Michel Lantéri-Minet est chef de service du Département d'Evaluation et de Traitement de la DouleurDouleur au CHU de Nice et spécialiste de la migraine. Il fait le bilan des principales pistes de recherche envisagées dans le domaine de la migraine.

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Où en est la recherche sur les gènes impliqués dans la migraine ?

La génétiquegénétique de la migraine a été étudiée sur la migraine hémiplégique familiale qui est une forme rare de migraine caractérisée par une aura motrice et une transmission autosomiqueautosomique dominante. Trois gènesgènes codant pour des protéinesprotéines impliquées dans le contrôle de l'excitabilité cellulaire ont été identifiés :

  • le gène CACNA1A codant pour un canal calcique neuronal ;
  • Le gène ATP1A2, qui code pour une pompe à Sodium/Potassium présente sur les astrocytesastrocytes ;
  • Le gène SCN1A, qui code pour un canal sodique des neuronesneurones.

Les mutations de ces trois gènes ne se retrouvent que rarement dans les migraines "banales" qui impliquent probablement d'autres gènes en cours d'identification. De plus, dans ses formes habituelles, la migraine doit être une maladie polygénique impliquant plusieurs gènes. Un autre élément intéressant est qu'il a été possible de fabriquer une souris dans laquelle on a introduit une mutation humaine du gène CACNA1A. Cette souris transgéniquetransgénique développe des crises avec aura motrice comme l'humain et est très photophobe. Les femelles sont plus touchées que les mâles. C'est un modèle animal de la migraine avec aura.

Pourrait-on envisager un traitement hormonal de la migraine chez les femmes ?

Nous le faisons déjà. Nous le proposons aux patientes qui ont 90 % des crises pendant la période menstruelle. Chez ces patientes, le facteur déclenchant de la crise est la chute d'œstrogènesœstrogènes qui précède la période menstruelle. On atténue la chute ostrogénique en donnant de l'œstradiol. C'est une préventionprévention des crises. Il est aussi envisagé d'utiliser un contraceptif en continu, avec uniquement un progestatifprogestatif, mais pour l'instant cette approche n'a pas été validée.

Il y aurait des inconvénients au niveau gynécologique. Le problème des femmes qui font des crises migraineuses au moment des règles est que ces crises sont de longue duréedurée. Les patientes l'appréhendent psychologiquement et cela participe à aggraver la maladie.

L'imagerie médicale peut-elle servir à comprendre la migraine ?

Oui, l'imagerie a servi pour deux axes de recherche. D'une part, nous avons pu visualiser la dépression corticale envahissante dans le cas des migraines avec aura, par l'utilisation de l'IRM fonctionnelleIRM fonctionnelle. Nous avons montré que l'aura est contemporaine de cette dépression corticale. De plus, l'imagerie médicale permet de mettre en évidence les structures qui s'activent dans les zones génératrices de la migraine. Ces régions s'activent anormalement. En faisant

l'étude en début de crise, alors que la douleur a été contrôlée par le traitement, on a pu montrer que l'activation de ces régions persiste. Ces données ont été notamment obtenues par l'équipe du Professeur Géraud de Toulouse.

De façon plus générale, quelles sont les pistes de recherche dans le domaine de la migraine ?

Dans le domaine thérapeutique, un des axes d'avenir est le développement des anti-CGRP qui agiraient en amont des triptanstriptans. Le CGRP se fixe sur des récepteurs et conduit à la vasodilatationvasodilatation. Les anti-CGRP se fixent sur les récepteurs du CGRP, empêchent l'action du CGRP et donc la vasodilatation. Les anti-CGRP ne sont pas vasoconstricteurs. Ils pourraient être prescrits chez des patients âgés ou ayant un risque vasculaire, car chez ces patients la vasoconstriction présente des risques. Les résultats d'essais cliniquesessais cliniques de phase III des anti-CGRP sont positifs, en efficacité et en tolérance. Une autre avancée concerne le traitement des migraines par des approches instrumentales. On stimule le système nerveux pour réduire la susceptibilité migraineuse. Cela se fait de façon chirurgicale, avec des électrodesélectrodes stimulatrices, comme pour la maladie de Parkinsonmaladie de Parkinson. Cela reste un geste invasifinvasif. Une autre piste est la stimulationstimulation magnétique transcrânienne avec des aimantsaimants, mais cela n'a pas encore la même précision que lorsque c'est un chirurgien qui opère.