Quelle place pour la dynamique végétarienne en Europe ? © Dbreen,Pixabay, DP
Santé

Végétarisme, l'essor d'un mode de vie, par le docteur Cocaul

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FranceAgriMer, l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer, et l'Observatoire Cniel des Habitudes alimentaires (l'Ocha) ont commandé une étude sur le végétarisme au Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc) en 2018. Et voici ce qu'il en ressort.

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L'objectif de l’enquête était de s'interroger sur les fondements de la consommation végétarienne et d'obtenir une analyse quantitative des végétariens au sein de quatre pays encore tous européens à cette époque (Royaume-Uni, France, Allemagne et Espagne). Quatre types de consommateurs se sont dégagés : le végétarien (ne consomme pas de viande ni de poisson), le végétalien (ne consomme pas de produits ni de sous-produits animaux), le végan (ne consomme, n'utilise et n'exploite aucun produit animal) et le flexitarien (a réduit sa consommation de produits carnés sans pour autant y avoir renoncé).

Histoire du végétarisme

Le végétarisme n'est d'aucune manière une pratique nouvelle. Dans le passé, les circonstances et les pratiques économiques, sanitaires et religieuses ont pu freiner la consommation de viande. On estime que le végétarisme démarre dès l'Antiquité et le mouvement végétarien se promeut à travers l'Europe dès la fin du XVIIIe siècle.

Actuellement, la dynamique végétarienne semble trouver un nouvel élan grâce aux nouveaux particularismes alimentaires avec la montée en puissance de l'individualisme et le fait de vouloir s'octroyer un mode alimentaire personnel afin de mieux se démarquer des autres. Et ainsi d'asseoir sa personnalité.

Mélange de salades et tomates cerise. © Msqrd, Pixabay, DP

Végétarisme et conscience de la souffrance animale

On peut également prendre en compte l'existence d'une prise de conscience concernant la souffrance animale qui ouvre le champ à la dénonciation de pratiques barbares jusqu'à présent effectuées dans le « silence » des abattoirs. 

On citera également la médiatisation du militantisme parfois extrémiste de la cause animale. Une proposition de produits élargie et conséquente qui permet de recruter de nouvelles cibles marketing pour l'agro-alimentaire. On peut rajouter le discours des politiques de santé publique incitant à limiter fortement la consommation de viandes et de quasiment supprimer la charcuterie.

L'essor d'une pratique et d'une philosophie de vie

Tout cela fournit un terreau suffisant pour entretenir et promouvoir ces nouvelles pratiques alimentaires en recrutant de nouveaux adeptes. L'enquête ne nous surprend pas quand elle précise que le végétarisme reste une pratique encore marginale au sein de l'Europe : 90 % des répondants (dont un panel de 1.009 individus en France) connaissent la notion de végétarisme. En France, 5,2% déclarent être végétariens. Ils dominent largement par rapport aux végétaliens et aux végans.

Mais là où l'on peut être très surpris, c'est le décalage existant entre la pratique et la revendication affichée. Sur 100 végétariens auto-déclarés, 51 % consomment de la viande une fois par semaine, 16 % au moins un type de viande tous les jours !

La définition du végétarisme est donc très personnelle et pas du tout diététique. Exclure un seul type de viande (surtout rouge) suffit à faire penser à certains consommateurs qu'ils sont végétariens. Les repas en famille ou entre amis risquent de virer à l'étripage si chacun donne sa définition de cette pratique alimentaire. Certains vont même jusqu'à ne pas considérer la charcuterie comme une viande transformée et ne voient pas le mal à manger des plats préparés type spaghetti à la bolognaise !

Des études contrastées sur le végétarisme

Ce que nous apprend cette étude, c'est que pour certains consommateurs, on est végétarien selon les circonstances ou quand cela nous arrange ! Cela complique les études rendant compte de ces nouvelles mœurs alimentaires et de l'impact réel qu'elles ont sur la société.

On peut quand même affirmer que la consommation de viande recule. Surtout, en raison des considérations de santé pour 53 % des répondants, davantage allemands et espagnols. Les crises sanitaires (vache folle, fièvre porcine, fipronil dans les œufs, lasagnes à la viande de cheval etc.) laissent des cicatrices indélébiles dans l'inconscient collectif et cela se répercute dans la composition des assiettes. Viennent ensuite les conditions d'élevage qui interpellent de plus en plus les consommateurs.

Les fléxitariens mettent plus en avant la raison de la santé ainsi que les plus âgés, les végétariens, les plus jeunes sont plus sensibles aux conditions d'élevage, au bien-être animal et affirment plus volontiers un dégoût pour la viande. 

Le végétarien est plutôt CSP+ (catégorie socio-professionnelle plus élevée), plutôt une femme, plutôt jeune, plutôt urbaine et à bon pouvoir d'achat. Le flexitarisme, qui est une pratique plus en vogue en France, touche toutes les tranches d'âge et semble plutôt s'inscrire dans un mouvement de manger moins mais de meilleure qualité.

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