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Microsoft en quête de partenariats européens dans la recherche

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Professeur Emmot directeur du bureau de recherche externe de Microsoft Research à Cambridge

"Comme nous avons déjà pu nous en rendre compte, oeuvrer dès à présent à la pointe de l'informatique va nous permettre de nous faire une idée de ce que seront les besoins informatiques dans dix ans de temps, avec une multitude de produits dérivés à la clé". Telle était l'une des raisons avancées par Stephen Emmott, directeur du bureau de recherche externe de Microsoft Research à Cambridge (Royaume-Uni), pour justifier le désir manifesté par le géant du logiciel de bâtir des "partenariats ouverts dans le domaine de l'innovation" avec des centres de recherche de premier plan en Europe.

S'entretenant avec CORDIS Nouvelles lors de la "journée européenne de la recherche et de l'innovation Microsoft" (Microsoft European research and innovation day - MERID) qui se tenait à Bruxelles le 6 décembre, le professeur a néanmoins invoqué d'autres mobiles plus altruistes expliquant cette volonté d'investir dans la coopération en matière de recherche dans l'Union européenne. "L'entreprise veut 'faire la différence' en sciences et il devient de plus en plus clair que les grandes percées vont, dans tous les domaines, être étayées par les avancées en informatique, comme nous avons pu nous en rendre compte avec le projet 'génome humain'. Numéro un mondial du logiciel, notre entreprise a ici un rôle à jouer", a-t-il déclaré.

Bien que ses efforts soient susceptibles de déboucher au final sur des applications concrètes, Microsoft établit des partenariats avec des universités, des autorités publiques et d'autres entreprises pour relever certains des défis scientifiques fondamentaux du XXIe siècle, tels que le changement climatique, l'énergie durable et les grandes maladies. "Les outils de calcul informatique puissants et robustes requis pour appréhender pleinement ces défis nous font actuellement défaut", déclare le professeur Emmott.

L'exemple le plus récent de la nouvelle approche adoptée par Microsoft en matière de partenariats scientifiques en Europe a été fourni le 7 décembre avec l'inauguration officielle de l'université Microsoft Research au Centre informatique et systèmes appliqués à la biologie (Trente Centre for Computational and Systems Biology) de l'université de Trente (Italie). Ce centre mènera des recherches technologiques de base à l'interface de l'informatique, de la biologie et de la médecine. "Attendu qu'il s'agit pour Microsoft de secteurs nouveaux, et que nous ne possédons pas d'équipes internes de généticiens ou de biologistes, nous avons besoin de nouveaux modèles de R&D, d'où les liens que nous établissons avec les milieux scientifiques européens pour aborder les grandes questions de la science", explique le professeur Emmott.

Fort des 170 partenariats dont dispose Microsoft avec des universités réparties à travers l'Europe et des réseaux de collaboration internationale mis en place au passage, le groupe du professeur Emmott étudie les moyens de travailler avec la Commission européenne. "Notre groupe à Cambridge n'a pas été impliqué dans le 6e PC Sixième programme-cadre, mais nous envisageons avec intérêt le 7e PC et il nous tarde notamment de savoir comment nous pourrions travailler avec le Conseil européen de la recherche. Nous cherchons à nous engager de manière judicieuse dans la recherche communautaire - il est encore tôt, mais nous sommes très enthousiastes." En tant qu'entreprise, Microsoft est déjà activement impliquée dans les programme-cadres de l'UE à travers son centre de recherche appliquée d'Aix-la-Chapelle (Allemagne) qui participe actuellement à 13 projets différents.

En plus de présenter quelques produits innovants développés par Microsoft Research en Europe, la MERID se voulait également une occasion de débattre sur la manière de rendre l'Europe plus innovante. Jean-Philippe Courtois, président de Microsoft International, estime qu'il est nécessaire d'intensifier et d'accroître le rythme de l'innovation en Europe. "Nous exhortons d'autres entreprises à investir elles aussi dans la recherche et l'innovation. Les bénéfices potentiels sont considérables pour lors que tous les protagonistes aient la volonté de s'engager à créer une société du savoir en Europe".

M. Courtois a cependant ajouté que si l'on voulait que les entreprises investissent dans la croissance économique, la compétitivité et l'emploi, il faudrait se doter d'un système d'incitation basé sur les droits de la propriété intellectuelle. "Les droits de la propriété intellectuelle à l'échelle de l'Europe sont cruciaux pour la compétitivité européenne. L'UE doit continuer à pousser en ce sens", a-t-il déclaré. Il a également exhorté les gouvernements à mettre l'accent sur l'éducation et la formation professionnelle pour pouvoir continuer à fournir des informaticiens et des ingénieurs qualifiés.

Carl Bildt, émissaire spécial des Nations Unies et ancien Premier ministre suédois, a de fait identifié l'éducation comme le facteur le plus significatif expliquant l'écart de compétitivité entre l'UE et les Etats-Unis. "C'est aux Etats-Unis que l'on trouve la plupart des universités les plus cotées du monde, et l'on y dépense deux à trois fois plus par étudiant que dans l'UE. ... Nous disposons chez nous d'un meilleur niveau d'enseignement de base mais en nous inclinant face aux Etats-Unis dans l'enseignement supérieur, nous leur permettons d'attirer les meilleurs talents, et c'est principalement à l'argent qu'il faut rapporter cela", a-t-il déclaré à l'assistance.

M. Bildt juge que l'on sous-estime souvent la faculté de l'Europe à accroître sa compétitivité mondiale par le biais d'une réforme structurelle et économique. Durant les années 1990, les Etats-Unis ont avancé à toute vitesse alors que l'UE était préoccupée par des processus essentiels comme la réunification allemande, l'union monétaire et l'élargissement, mais en exploitant le potentiel de croissance des nouveaux pays de l'UE, en poussant les réformes économiques de base et en investissant davantage de ressources, l'Europe a la faculté de rétrécir une nouvelle fois ce fossé, soutient M. Bildt. "Tout cela est éminemment réalisable", a-t-il conclu.

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