Santé

GEU : Interview d’Elisabeth Paganelli, gynécologue

Dossier - Les dangers de la grossesse extra-utérine
DossierClassé sous :médecine , grossesse , grossesse extra-utérine

-

Parmi les troubles liés à la grossesse, la grossesse extra-utérine, aussi appelée nidation ectopique, peut prendre différentes formes et compromettre la fertilité de la femme enceinte, voire engager son pronostic vital.

  
DossiersLes dangers de la grossesse extra-utérine
 

Élisabeth Paganelli, gynécologue, vice-présidente du pôle de gynécologie médicale du Syngof (Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France), revient sur les différents aspects de la grossesse extra-utérine.

Existe-t-il réellement une différence entre GEU fonctionnelle et organique ?

Élisabeth Paganelli : Au sein du corps médical, ces termes sont excessivement peu usités, voire pas du tout. En gynécologie, on s'intéresse en priorité à la prise en charge souvent urgente, pour conserver au mieux la fertilité de la femme et éviter son décès. Une GEU fonctionnelle serait dite sur trompe saine avec des étiologies diverses, dont le tabac.

Quand la GEU est-elle détectée ?

Élisabeth Paganelli : La grossesse extra-utérine est une pathologie précoce du début de grossesse, mais les symptômes sont variables. En cas de doute, il est nécessaire d'effectuer un test de grossesse. C'est un point important. L'erreur serait de ne pas en faire pour toute douleur abdominale ou tout saignement gynécologique. On estime à environ 20 pour 1.000 le nombre de cas de grossesse mal placée. Il est bon d'alerter les femmes que ce type de grossesse représente la première cause de mortalité maternelle au cours du premier trimestre dans les pays européens et aux États-Unis. Encore trop peu de femmes sont conscientes des risques liés aux grossesses extra-utérines, et certaines le sont encore moins alors qu'elles sont enceintes.

Pour Élisabeth Paganelli (à l’écran, et deuxième en partant de la gauche), « en cas de doute, l’important est de faire un test de grossesse ». © DR

Y a-t-il un lien entre la GEU et la grossesse nerveuse ou le déni de grossesse ?

Élisabeth Paganelli : Avant tout, je dois préciser que le terme de grossesse nerveuse relève d'un vocabulaire inusité dans le milieu médical. Concernant le déni de grossesse, certaines disent ignorer le fait qu'elles sont enceintes jusqu'à l'accouchement. Pour la suspicion de la GEU, les gynécologues n'évoquent pas le côté psychologique, car nous sommes face à une pathologie réelle, et les symptômes sont concrets. Même en consultation dans nos cabinets, en cas de doute, on demande systématiquement à nos patientes de faire un test de grossesse. Mais il n'y a aucun rapport entre un déni de grossesse et une grossesse extra-utérine. C'est une affection qui est repérée très tôt par les saignements et la douleur.

Une femme peut-elle subir plusieurs cœlioscopies ?

Élisabeth Paganelli : Oui, mais il faut bien avoir à l'esprit que la cœlioscopie demeure avant tout un acte chirurgical qui, comme tout acte de ce genre, peut comporter des risques.

La fertilité de la femme se trouve-t-elle modifiée après une GEU ?

Élisabeth Paganelli : Tout dépend si la femme a été prise en charge à temps ou tardivement, et de la localisation de la trompe et cela dépend de la prise en charge. Parfois, tout ou partie de la trompe est enlevé, ce qui génère une diminution de la fertilité. Il faut être le plus conservateur possible, c'est-à-dire que les médecins donnent toujours une chance à la femme d'être encore fertile.

La GEU favorise-t-elle les fausses couches ? En augmente-t-elle le nombre ?

Élisabeth Paganelli : Cela n'a rien à voir, car on se situe sur un tout autre plan. La GEU est à chercher du côté de la trompe malade. Dans le schéma traditionnel d'une fausse couche, l'embryon arrive jusqu'à l'utérus, mais se développe mal. Dans le cas d'une grossesse extra-utérine, il s'agit en général de la qualité de la trompe, qui a des cellules dont l'activité ciliaire est souvent altérée, voire nulle. Ces cellules ciliées ne permettent pas de pousser l'œuf dans l'utérus. Elles fonctionnent mal à cause d'une irritation ou d'une inflammation. De plus, il convient d'ajouter que l'œuf est en général normal, mais dans la mesure où il grossit dans la trompe, il va fissurer ou faire éclater la trompe.

On vient de voir que des chirurgiens suédois étaient sur le point de greffer l'utérus d'une femme de 56 ans sur sa fille de 25 ans, victime du syndrome MRKH (Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser), pour qu'elle puisse enfanter. Qu'en pensez-vous et quelle en est la technique ?

Élisabeth Paganelli : Donner un utérus est facile, l'opération en elle-même ne doit pas être compliquée pour un chirurgien expérimenté. Le problème est le traitement médicamenteux appelé immunosuppresseur pendant la grossesse. Il y a déjà eu des femmes greffées qui ont eu une grossesse dans le contexte de greffe de foie, de cœur ou de poumon. Mais ce sont des grossesses à très haut risque, dont les effets à long terme sur l'enfant à naître ne sont pas bien connus. Ces femmes sous immunosuppresseurs sont à haut risque de cancers et d'infections. Sans doute, cette femme greffée choisira d'avoir un ou deux enfants au maximum, puis d'arrêter ce traitement immunosuppresseur qui fera rejeter l'utérus. Ce n'est pas vital comme une greffe de cœur.

Quelles sont les nouvelles perspectives en matière de recherches sur la GEU ?

Élisabeth Paganelli : L'une des recherches est le recours aux traitements médicaux pour la prise en charge de la GEU. Auparavant, il n'existait que la prise en charge chirurgicale. Ce que nous attendons dorénavant est un protocole national par un groupe d'experts de société savante en gynécologie comme le CNGOF, ou par la HAS (Haute autorité de santé). En effet, bien qu'une nouvelle alternative s'avère très utilisée comme le méthotrexate, elle reste néanmoins une chimiothérapie avec un cortège d'effets secondaires et de risques majeurs, mais exceptionnels. C'est pourquoi une recommandation nationale et une mise à jour sont primordiales. Grâce aux progrès de l'imagerie et de la biologie, nous prenons en charge des femmes très tôt pour les GEU, et nous les suivons parfois quelques jours avant de définir le traitement. Nous devons évaluer des fiches explicatives en diverses langues, pour mieux prendre en charge ces femmes et surveiller les risques encourus.