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Une nouvelle version d'Ariane 6 dévoilée

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Pour garantir la continuité de l'accès autonome à l'espace aux satellites européens et la place de leader mondial dans ce domaine à Arianespace, un successeur à Ariane 5 est nécessaire dès 2020. Ce sera Ariane 6. Pas la version présentée l'été dernier qui ne faisait pas consensus, mais un lanceur à deux étages équipé de deux ou quatre boosters selon la mission. Cette dernière version sera présentée au Conseil de l'Esa d'octobre et aux ministres responsables des questions spatiales des états membres de l'Esa en décembre.

Quelle que soit la configuration de la future Ariane 6, ce lanceur devra être économique pour s'aligner autant que faire se peut sur la stratégie commerciale de SpaceX. Une stratégie toute simple mais redoutable sur un marché fortement concurrentiel qui consiste à s’appuyer sur les contrats élevés du gouvernement des États-Unis (Nasa, US Air Force) pour proposer des lanceurs à des prix anormalement bas, comprendre qui ne reflètent pas les coûts réels du lanceur. © Esa, D. Ducros

Lorsqu'en juillet 2013, l'Agence spatiale européenne (Esa) dévoile la version définitive d’Ariane 6, après l'étude de plus de 600 concepts de lanceurs du futur et une short list de 130 versions différentes, on pensait le débat clos. Or, il n'en était rien. Depuis cette date, français et allemands n'ont jamais cessé de s'opposer sur ce choix qui proposait un lanceur comprenant deux étages à propulsion solide (P) surmontés d'un étage à propulsion cryotechnique (H).

La configuration retenue était celle d'une Ariane 6 « Multi P en ligne » (multipropulseur), haute de 50,6 mètres et constituée de trois étages. Le premier était équipé de trois propulseurs identiques à propergol solide de 135 tonnes de chargement et le second possédait un propulseur unique identique à ceux de l'étage inférieur et de même capacité. Quant au troisième, il devait s'agir d'un étage cryotechnique réallumable équipé du moteur Vinci, développé dans le cadre du programme Ariane 5 ME.

Du premier lancement d’une Ariane, en décembre 1979, à celui de la version 10 tonnes (fleuron de la gamme d’Arianespace), voici en images les premiers lancements réussis de chaque membre de la famille Ariane. De gauche à droite : la première Ariane 1 (24 décembre 1979), première Ariane 3 (4 août 1984), première Ariane 4 (15 juin 1988), seconde Ariane 5G (30 octobre 1997) et seconde Ariane 5 ECA (12 février 2005). La première Ariane 6 devrait compléter ce tableau en 2020. © Esa, Cnes, Arianespace, Service optique CSG

Aujourd'hui, un accord a été trouvé entre, d'une part, le maître d'œuvre industriel Airbus (qui rassemble 550 entreprises) et les agences spatiales française et allemande (respectivement le Cnes et le DLR) et, d'autre part, l'Agence spatiale européenne. Il sera à l'ordre du jour du prochain Conseil de l'Esa prévu les 15 et 16 octobre. Cette dernière version d'Ariane 6 prévoit un lanceur à deux étages comprenant un étage cryotechnique avec l'actuel moteur Vulcain 2 de l'étage principal d'Ariane 5 et l'étage supérieur réallumable Vinci dont le développement du moteur se termine.

Ce lanceur sera décliné en deux versions, dont une à deux boosters (Ariane 62) et une autre à quatre boosters, nommée Ariane 64. Sa gamme de prix se situera autour de 10.000 euros le kilogramme en orbite, bien en deçà de ce que propose Ariane 5. Dans le détail, un lancement d'une Ariane 62 coûtera 65 millions d'euros et 20 millions de plus pour la version lourde (Ariane 64). Il deviendra rentable à partir de 10 lancements par an.

S’adapter aux différents marchés

Comme nous l'a expliqué jeudi dernier Jean-Yves Le Gall, le président du Cnes, cette famille de lanceurs offre de nombreux avantages dont celui de couvrir les besoins institutionnels et commerciaux que ce soit pour du lancement simple ou double. Autre avantage, et non des moindres, elle sera conçue à partir d'éléments existants et sa construction s'appuiera sur le tissu industriel existant. Enfin, cette Ariane 6 est présentée comme un système de lancement évolutif, susceptible de s'adapter aux marchés futurs qui, dans de nombreux cas, ne sont guère prévisibles.

Ariane 6 est donc la réponse de l'Europe à SpaceX et son lanceur Falcon 9. Il y a encore quelques années, personne ne se doutait que l'américain allait à ce point bousculer le marché du lancement de satellites ouverts à la concurrence. Les prix low cost de SpaceX qui, reconnaissons-le, ne reflètent pas du tout le coût réel de son lanceur, lui ont permis d'engranger de nombreux contrats de lancements.

Le premier lancement d'Ariane 6 est prévu en 2020. Enfin, compte tenu du budget envisagé, 800 millions d'euros par an pendant 10 ans, le financement de la version ME d'Ariane 5 n'est pas possible. Ce dernier, propulsé par le moteur réallumable Vinci, celui qui sera utilisé sur Ariane 6, porterait la capacité du lanceur d'un peu plus de 10 tonnes à environ 12 tonnes. Les Allemands y tiennent beaucoup.

En attendant d'en savoir plus sur l'architecture future de ces deux lanceurs, on peut d'ores et déjà se demander comment les objectifs de coûts seront atteints avec l'utilisation du moteur Vulcain 2.

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