Santé

Les patients bien traités contre le VIH ne meurent plus du Sida

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Les patients séropositifs au VIH, s'ils sont bien soignés, ne présentent pas de risques de mortalité supérieurs au reste de la population. Les thérapies antirétrovirales montrent donc qu'à défaut de guérir complètement du Sida, elles peuvent parfaitement contrôler l'infection.

Le VIH infecte plus de 33 millions de personnes à travers le monde, principalement en Afrique subsaharienne. Si l'on vient de montrer que les risques de mortalité des patients séropositifs efficacement traités sont équivalents au reste de la population, la plupart des malades n'ont pas accès aux antirétroviraux, surtout dans les régions où l'incidence est la plus forte. L'objectif avoué des autorités sanitaires est de prodiguer des soins à 15 millions de patients d'ici 2015. Soit moins de la moitié des malades... © A. Harrison et P. Feorino, CDC, DP

Dix jours après l'annonce d'une enfant fonctionnellement guérie du Sida, voilà une autre nouvelle qui laisse augurer un avenir plus optimiste à toutes les personnes séropositives. Si la maladie reste incurable, elle ne serait plus systématiquement mortelle si elle est bien traitée, selon les résultats d'une étude publiée dans la revue Aids.

Le VIH infecte préférentiellement les lymphocytes T CD4+, des cellules clés du système immunitaire, que le virus tue indirectement en déclenchant les mécanismes d'apoptose, ou suicide cellulaire. Avec le temps, les défenses de l'organisme s'amenuisent et le patient risque de tomber gravement malade à cause d'un pathogène normalement bénin. C'est le stade Sida, qui se révèle mortel.

Heureusement, les médecins disposent de médicaments à offrir aux personnes séropositives. Les thérapies antirétrovirales deviennent même avec le temps plus simples, moins nocives et surtout plus efficaces. Ne deviendraient-elles pas si puissantes qu'elles pourraient contrôler l'infection ?

Le médicament Zerit, avec pour principe actif la stavudine, est l'un des traitements antirétroviraux qui peut être prescrit contre le VIH. Pris à bon escient, il permet à l'organisme de détruire une bonne partie du VIH à tel point qu'il paraît indétectable. Cependant, à l'arrêt des traitements, l'infection reprend. Les chercheurs ont remarqué que le virus se cachait dans des cellules réservoirs et restait dans un état de latence. Si l'infection se limite à cela, alors elle peut ne pas être mortelle. © MikeBlyth, Flickr, cc by nc sa 2.0

Le Sida ne tue pas les personnes bien traitées

Alison Rodger et ses collègues de l'University College de Londres ont cherché la réponse à cette question. Ils ont alors épluché les résultats fournis par deux essais cliniques, baptisés Esprit et Smart, menés durant les années 2000, visant notamment à établir les causes de décès de personnes séropositives traitées par des thérapies antirétrovirales.

Ne les intéressaient que les patients sous traitement, ne consommant pas de drogue injectable, avec une charge virale très faible voire indétectable (moins de 500 VIH par ml de sang) et un nombre de lymphocytes T CD4+ relativement élevé (plus de 350 cellules/µl). Ainsi, il leur restait en tout 3.280 personnes pour étudier les risques de mortalité en fonction de critères physiologiques.

Parmi ces patients, 62 sont morts. Pour 31 % d'entre eux, le décès s'explique par une maladie cardiovasculaire ou une mort subite, quand 19 % ont été emportés par un cancer. Seuls 3 % des décès (soit deux personnes) sont dus au Sida.

Les antirétroviraux plus forts que le VIH

Mais ces chiffres dépendent de l'efficacité des antirétroviraux. Pour les patients présentant le moins de CD4+ (entre 350 et 499 cellules/µl), les risques de mortalité sont 77 % plus élevés que pour le reste de la population. En revanche, au-delà de 500 lymphocytes/µl avec une virémie indétectable, ce risque devient le même que pour la population générale. Bien traitée donc, l'infection au VIH ne devient plus mortelle.

Ce résultat traduit l'intérêt des thérapies antirétrovirales pour les personnes concernées, contrôlant l'infection au point de la rendre presque inoffensive. Un diagnostic précoce combiné à une prise en charge rapide pourraient permettre de réduire très nettement la mortalité d'une maladie responsable de 1,8 million de victimes en 2009 dans le monde entier, et qui touche plus de 33 millions de personnes.

Si la guérison généralisée est encore loin, l'espoir grandit jour après jour. Aujourd'hui, une personne est officiellement reconnue comme guérie du Sida, tandis que deux autres patients pourraient lui emboîter le pas. On constate aussi des cas de guérison fonctionnelle, comme pour la petite fille, c'est-à-dire des patients qui ont toujours le virus en eux mais qui n'ont pas besoin de traitement pour contrôler l'infection. À force de gagner des batailles, on finira bien par gagner la guerre...

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