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Avec la future Ariane 6, l'Europe opère un tournant stratégique

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Ariane 6 succédera au lanceur Ariane 5 à l'horizon 2020. Le changement de stratégie est profond : on oublie le lancement double et on change de politique industrielle. Le but est de réduire les coûts de lancement et augmenter la souplesse de l'offre.

Avec Ariane 6, l'Esa abandonne le lancement double et revient au concept modulaire d’Ariane 4. Ce futur lanceur en ligne sera capable de mettre en orbite en lancement simple trois à cinq tonnes, ce qui représente l'essentiel des missions dites institutionnelles, et jusqu'à huit tonnes, ce qui correspond au maximum des missions commerciales que l'on peut prévoir. © Esa, D. Ducros, 2012

Si le lancement du programme d'Ariane 6 a été acté par l'Allemagne, l'Italie et la France lors de la conférence ministérielle de l'Esa en novembre 2012, son véritable coup d'envoi sera donné en 2014 en vue d'un premier lancement en 2020, comme le souhaite Jean-Yves Le Gall, le PDG d'Arianespace. Ce lanceur sera ensuite utilisé pendant une vingtaine d'années.

Avec Ariane 6, la stratégie du lancement double est abandonnée. La possibilité de placer deux satellites sous la coiffe d'une Ariane 5 a permis à Arianespace de devenir le leader sur le marché des lancements de satellites ouverts à la concurrence (lequel est déserté par les Américains). Mais cette situation a également fait les beaux jours des anciens missiles russes reconvertis en lanceurs. Ceux-ci ont récupéré ces dernières années le lancement de nombreux satellites institutionnels européens, essentiellement scientifiques.

Avec Ariane 6, l’Esa souhaite baisser de façon significative le coût des lancements. Malgré sa capacité à lancer deux satellites, le système Ariane 5 (à l’image) reste cher. © Rémy Decourt

Retour au lancement simple pour Arianespace

En effet, Ariane 5 est mal adaptée à cette gamme de satellites, d'autant plus que le lancement double présente peu d'intérêt pour ces satellites scientifiques ou d'observation de la Terre à placer sur des orbites spécifiques. C'est même un facteur d'augmentation des coûts, puisqu'on est pratiquement certain qu'il n'y aura pas de compagnon sur ces orbites particulières.

L'autre raison du retour au lancement simple est la stabilisation de la masse des satellites de télécommunications aux alentours de 4,5 à 5,5 tonnes. Enfin, le lancement double implique que les deux satellites à lancer soient prêts en même temps pour une intégration simultanée sous la coiffe, ce qui rend le système Ariane 5 moins souple que ses concurrents directs.

Le pari du low cost avec Ariane 6

Avec Ariane 6, l'idée est d'arriver à développer un lanceur nouveau en sept ans, avec sept tonnes de charge pour un lancement à 70 millions d'euros. Pour y parvenir, l'agence spatiale européenne n'a pas d'autre choix que de limiter les nouveaux développements autant que possible, en faisant évoluer des éléments de lanceurs existants comme Vega et Ariane 5.

L'entreprise devra également abandonner la politique industrielle telle qu'elle avait été mise en place pour le programme Ariane 5, et qui a contribué à la création d'une industrie spatiale européenne de premier plan. Cela s'est fait au prix d'une industrialisation du lanceur très éclatée, selon le principe du retour géographique : chaque État reçoit une part de la charge de travail en fonction de l'investissement qu'il a consenti.

Au final, le système Ariane 5 apparaît aujourd'hui trop coûteux. Malgré sa position de leader, il continue d'être subventionné chaque année à hauteur de 120 millions d'euros. Une situation que les États européens qui participent à l'aventure ne souhaitent plus. Ils font donc le pari que le développement d'un lanceur modulaire, l'abandon du lancement double et la sortie du schéma industriel traditionnel conduiront à des économies d'échelle qui permettront de proposer un lanceur low cost à 70 millions d'euros, contre 150 millions d'euros pour Ariane 5.

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