La grenouille Pelophylax nigromaculatus ne fera pas un bon repas en avalant le scarabée d'eau Regimbartia attenuata. © Shinji Sugiura
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Science décalée : la technique des scarabées pour ressortir vivant de l'anus des grenouilles

ActualitéClassé sous :physiologie animale , comportement animal , coléoptère

Le coléoptère Regimbartia attenuata parvient à ressort indemne du tube digestif en remuant ses pattes pour stimuler le réflexe de défécation. Un chatouillis particulièrement désagréable mais qui n'est rien par rapport à d'autres techniques utilisées par certains insectes.

Il est des expériences particulièrement désagréables dans la vie d'une grenouille. Comme par exemple avaler un Regimbartia attenuata. Alors que la plupart des insectes gobés terminent leur vie dans l'estomac de leurs prédateurs, ce scarabée parvient à s'extirper du tube digestif de la grenouille en rampant dans son intestin et en s'échappant par son anus.

Shinji Sugiura, professeur agrégé à la Graduate School of Agricultural Science de l'Université de Kobe au Japon, étudie les défenses anti-prédateurs chez les insectes des zones humides depuis des années. En 2019, il avait vu avec surprise le coléoptère R. attenuata émerger de l'anus de la grenouille d'étang Pelophylax nigromaculatus. Pour en savoir plus, le biologiste a reproduit l'expérience à 15 reprises lors d'une étude publiée dans le journal Current Biology le 3 août dernier. Résultat : 93 % des bestioles sont ressorties vivantes de l'anus de la grenouille, la plupart du temps enchevêtrées dans des boulettes fécales, mais bien alertes.

Ramper dans l’intestin pour stimuler le réflexe de défécation

Il semble que R. attenuata ait une technique bien à lui pour échapper à l'environnement particulièrement acide et au manque d'oxygène dans l'estomac. Lorsque Shinji Sugiura a donné une autre espèce de scarabée à manger à la grenouille, Enochrus japonicus, ce dernier a inexorablement péri et été excrété dans le contenu fécal 24 heures après.

R. attenuata, lui, parvient à s'extraire de la grenouille en un temps record, allant d'une à six heures maximum. Plutôt que d'attendre passivement de glisser vers l'anus, le coléoptère adopte au contraire une défense active pour se sortir de sa situation périlleuse. La preuve : lorsque les pattes des coléoptères sont enduites de cire collante, ces derniers meurent inexorablement dans le tube digestif. « R.attenuata utilise sans doute ses pattes pour stimuler l'intestin de la grenouille et induire le réflexe de défécation », suggère Shinji Sugiura.

Une bulle d’air pour tenir en apnée dans l’intestin

Ce mécanisme de défense hors du commun proviendrait de l'adaptation de cette espèce de coléoptère à leur habitat marécageux. D'une part, ces insectes nagent assez efficacement en remuant leurs pattes dans l'eau, une technique qu'ils reproduisent sans doute lorsqu'ils baignent au milieu des déchets dans l'intestin de la grenouille. D'autre part, R. attenuata a la capacité d'emprisonner une petite poche d'air sous ses ailes, appelées élytres. « J'imagine que cette bulle d'air aide le scarabée à respirer, et pourrait constituer une « enveloppe de protection » contre l'acide gastrique le temps qu'il s'échappe », suppose Christopher Grinter, entomologiste à l'Académie des sciences de Californie (qui n'a pas participé aux recherches).

Attention : nourriture appétissante mais dangereuse

L'expérience doit en revanche être particulièrement désagréable pour la grenouille Pelophylax nigromaculatus (imaginez un scarabée vous chatouillant l'estomac et ressortant en gigotant dans vos selles). Mais il existe encore plus traumatisant.

Les coléoptères bombardiers (Pheropsophus jessoensis), lorsqu'ils sont avalés par une grenouille ou un crapaud, pulvérisent des substances chimiques si toxiques que l'amphibien déverse le contenu de son propre estomac pour vomir le coléoptère. La larve du scarabée Epomis, elle, enfonce ses mâchoires crochues dans la langue du prédateur en libérant des enzymes qui font faire « fondre » la chair. « La larve arrache en quelque sorte des tissus du corps de l'amphibien. Après quelques heures, ce dernier est réduit à un tas d'os et à un petit bout de peau », décrit  Gil Wizen, un entomologiste à l'Université de Toronto, dans le magazine Wired. Sur ce, bon appétit...

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