Sciences

Interview spéciale Venus Express : l'Europe à l'assaut de Vénus

ActualitéClassé sous :Astronautique , vénus express , Vénus

-

C'est un nouvel objectif que l'Europe spatiale s'est assigné avec Venus Express, qui doit s'élancer demain matin à 04:33 CET depuis le cosmodrome de Baïkonour en direction de l'Etoile du Berger.

Venus Express devrait être lancée le 9 novembre

Vénus intéresse tous les scientifiques, du chimiste au physicien, en passant par le climatologue. Car l'étude de son épaisse atmosphère à effet de serre extrêmement puissant pourrait nous renseigner sur l'évolution future de notre propre planète et même induire des solutions aux changements climatiques qui s'amorcent.

Nous avons interviewé Roger-Maurice Bonnet sur ce sujet.


Roger-Maurice Bonnet est actuellement Directeur de l'International Space Science Institute, Ex-Directeur de la Science à l'ESA et Ex-Directeur général adjoint scientifique au CNES. En savoir plus 

Futura-Sciences : Quel est l'intérêt de l'étude de la planète Vénus ?

Roger-Maurice Bonnet : Vénus est une planète qui ressemble beaucoup à la Terre, et qui se trouve à la limite de la zone d'habitabilité où la température permet à l'eau de rester à l'état liquide. Elle est plus proche du Soleil que la Terre et donc a eu une histoire très différente de celle de la Terre. L'eau qu'elle a pu contenir s'est évaporée et a créé un effet de serre qui a encore augmenté la température. Une sorte d'emballement thermique ! Elle ne possède pas de champ magnétique et ne montre pas d'activité de tectonique de plaques.

Venus vue par Mariner 10 en février 1974

Comme il n'y a pas de tectonique de plaque, le carbone ne peut pas se recycler ni dans l'eau, qui n'existe plus ni dans le sous-sol, et en conséquence il se retrouve dans l'atmosphère et contribue là encore à l'effet de serre donnant des températures insoutenables. Mais c'est une planète sur laquelle on ne sait pas grand-chose car elle est cachée par son atmosphère très épaisse, et il faut utiliser le radar comme l'avait fait la mission Magellan pour pouvoir observer la surface, et s'apercevoir qu'il existe un volcanisme vraisemblablement toujours très actif sur Vénus, qui serait la source du dégazage de la planète et de son atmosphère.

C'est dans le cadre de la planétologie comparée et afin de déterminer si ce qui est arrivé sur Vénus peut arriver sur Terre qu'on aime bien se tourner vers Vénus : son évolution nous renseigne sur ce qui pourrait un jour nous arriver.

FS : Considérant les conditions de surface, pourrait-on trouver des liquides autres que l'eau ?

RMB : La température de 500 degrés interdit aux gaz d'être à l'état liquide. Seuls les métaux comme le plomb peuvent être sous forme liquide.

FS : Quel est l'avantage d'une orbite aussi excentrique (250 x 66000 km) ?

RMB : Il n'y a pas de réel avantage, mais simplement, comme l'Agence spatiale européenne n'a pas beaucoup d'argent, elle est obligée d'utiliser l'orbite que le Soyouz lui donne, et c'est celle-là.

Elle possède toutefois un certain avantage pour l' expérience de sondage de l'ionosphère de Vénus : grâce à cette excentricité assez forte, on peut effectivement sonder plusieurs couches de l'ionosphère et de l'exosphère de la planète. L'orbite n'a pas été choisie pour cela et si les scientifiques avaient pu choisir ils auraient préféré une autre orbite, mais c'est celle-là qu'ils ont.

Venus Express transférée et érigée sur son pas de tir crédits : ESA / Starsem

FS : Y a-t-il complémentarité entre Vénus Express et les autres missions, notamment américaines, vers Vénus ?

RMB : Il n'y a pas eu beaucoup de missions américaines vers Vénus. Il y a eu Mariner 10 et Magellan, mais il y a eu beaucoup de missions russes. Les Russes avaient choisi Vénus comme une de leurs cibles préférées, ce qui leur a particulièrement bien réussi, puisqu'ils ont été les seuls à y atterrir, ce qui n'est pas un moindre exploit, et à prendre des images du sol. Depuis, il y a très peu d'informations, et c'est une planète qui a été un peu délaissée après que les Russes eurent mis un terme à leur programme spatial scientifique, et c'est un peu le retour sur Vénus que l'on voit apparaître avec Vénus Express.

Venus Express transférée et érigée sur son pas de tir crédits : ESA / Starsem

FS : Au cours de son histoire, est-ce que Vénus aurait pu réunir les conditions propices à l'apparition de la vie ?

RMB : S'il y avait eu une tectonique de plaques, peut-être, oui. S'il y avait eu une quantité d'eau suffisante, mais comme Vénus est près du Soleil, l'eau, vraisemblablement, s'est évaporée très tôt et n'a pu entretenir cette tectonique de plaques. C'est un peu comme une voiture dans laquelle le moteur n'aurait plus d'huile, plus de lubrifiant, et où la mécanique se bloque. Sur Vénus aussi, par manque de lubrifiant, les plaques n'arrivent plus à glisser l'une sur l'autre, se bloquent, vous n'avez plus d'eau, plus de recyclage du carbone. L'atmosphère se chauffe car on est près du soleil et a cause de l'effet de serre. La vie sur Venus devient vite un enfer ! C'est comme cela qu'on s'explique l'évolution de Vénus. Mais il reste beaucoup de choses qu'on ne comprend pas. Notamment, pourquoi le volcanisme est-il toujours apparemment actif ?

FS : Est-ce que la connaissance de la climatologie de Vénus (effet de serre, notamment) peut nous aider à mieux comprendre le climat de la Terre ?

RMB : Tout à fait, oui. C'est dans ce contexte-là qu'il faut voir l'exploration de Vénus. Est-ce que Vénus aurait pu être habitée au départ ? Est-ce que Vénus aurait pu permettre l'éclosion de la vie comme elle aurait pu le faire sur Mars ? Toutes ces études sont à comparer entre la Terre, Mars et Vénus.

Cela vous intéressera aussi