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La navette Atlantis heurtée par un débris spatial ou une micrométéorite

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La découverte d'un trou minuscule dans un des radiateurs externes de la navette Atlantis vient rappeler qu'un des plus grands dangers du voyage spatial est bien la présence de météorites, mais aussi, et surtout, de débris en orbite basse.

C'est durant les opérations de maintenance au sol que le trou, d'un diamètre de 2,5 mm, a été découvert dans le panneau d'un dissipateur thermique de la navette, épais de 12 mm. Ceux-ci, au nombre de deux, sont repliés contre la partie interne des portes de soute lorsque celle-ci est fermée, et se déploient en orbite, s'exposant ainsi au vide spatial. Les techniciens ignorent à quel moment l'un d'entre eux, le droit, a été impacté.

Gros plan sur le trou provoqué par une micrométéorite ou un débris spatial

Cette perforation n'a pas été découverte lors de la double inspection en détails effectuée au moyen d'une caméra à haute résolution fixée à l'extrémité du bras robotique avant la rentrée atmosphérique, car celle-ci était axée principalement sur les parties sensibles, c'est à dire les tuiles de protection situées sous le ventre, les ailes, et au niveau des bords d'attaque du vaisseau spatial, tandis que les dissipateurs ne jouent aucun rôle durant cette phase de retour, étant réintégrées dans la soute. Cette perforation n'a porté aucune conséquence sur le fonctionnement de la navette et des dissipateurs, n'ayant endommagé aucune partie sensible.

Sur cette photo d'Atlantis prise depuis l'ISS, le dissipateur thermique est bien visible (en haut de l'image, ouvert)

Les experts estiment qu'il n'a pas pu être provoqué par un fragment de la navette elle-même, tel qu'il en a été détecté peu avant le retour avec pour conséquence le report de la fin de la mission d'une journée, car ceux-ci se déplacent sur une orbite voisine avec une vitesse relative faible. Il ne pourrait donc s'agir que d'une micrométéorite, ou d'un débris spatial provenant d'une autre mission, peut-être très ancienne.

James Hartsfield, du centre spatial Johnson à Houston, annonce que des prélèvements ont été effectués afin de déterminer, par l'examen des traces, si l'objet d'origine était naturel ou artificiel. Dans cette dernière hypothèse, une analyse plus poussée permettra d'en déterminer la composition.

Relevé des dégâts selon la Nasa. Le mini-cratère s'étend sur une largeur de 0,108 pouce (2,5 mm), puis s'évase sur une largeur correspondant à cinq cellules de la structure en nid-d'abeilles du dissipateur thermique, d'une épaisseur totale de 0,5 pouce (12,5 mm). Celui-ci est situé entre deux conduits de liquide réfrigérant.

Un tel incident n'est pas rare. Très fréquemment, des pare-brise de navettes spatiales doivent être remplacés suite à des impacts de débris divers, micrométéorites mais aussi déchets divers, tels cristaux de glace de condensation, écailles de peinture, fragments métalliques minuscules ou autres. De telles traces sont également relevées dans la protection thermique du Shuttle.

Si la plupart de ces impacts ne s'avèrent pas dangereux pour la sécurité de l'équipage, la Nasa classe cependant celui-ci en seconde position, après un cratère de 12 mm relevé dans le recouvrement thermique d'une des portes de soute de Columbia en 1995. Si un tel trou était creusé par un impact à la partie inférieure, là où les contraintes de rentrée sont les plus fortes et la température la plus élevée, cela pourrait s'avérer catastrophique. C'est pour cette raison qu'en orbite, les navettes volent toujours en arrière, afin de protéger au maximum leur bouclier.

Les études internes effectuées par la Nasa après l'incident de Columbia démontrent que les impacts de débris spatiaux représentent 11 causes sur les 20 principales pouvant conduire à la perte d'une navette et de son équipage.

Mais les dégâts potentiels au revêtement thermique ne sont pas ceux qui inquiètent le plus les techniciens, car ils sont détectables, et même réparables en orbite depuis qu'un outillage spécifique a été mis au point après la perte de Columbia durant sa rentrée. Il faut aussi compter sur l'endommagement toujours possible des parties sensibles, telles les tubulures de liquide réfrigérant ou de carburant, et aussi sur les mécanismes des volets hypersustentateurs de la navette. Ce dernier cas constitue le cauchemar absolu des ingénieurs, car non seulement il serait pratiquement indétectable, mais pourrait empêcher toute manoeuvre en fin de rentrée, avec la perte certaine de l'orbiteur et de son équipage.

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