raisons qui a poussé l'Esa à étendre la mission Envisat bien au-delà de sa durée de vie prévue qui était de cinq ans. Cette prolongation de mission n'a rien d'extraordinaire, tous les satellites en état de fonctionnement allant plus loin que leur durée de vie initialement programmée. Nombreux étaient ceux qui pensaient qu'Envisat resterait en activité pendant quelques années encore, au moins jusqu'au lancement des missions Sentinel qui doivent prendre le relais dès 2013.

Il faut comprendre que si les instruments et les satellites qui devaient garantir la continuité des données avaient été prêts plus tôt, l'Esa n'aurait pas été contrainte de prolonger la durée de vie d'Envisat. L'effet indirect de cette décision a été de renoncer à la possibilité d'une désorbitation. Avec ses 8 mètres de long et ses 10 tonnes, Envisat est devenu un « beau » débris spatial. Si aujourd'hui le risque de collision est très faible, la question de sa désorbitation va se poser d'ici quelques années. Et aller le récupérer ne sera pas une mince affaire...

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