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Guérir du Sida, une réalité ?

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Une greffe de moelle osseuse provenant d'un donneur résistant aurait permis de guérir un patient séropositif. Plus de trois ans après la greffe, aucune trace du virus n'est décelable. Cette annonce est bien sûr recueillie avec beaucoup d'espoir.

Le virus du Sida ne serait plus détecté chez un patient encore séropositif il y a trois ans. © vulgariz.com

Un patient aurait guéri du VIH. Alors que la nouvelle avait été annoncée il y a deux ans dans des journaux non spécialisés, la description complète du cas d'école par les médecins a fait l'objet de deux publications, l'une en 2009 et l'autre aujourd'hui, disponible dans la revue scientifique Blood. Mais que faut-il comprendre de cette simple phrase ? Le patient est-il réellement guéri ? D'autres patients peuvent-ils alors bénéficier du même traitement ?

Revenons d'abord à la méthode utilisée par les médecins. En 2007, un patient, séropositif depuis une dizaine d'année, devait subir une greffe de moelle osseuse car il était en plus atteint d'une leucémie. Ce genre de greffe permet de remplacer les cellules hématopoïétiques malades (préalablement tuées par un traitement pré-transplantation), par de nouvelles cellules saines, provenant d'un donneur. Par chance, parmi les donneurs compatibles se trouvaient une personne « résistante » au virus du Sida.

Une moelle osseuse résistante au virus

La particularité du donneur est de posséder une mutation homozygote au niveau du gène CCR5. Ce gène code pour une protéine retrouvée en surface des lymphocytes T et qui permet à la particule virale du VIH de pénétrer dans la cellule, en association avec le récepteur cellulaire CD4. La mutation du gène est comme une modification de la serrure de la cellule : le VIH n'a plus la bonne clé pour entrer.

Sans connaître au départ les conséquences d'une telle greffe sur la séropositivité du patient, les scientifiques ont vite réalisé ses effets bénéfiques. Trois ans et demi après la greffe et en absence de tout traitement antirétroviral qui limiterait le succès de la greffe, le virus est devenu indétectable, car il n'y a toujours aucune trace d'ADN ou d'ARN viral, ni dans le plasma, ni dans les cellules mononucléaires du sang périphérique. De plus, le nombre de lymphocytes T CD4+, qui sont anormalement bas chez les séropositifs, a retrouvé un niveau similaire aux individus sains.

Le virus du Sida a besoin de deux protéines cellulaires pour pénétrer dans les cellules cibles : CD4 et CCR5. © Sanao, Wikimedia

Le nombre important de cellules CD4+ dans le système immunitaire des muqueuses de l'intestin est également un marqueur très positif puisque c'est dans cet organe que les lymphocytes sont le plus sensibles au VIH chez les séropositifs. Les anticorps anti-VIH produits par le patient aussi ont diminué, indiquant l'absence d'expression des gènes du virus.

Une réelle guérison ?

Pourtant, le VIH possède la particularité d'insérer son ADN dans le génome des cellules infectées. Ce cycle viral particulier lui confère la possibilité de persister dans l'organisme à l'état latent dans la cellule. Il est donc possible que le virus soit encore présent chez le patient, dans ses propres cellules CD4+ d'origine. Bien qu'elles ne soient pas détectables par les outils dont les scientifiques disposent à l'heure actuelle, les quelques cellules restantes peuvent toujours être infectées.

D'autres arguments ne peuvent passer inaperçus. Le virus du Sida possède un génome à ARN qui, comme pour le virus de la grippe, peut facilement muter. Il n'est donc pas impossible qu'il acquière des mutations qui pourraient compenser la résistance des cellules CCR5. Certains virus possèdent en effet la capacité d'utiliser un autre corécepteur, le CXCR4, une fonction que pourrait acquérir le virus endormi.

Si tous les signes montrent que le patient est guéri, il faut donc rester prudent. Seul le suivi du patient à long terme permettra de déterminer l'évolution de l'infection. Ensuite, peut-on imaginer reproduire cette greffe à d'autres séropositifs ? La réponse est vraisemblablement non. Les personnes infectées par le virus du Sida vivent de plus en plus longtemps en bonne santé grâce aux traitements antirétroviraux. La greffe de moelle osseuse est une opération lourde et dangereuse. Il n'est donc pas satisfaisant de risquer des vies pour un résultat qui n'est pas encore clairement établi comme positif.

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