Le lanceur Soyouz sur son pas de tir avec à bord 34 satellites de la constellation OneWeb. Bien qu'il soit prêt à décoller, OneWeb a suspendu tous ses lancements depuis Baïkonour en raison des exigences russes très excessives, sur fond de conflit en Ukraine.
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OneWeb suspend les lancements de ses satellites depuis Baïkonour : qu'est-ce que ça change ?

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Initialement prévu dans la nuit du 4 au 5 mars, le lancement de la fusée russe Soyouz n'aura pas lieu. Les 36 satellites de la constellation OneWeb qui devaient partir dans l'espace seront débarqués du lanceur ! En cause, les exigences de l'agence spatiale russe Roscosmos que OneWeb a eu raison de refuser, préférant suspendre tous ses lancements depuis le cosmodrome de Baïkonour. Une situation qui pourrait se retourner contre l'historique lanceur russe !

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La coopération spatiale internationale avait toujours été un terrain neutre malgré les conflits et les tensions géopolitiques et politiques qui ont rythmé le monde ses trente dernières années, mais c'est terminé. La Russie l'a fait exploser en décidant de stopper ses partenariats et coopération dans le domaine spatial avec tous les pays qui la sanctionnent après sa déclaration de guerre à l'Ukraine.

Destruction des industries spatiales ukrainiennes, suspension des lancements du Soyouz depuis la Guyane, fin des expériences en commun avec l'Allemagne à bord de l'ISS, suspension de la participation de la Nasa à la mission Venera-D (Vénus), incertitudes sur le sort d’ExoMars 2022 et, hier, OneWeb annonce la suspension du lancement des satellites de sa constellation depuis le cosmodrome de Baïkonour, au Kazakhstan. L'opérateur, qui met en place une des plus grandes constellations afin d'apporter Internet sur toute la surface du globe, a pris la décision qui s'imposait en raison des exigences de Roscosmos. Son directeur ordonnait le départ du gouvernement britannique du conseil d'administration de la société OneWeb et que la constellation ne soit pas utilisée à des fins militaires.

Après la suspension de l'exploitation du Soyouz depuis la Guyane, OneWeb voit ses satellites cloués au sol et l'objectif de mettre en service sa constellation d'ici la fin d'année s'envoler. Pour l'instant, seuls 428 satellites sont en orbite, ce qui n'est pas assez pour fournir un service commercial suffisamment attractif. 

La date de mise en service des lanceurs Ariane 6 et Vega-C incertaine 

Arianespace, qui commercialise le lanceur Soyouz à l'international et a signé les contrats de lancement avec OneWeb, est dans l'expectative. Elle n'a pas de lanceur de remplacement à proposer à OneWeb pour honorer ses contrats ! Les cinq dernières Ariane 5 sont déjà remplies et bien que le Cnes souligne que « l'arrivée imminente des nouveaux lanceurs Vega-C et Ariane 6 sur le marché permet d'envisager une reprogrammation des lancements institutionnels européens », la date de mise en service d'Ariane 6 est tout de même très incertaine et le rythme de ses lancements attendus ne pourra évidemment pas compenser la perte de l'utilisation des Soyouz, que ce soit depuis la Guyane ou de Baïkonour. Quant à la mise en service de Vega C, en remplacement de Vega, il faut savoir que les moteurs du quatrième étage des lanceurs Vega et Vega C (Avum) sont fabriqués par l'Ukraine dans des installations situées dans la ville de Dnipro, bombardée par les Russes !

Le Soyouz cantonné aux lancements russes

Indéniablement pour OneWeb et Arianespace, c'est un coup dur. Mais, étonnamment, pour Soyouz également. Certes, Moscou peut se réjouir d'avoir perturbé l'autonomie européenne de l'accès à l'espace pour plusieurs mois, mais l'avenir de son lanceur historique sur les marchés commerciaux étrangers est proche de zéro. Les seuls contrats commerciaux étrangers sont ceux signés avec Arianespace qui le font vivre. Demain, il est peu probable que la confiance perdue soit retrouvée tant que Vladimir Poutine et son gouvernement resteront au pouvoir. Et Roscosmos aura bien du mal à le vendre aux pays qui soutiennent ou s'abstiennent de condamner l'invasion de l'Ukraine par la Russie - comme la Chine et l'Inde, par exemple, qui disposent d'une flotte de lanceurs qui couvre leur besoin, ou des pays qui n'ont pas de satellite à lancer ou très peu.

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