Santé

VIH : bilan mitigé d’une nouvelle année de progrès

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Ce 1er décembre sera la Journée mondiale du Sida. L'occasion de balayer une année d'avancées scientifiques, d'abord placée sous le sceau de l'espoir... avant qu'une mauvaise nouvelle ne vienne ternir tout cela. Mais restons optimistes...

En 2011, le VIH a tué 1,7 million de personnes, sur les 34 millions de séropositifs. Bien qu'on relate le cas de quelques personnes en guérison fonctionnelle ou vivant longtemps malgré l'infection, l'essentiel des patients vit en Afrique, où trop peu bénéficient des traitements. © Stephen Fuller, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

Une nouvelle saison d'une saga commencée le 5 juin 1981 vient de s'achever. C'est ce vendredi-là que l'épidémie de Sida est déclarée aux États-Unis. Depuis cette date, la recherche s'est attelée à comprendre les causes de ce mal qu'on a d'abord cru limité aux homosexuels, avant de s'apercevoir que tout-un-chacun pouvait être concerné.

En mai dernier, on a d'ailleurs célébré les 30 ans de la première observation au microscope du coupable, le VIH. Année après année, les progrès sont conséquents, mais les scientifiques doivent faire face à de nouvelles difficultés. Quoi de neuf depuis le 1er décembre 2012, date de la précédente édition de la Journée mondiale du Sida ? Futura-Sciences dresse le bilan non exhaustif des découvertes les plus remarquables qui ont marqué 2013. Même s'il n'y a pas que des bonnes nouvelles...

Une petite fille qui pourrait être guérie

Entre les annonces régulières de nouveaux médicaments potentiels ou de vaccins qui intègrent les phases cliniques, la première grosse info de l'année écoulée est tombée début mars. Deborah Persaud, virologiste au Johns Hopkins Children's Center, annonce lors d'une conférence qu'une petite fille née avec le VIH est alors, à 2 ans et demi, en situation de guérison fonctionnelle. En d'autres termes, le VIH n'est pas complètement éradiqué mais, sans traitement, l'enfant parvient à contrôler la charge virale à des seuils que les machines les plus précises ne détectent plus.

Bien qu'elle soit séropositive, elle pourrait échapper à la prise de médicaments quotidienne, à laquelle sont condamnées toutes les personnes infectées qui se soignent. Sa chance : avoir été traitée dans les premières heures de sa vie, au tout début de l'infection. Cela atteste donc des résultats précédents, confirmés au cours de l'année écoulée et obtenus auprès de 14 patients français : une prise en charge précoce permet, au moins dans certains cas, de placer les personnes infectées en situation de guérison fonctionnelle. Une pratique qui devra être vérifiée auprès de nombreux enfants à risque, mais qui pourrait sauver de nombreuses vies humaines.

L’infection au VIH n'est plus une maladie systématiquement mortelle

Quelques jours après, c'est la revue Aids qui annonçait une grande nouvelle. Car dans ses colonnes, on pouvait y lire une étude qui montrait que l'infection au VIH n'était pas toujours synonyme de mort prématurée. Les patients chez qui les trithérapies sont efficaces ne décèdent presque plus du Sida, mais de maladies cardiovasculaires, de cancers ou d'autres raisons communes, non liées à la contamination.

Les médicaments antirétroviraux, comme la stavudine, permettent dans le meilleur des cas de contrôler l'infection, ce qui est déjà un grand pas ! © MykeBlyth, Flickr, cc by nc sa 2.0

Bien que ces résultats ne concernent pas tous les malades, ce travail met en évidence les progrès thérapeutiques des dernières années, les médicaments permettant de réduire l'expression du virus au silence. Mais pas encore de l'exterminer. Car le VIH dispose d'une arme secrète : une partie des particules virales reste tapie dans certaines cellules de l'organisme, principalement les lymphocytes T CD4+ et les macrophages, et celles-ci se multiplient dès l'arrêt des traitements et l'infection reprend alors. On parle de réservoirs viraux. Voilà pourquoi les personnes infectées avalent des médicaments à vie.

La chasse aux réservoirs viraux touche-t-elle au but ?

L'objectif des scientifiques est désormais de détruire ces réservoirs viraux. Et des Danois ont annoncé en mai dernier avoir trouvé la molécule idoine, grâce à laquelle ils pensent pouvoir guérir du Sida. En tout cas, in vitro, le panobinostat (c'est le nom du médicament) fait sortir le VIH de sa torpeur, le rendant alors accessible aux antirétroviraux conventionnels, qui pourront finir le travail. C'est du moins avec cette idée qu'ils ont entamé les essais cliniques, dont les résultats ne sont pas encore connus.

À l'époque, les chercheurs que nous avions interrogés tempéraient leur optimisme. Car ils se rappelaient que cette famille de principes actifs (appelés HDAC) n'a pas tenu ses promesses. D'autre part, ils mentionnaient les propos récents d'un des grands spécialistes de la discipline, Robert Siliciano, qui évoquait les résultats préliminaires de ses travaux, semblant montrer qu'on aurait sous-estimé l'ampleur des réservoirs viraux. Et de beaucoup !

Le Sida, toujours là, mais jusqu’à quand ?

Le verdict est tombé à la fin du mois d'octobre dernier, dans la revue Cell. Ils seraient 60 fois plus importants que prévu. Or, les médicaments testés jusque-là ne peuvent faire sortir de la léthargie qu'une faible proportion des VIH latents. Le rêve que l'on pensait toucher du doigt, guérir le Sida, n'était apparemment qu'un mirage. Vers lequel on continue malgré tout de se rapprocher.

Car la recherche se poursuit, et un maximum de pistes sont exploitées (ou réexploitées), à l'image de ce vaccin expérimental qui vient tout juste d'être proposé par des Français, de la firme PX'Therapeutics, et financé par l'Union européenne. Si le succès est loin d'être garanti, à force d'essayer de comprendre l'origine de ces échecs, les scientifiques vont finir par franchir les obstacles. Les années du VIH sont comptées.

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