Les États-Unis vont interdire les e-cigarettes aromatisées. © licsiren, IStock.com

Santé

Cigarette électronique : pourquoi les États-Unis veulent l’interdire ?

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Depuis plusieurs semaines, les autorités médicales américaines sont en alerte et ont relevé plusieurs cas de détresse respiratoire aigüe imputée à l'utilisation de la e-cigarette. Cette forte suspicion conduit les États-Unis à interdire les cigarettes électroniques aromatisées. Mais quels en sont les composants et qu'est-ce qui motive cette décision ; où en sont les connaissances sur les dangers du vapotage ? 

Quand les uns voyaient dans la cigarette électronique une alternative moins nocive que la traditionnelle cigarette, que ce soit pour la remplacer ou pour diminuer sa consommation, d'autres avaient déjà pointé et signalé le manque de recul par rapport à ce nouvel usage apparu dans les années 2000. Il n'a pas fallu attendre longtemps pour voir se manifester les premiers symptômes inquiétants.

Cet été, aux États-Unis, une mystérieuse épidémie de maladies pulmonaires aigües a fait plusieurs morts et envoyé des centaines de personnes aux urgences. La plupart avaient acheté des liquides au THC, la substance psychoactive du cannabis -- mais on ignorait quel ingrédient, parmi les nombreux additifs -- pourrait avoir endommagé les poumons. Une huile de vitamine E a été citée comme cause possible par l'État de New York, mais les autorités sanitaires fédérales n'ont pas confirmé que cette molécule était la coupable.

Que contiennent les cigarettes électroniques ?

Le vapotage consiste à inhaler des vapeurs créées par le chauffage à haute température d'un liquide à l'intérieur de la cigarette électronique. Les liquides contiennent en général de la nicotine. La nicotine est bien étudiée depuis des décennies : elle est addictive et peut affecter le développement du cerveau. Certains utilisateurs trouvent aussi des liquides au cannabis. Ils n'incluent pas de nombreuses substances dangereuses comme le goudron (qui est cancérigène) ou le monoxyde de carbone (qui est facteur de maladies cardiovasculaires). Mais la vapeur contient des particules fines qui pénètrent les poumons.

Il y a de « nombreuses substances potentiellement toxiques », a conclu un rapport des Académies américaines des sciences, en 2018. On y trouve notamment des métaux (nickel, plomb...) venant probablement de la bobine utilisée pour chauffer le liquide. Un grand nombre d'additifs sont ajoutés, qui peuvent être classés « sûrs » sous leur forme liquide ou solide, mais dont l'effet est mal étudié lorsqu'ils sont vaporisés et rentrent dans les poumons. Il est possible que ces substances aient des effets toxiques à long terme sur les cellules du corps. Pour en avoir la certitude, il faudrait des études sur plusieurs décennies, qui n'existent pas encore, les e-cigarettes étant vendues depuis le milieu des années 2000 seulement.

L'interdiction des e-cigarettes aromatisées vise à protéger la jeunesse. La vapeur contient des particules fines qui pénètrent les poumons. Il y a de « nombreuses substances potentiellement toxiques », a conclu un rapport des Académies américaines des sciences, en 2018. © aleksandr_yu, Fotolia

Une mesure de protection de la jeunesse 

Quant au goût, les e-liquides existent parfumés au tabac, mais aussi avec des dizaines d'arômes différents, selon les marques : menthol, fruits rouge, vanille, mangue, voire des goûts fantaisistes comme bonbons ou crème brûlée. Cette diversité de parfums associés à de tels mots évocateurs rend la cigarette électronique très attractive auprès des jeunes, potentiellement influençables, et conduit tout droit vers un autre problème de taille : les jeunes qui ne fumaient pas au départ se mettent au vapotage. Outre la dépendance à la nicotine, des études ont montré qu'ils étaient plus susceptibles de se mettre à fumer du tabac.

Les liquides contiennent en général de la nicotine (...) qui est addictive et peut affecter le développement du cerveau

Les autorités américaines parlent d'épidémie dans les lycées, avec une domination des arômes fruités, menthe et menthol. L'interdiction prochaine des e-cigarettes aromatisées dans tout le pays vise à protéger cette jeunesse.

Faut-il légiférer ou interdire ?

Le gouvernement américain veut n'autoriser que les goûts tabac, à destination de ceux qui voudraient arrêter de fumer, tout en se réservant l'option d'aller plus loin. Des experts anti-tabac préviennent qu'une interdiction totale des e-cigarettes nuirait aux fumeurs qui souhaiteraient arrêter et pourraient bénéficier d'un remplacement par le vapotage. Ils s'alarment ainsi de voir que les villes de San Francisco et Richmond ont voté des interdictions totales de la vente de toute e-cigarette qui n'aurait pas reçu d'autorisation de l'agence fédérale du médicament (FDA), c'est-à-dire la totalité à ce stade. Ces interdictions entreront en vigueur l'an prochain.

Vapoter ou fumer ? Peste ou choléra ? 

Des experts anti-tabac arguent que les e-cigarettes sont moins nocives que les cigarettes car la nicotine reste mais pas les substances dont on sait avec certitude qu'elles sont cancérigènes. Une étude réalisée au Royaume-Uni et publiée dans le New England Journal of Medicine a observé que les e-cigarettes étaient plus efficaces que les patchs, gommes et autres produits de substitution pour arrêter de fumer.

Mais on n'a pas encore assez de preuves que le vapotage est une aide indiscutable au sevrage, a prévenu l'Organisation mondiale de la santé dans un rapport très sévère en juillet 2019. Dans tous les cas, et selon leur nom technique, « les système électroniques d'administration de nicotine sont incontestablement nocifs et devront donc être régulés », dit l'OMS.

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