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Accès des États-Unis à l'espace : divergence entre la Nasa et le Sénat

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Pour raccourcir la période durant laquelle les États-Unis n'auront plus d'accès autonome à l'espace et en particulier à l'ISS, la Nasa mise sur le secteur privé. Mais une autre option, soutenue par les républicains, s'appuie sur un projet de la Nasa, donc public, le Space Launch System et le Multi-Purpose Crew Vehicle (MPCV). Mais il n'a jamais été prévu pour desservir la Station spatiale...

Pour remplacer les navettes, le Congrès américain, dominé par les républicains, pousse la Nasa a développer le système de transport SLS/MPVC au détriment du soutien au secteur privé. Une stratégie surprenante car le privé est en capacité à développer un système de transport spatial habité dans des délais bien plus court que ceux nécessaires au SLS/MPVC. © Nasa

Pour les États-Unis, qui ne souhaitent pas rester dépendants trop longtemps des Soyouz russes pour accéder à la Station spatiale internationale après le dernier voyage d'Atlantis, deux solutions s'offrent à eux pour retrouver une autonomie d'accès à l'espace. Le secteur privé, que privilégie la Nasa mais que n'approuve pas le Comité sénatorial américain en charge de la Nasa (Senate Commerce, Science and Transportation Committe), et celle du Sénat américain qui préfère le Space launch System, que certains ont rebaptisé Senate Launch System. Cette seconde option s'appuie sur le lanceur lourd prévu pour le MPCV (Multi-Purpose Crew Vehicle, anciennement Orion). Notons que cette période de transition coûte cher à la Nasa, contrainte d'acheter les places à bord des Soyouz.

La Nasa pense que d'ici 2015 une option sera disponible pour le transport d'astronautes américains en orbite. L'objectif est d'être en « capacité de lancer vers l'ISS chaque année deux équipages de quatre personnes » déclare Phil McAlister, directeur par intérim du développement des vols spatiaux commerciaux à la Nasa. Boeing, qui travaille sur CST-100, et SpaceX avec sa capsule Dragon, sont sur les rails pour relever ce défi. « Notre feuille de route nous amène à un vol d'essai dès 2014 et un vol habité opérationnel vers l'ISS en 2015 » a déclaré John Elbon, vice-président et gestionnaire du programme CST-100. Quant à SpaceX, elle annonce qu'elle sera prête en 2014 si « le soutien financier de la Nasa se poursuit ».

Pour remplacer les navettes dans un contexte de crise économique, le Comité sénatorial chargé des questions de la Nasa veut privilégier le secteur public au détriment d'un secteur privé en plein essor. À l'image, l'astronaute américain Mike Fossum en sortie dans l'espace (en arrière-plan la soute d'Atlantis lors de l'actuelle mission STS-135). © Nasa

Le secteur privé s'est déjà lancé dans le spatial

Pour Phil McAlister, « la concurrence est un aspect clé de notre stratégie et nous la souhaitons forte avec de multiples fournisseurs ». Financé en partie par la Nasa dans le cadre de du partenariat public-privé CCDev, le secteur privé a un créneau historique pour remplacer la navette. En effet, en plus de ce financement, la Nasa apporte également son expertise, forte d'une expérience d'une cinquantaine d'années qui lui a permis d'envoyer plusieurs centaines d'astronautes dans l'espace. Comme l'explique McAlister, « nous transférons 50 ans d'expérience de vol spatial humain vers le secteur privé » et de nombreux anciens astronautes de la Nasa ont « déjà rejoint de nombreuses firmes privées en tant que consultants ».

Quatre firmes sont en compétition pour la fourniture d'un système de transport spatial clé en mai. La Nasa leur a d'ores et déjà versé 270 millions de dollars dans le cadre de CCDev2. Boeing a obtenu le financement le plus élevé (92 millions) suit Sierra Nevada (80 millions), SpaceX (75 millions) et Blue Origin (22 millions). Au titre de l'année fiscale 2012, il était prévu que la Nasa dispose de quelque 850 millions de dollars pour financer le troisième cycle de CCDev. Au lieu de cela, le Comité sénatorial veut plafonner les sommes allouées à CCDev au niveau actuel (310 millions). Pour Bolden, ce « faible niveau de financement fait courir le risque de retarder la date d'entrée en service des solutions de transport envisagées par le privé ».

En revanche, le Comité accorde 2 milliards de dollars au lanceur lourd et 1 milliard au MPCV. Malgré ce financement, ce système de transport spatial ne sera pas prêt à voler avec des humains d'ici de nombreuses années, explique Charles Bolden. Au mieux, « on planifie un vol d'essai sans équipage en 2017 puis, vers la fin de cette décennie, on envisage un vol habité ».

De plus, le MPCV n'est pas dimensionné pour des missions de courtes durées autour de l'ISS. Dans les plans de la Nasa, ce système de transport spatial est conçu pour l'exploration lointaine et en particulier pour répondre aux objectifs ambitieux de Barack Obama qui veut aller sur des astéroïdes. Il n'est pas « optimisé pour les missions en orbite basse » explique Bolden. La Nasa n'envisage d'ailleurs de l'utiliser pour une mission vers l'ISS que dans le cas d'un accident ou si le secteur privé échouait à mettre au point un système de transport.

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