Sommes-nous près de l’éradication du VIH ? Des scientifiques danois mènent un essai clinique qu’ils jugent très prometteur, car leur traitement est potentiellement capable d’éliminer toute trace du virus du Sida dans un organisme. Mais sera-t-il vraiment efficace ?
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Plus de 30 ans que ça dure. Le Sida s'est révélé à la face du monde au début des années 1980. Mais ces trois décennies de recherches intenses pourraient bientôt porter leurs fruits, si l'on en croit des scientifiques danois de l'hôpital universitaire d'Aarhus. Ils viennent de débuter, sur 15 patients séropositifsséropositifs, un essai cliniqueessai clinique dans lequel ils testent un nouveau traitement censé guérir définitivement de l'infection au VIHVIH.

Les trithérapiestrithérapies antirétrovirales actuelles permettent à de nombreux patients d'abaisser tellement les taux du virusvirus du SidaSida, que les techniques de dépistagedépistage les plus sensibles ne peuvent même plus en détecter les traces. Pourtant, à l'arrêt des traitements, l'infection reprend (sauf dans quelques rares cas). La faute aux réservoirs viraux, des cellules dans lesquelles le VIH se retrouve à l'état dormantdormant. Pour l'heure, aucune thérapiethérapie ne peut sortir le virus de sa latence et de ce fait, l'éradication complète reste impossible.

Justement, les chercheurs scandinaves pensent avoir trouvé une solution à ce problème en utilisant une moléculemolécule actuellement testée contre différents cancerscancers : le panobinostat. Cette molécule, membre de la famille des inhibiteurs d'enzymesenzymes appelées histoneshistones déacétylases (HDAC), vient de prouver in vitroin vitro son efficacité pour faire sortir le VIH de sa torpeur. Plusieurs molécules ont été testées sur des cellules de peau humaines à des doses thérapeutiques, et le panobinostat s'est montré le plus puissant.

Le VIH est un virus à ARN. Mais grâce à son enzyme, la rétrotranscriptase, il est capable, une fois dans une cellule, de former des brins d'ADN qui s'intègrent ensuite dans le génome de l'hôte. Parfois, il forme des réservoirs viraux et même si la quasi-totalité du VIH circulant est éliminé, le virus reste présent dans l'organisme sous une forme très difficile à éliminer. © Ynse, Wikipédia, cc by sa 2.0

Le VIH est un virus à ARN. Mais grâce à son enzyme, la rétrotranscriptase, il est capable, une fois dans une cellule, de former des brins d'ADN qui s'intègrent ensuite dans le génome de l'hôte. Parfois, il forme des réservoirs viraux et même si la quasi-totalité du VIH circulant est éliminé, le virus reste présent dans l'organisme sous une forme très difficile à éliminer. © Ynse, Wikipédia, cc by sa 2.0

Panobinostat + vaccin : le duo pour éliminer le VIH ?

Fort de ce premier succès, ces scientifiques se sont vu reverser 12 millions de couronnes danoises (1,6 million d'euros) de la part des autorités sanitaires de leur pays pour poursuivre plus loin les investigations. Quinze personnes séropositives sont donc en train de suivre les essais.

Cette thérapie fonctionne en plusieurs temps. D'abord, le panobinostat change les propriétés de l'ADN, ce qui réactive la réplicationréplication du VIH. Ainsi, il sort de sa latence et se manifeste. Puis, avec des trithérapies antirétrovirales, on empêche le virus d'infecter de nouvelles cellules. En parallèle, le système immunitairesystème immunitaire, stimulé par un vaccinvaccin spécifique, détecte les cellules contaminées et contribue à leur destruction. En résumé, on débusque le VIH de sa cachette et on l'attend, armes à la main, pour l'éliminer.

Ole Søgaard, l'un des chercheurs participant au projet, fait part de sa confiance au Telegraph« Je suis presque certain que nous réussirons à vider les réservoirs viraux », déclare-t-il. Il reconnaît que le défi sera alors de pousser le système immunitaire à répondre efficacement.

Des promesses qui pourront être tenues ?

Véritable avancée ou effet d'annonce bien orchestré ? Il est peut-être encore un peu tôt pour se montrer optimiste. Roland Marquet, directeur de recherche au laboratoire Rétrotranscription du VIH-1VIH-1, inhibitioninhibition et mécanismes de résistancerésistance, à l'institut de Biologie moléculaireBiologie moléculaire et cellulaire de Strasbourg, modère un peu cet enthousiasme.

Le scientifique rappelle que « l'idée d'utiliser des inhibiteurs des HDAC pour réactiver le virus n'est pas neuve. Elle a déjà fait l'objet de plusieurs publications concernant des études in vitro et même des essais cliniques à petites échelles. Les résultats de ces derniers ont en général été assez décevants. » Ces chercheurs feront-ils mieux que les autres avec leur médicament particulièrement puissant, telle est la question.

Les réservoirs viraux, pas si faciles à éliminer

Les Danois ne sont pas les seuls à explorer cette piste prometteuse. « Il est difficile de prévoir l'ampleur de la réussite : petite réduction de la taille des réservoirs ou élimination totale ? La clé du succès repose probablement là-dessus, reprend Roland Marquet. On pourrait avoir largement sous-estimé la taille de ces réservoirs. Ainsi, le nouveau traitement ne se montrerait efficace que chez certains patients présentant des réservoirs limités, en particulier ceux ayant bénéficié d'une trithérapie antirétrovirale précoce. »

Même son de cloche du côté de Gianfranco Pancino, directeur de recherche à l'institut Pasteur : « Personnellement, je reste un peu dubitatif, l'élimination des réservoirs viraux semblant plus compliquée qu'il n'y paraît. Je regarde avec intérêt mais avec un optimisme contrôlé les développements de cette stratégie. »

En résumé, mieux vaut rester prudent et attendre les résultats définitifs de cet essai clinique avant de crier victoire. Car on n'est jamais à l'abri d'une belle déconvenue...