Les portes du portique mobile, permettant l'accès au Soyouz une fois installé sur son pas de tir, sont fermées pour une durée indéterminée. © Rémy Decourt
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Conflit en Ukraine : la Russie suspend l’utilisation des Soyouz depuis Kourou et marque un point

ActualitéClassé sous :accès à l'espace , soyouz , CSG

Sans surprise, Moscou a répliqué aux sanctions imposées par l'Union européenne et les pays européens. Le directeur de Roscosmos a annoncé la suspension des lancements Soyouz depuis Kourou. Une décision qui aura des conséquences dans le manifeste de 2022 d'Arianespace, qui commercialise le Soyouz. Des reports de lancement de plusieurs mois sont déjà évoqués avec des conséquences pour Arianespace et ses clients.

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Parmi les réponses de Moscou aux sanctions européennes après l'invasion russe de l'Ukraine, celle de la suspension des lancements de Soyouz au Centre spatial guyanais (CSG) a fait mouche. Si cette suspension devait perdurer plusieurs mois, voire devenir définitive, elle clouera au sol plusieurs satellites de l'Europe, de l'Agence spatiale européenne et de OneWeb qu'Arianespace a prévu de lancer en 2022 et 2023 - le temps qu'Arianespace trouve une solution de rechange, ce qui ne sera pas simple.

Avec cette décision d'apparence anodine, la Russie met à mal l'autonomie de l'accès à l'espace de l'Europe. D'autant plus que la transition vers Vega C et Ariane 6, que facilite Soyouz, est très incertaine en raison de l'indétermination de la date de la mise en service de ces deux nouveaux lanceurs.

Après cinq lancements en 2020, dont deux depuis le CSG, neuf en 2021, mais seulement un depuis le CSG, les autres ont été réalisés depuis les ports spatiaux russes de Baïkonour et Vostotchny, Arianespace prévoyait jusqu'à huit lancements de Soyouz cette année, dont trois depuis Kourou.

Après un premier vol réalisé le 10 février depuis le CSG pour OneWeb, Arianespace prévoyait deux autres vols depuis Kourou avec le lancement à chaque fois de deux nouveaux satellites de la constellation Galileo. Le deuxième lancement de l'année était prévu en avril. Il est donc reporté à une date inconnue. En 2023, Arianespace prévoyait de lancer le satellite d'observation de la Terre EarthCARE, développé en coopération entre les agences spatiales de l'Europe et du Japon, ainsi que le télescope spatial infrarouge Euclid de l'ESA. Le gouvernement français prévoyait également de lancer son satellite de reconnaissance CSO-3 sur un Soyouz au début de 2023.

Dans le MIK, le bâtiment d’intégration lanceur de l’Ensemble de lancement Soyouz, les lanceurs Soyouz sont stockés jusqu’à la reprise de leur exploitation. © Rémy Decourt

Un casse-tête opérationnel inédit pour Arianespace

Si sur le plan commercial et financier cette suspension est une très mauvaise nouvelle pour Arianespace, sur le plan de l'organisation des lancements c'est encore pire ! Arianespace n'a pas de solution pour remplacer Soyouz et doit attendre la mise en service d'Ariane 6. Si les lancements des satellites Galileo et scientifiques peuvent être reportés de plusieurs mois, OneWeb, le principal client privé d'Arianespace sur Soyouz pourrait ne pas être aussi patient. Et donc se tourner vers des lanceurs étrangers, vraisemblablement américains, pour lancer les satellites de sa constellation.

Avec ce nouveau contexte géopolitique la question du choix d'un back-up pour Ariane 6 (en cas de problèmes d'exploitation) devient une priorité. Avant l'invasion de l'Ukraine, Soyouz était vu comme le back-up naturel d'Ariane 6, notamment pour des missions institutionnelles. C'est pourquoi des négociations étaient en cours pour utiliser le lanceur russe au-delà de 2023 à un rythme moins régulier. En effet, avec la mise en service d'Ariane 6 et Vega C, du fait de la préférence européenne en matière de lancement, les clients institutionnels européens qui utilisent Soyouz passeront sur ces deux nouveaux lanceurs. Cette question du back-up d'Ariane 6 sera discutée lors du Conseil ministériel de l'ESA en novembre.

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