La ventilation artificielle est une procédure invasive qui peut causer des lésions aux poumons et mobilise beaucoup de personnel. Des chercheurs japonais proposent d’administrer l’oxygène par l’anus comme un simple lavement. Une technique apparemment très efficace et sans danger.

Cela vous intéressera aussi

[EN VIDÉO] Fanny Burney, l'auteure du XIXe siècle qui décrivit sa propre opération sans anesthésie En 1811, l'auteure britannique Frances Burney est contrainte de subir une ablation totale du snull

À l'instar de la Covid-19, de nombreuses pathologies engendrent une insuffisance respiratoire nécessitant une ventilation artificielle. Cette dernière s'effectue via une sonde d'intubation délivrant l'oxygène dans les poumons. Le problème, c'est que cette procédure invasive peut elle-même causer des dommages aux poumons, sans parler des risques de contaminationcontamination par des bactériesbactéries provenant de la bouche et de l'impossibilité de s'alimenter.

Ryo Okabe et ses collègues de l'Université médicale et dentaire de Tokyo (TMDU) ont donc pensé à une autre piste : injecter l'oxygène... via le rectum. Certains animaux, comme les loches (un poissonpoisson d'eau douceeau douce), les tortues, les concombres de merconcombres de mer ont en effet développé un mode respiratoire alternatif lorsque la disponibilité en oxygène est limitée : ils absorbent l'airair par l'anusanus, qui va ensuite distribuer l'oxygène dans l'organisme via la paroi intestinale.

Une technique inspirée des suppositoires

« Le rectum possède un maillage de vaisseaux sanguins très fins juste sous la surface de sa muqueusemuqueuse, ce qui signifie que les médicaments administrés par l'anus sont facilement absorbés dans la circulation sanguine », explique Ryo Okabe. C'est sur ce principe que s'appuient les suppositoires « nous nous sommes donc demandé si l'oxygène pouvait être délivré de la même manière ».

Les chercheurs ont d'abord pensé à administrer l'oxygène dans le rectum sous forme gazeuse. Mais, bien que la procédure s'avère efficace chez la souris, elle nécessite de « frotter » la paroi du rectum pour augmenter le flux sanguin et favoriser les échanges gazeux. On imagine que ça ne doit pas être franchement agréable. Ryo Okabe a alors pensé à une autre méthode, à savoir la diffusiondiffusion par le rectum de perfluorodécaline oxygénée, un liquideliquide semblable à celui que l'on utilise chez les bébés prématurés et pouvant transporter de grandes quantités d'oxygène et de dioxyde de carbonedioxyde de carbone. Ils ont placé des cobayes animaux (souris, porc et rat) sous hypoxiehypoxie, puis ont appliqué leur traitement.

La perfluorodécaline oxygénée est injectée dans l’anus comme pour un lavement. © Ryo Okabe et al, mes, 2021
La perfluorodécaline oxygénée est injectée dans l’anus comme pour un lavement. © Ryo Okabe et al, mes, 2021

Aucun effet secondaire

Les animaux n'exprimaient plus de détresse respiratoire et ont vu leur oxygénation sanguine améliorée. « Il est intéressant de constater que la ventilationventilation par voie rectale nécessite deux à trois fois moins de liquide que si on l'injectait par les poumons », écrivent aussi les auteurs dans leur étude publiée dans la revue Med. Les chercheurs ont aussi précisé que la petite proportion de liquide absorbée en même temps que l'oxygène n'avait causé aucun effet nocif et n'avait pas perturbé les bactéries intestinales, indiquant que la méthode était sûre.

Moins de personnel et de matériel coûteux

« C'est une idée qui peut paraître provocante, mais qui doit être prise très au sérieux », juge Caleb Kelly, de l'École de médecine de l'université de Yale, dans un commentaire accompagnant l'étude. Cette méthode, qui s'apparente à un simple lavement, pourrait ainsi grandement faciliter la guérisonguérison des patients en insuffisance respiratoire ou pour remplacer l'oxygénation par membrane extracorporelle (EMCO), utilisée notamment dans les cas graves de Covid. Elle mobiliserait également moins de personnel soignant et de matériel coûteux. Voilà qui aurait bien été utile ces derniers mois dans les services de réanimation.