Et si la tique était finalement bénéfique pour votre santé ? © SciePro, Adobe Stock

Santé

De la salive de tique comme traitement anti-inflammatoire ?

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Des chercheurs ont synthétisé des protéines issues de la salive des tiques qui inhibent la réponse inflammatoire. Un possible traitement contre la fibrose pulmonaire ou les inflammations intestinales, mais aussi contre les complications de la Covid-19.

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La tique est diablement douée pour sucer notre sang en toute tranquillité. Afin de passer incognito lorsqu’elles nous piquent, les tiques produisent dans leur salive des petites protéines appelées évasines. Ces dernières piègent les chimiokines, d'autres protéines de la famille des cytokines qui déclenchent une réponse inflammatoire lorsque l'organisme est attaqué. Leur fonction principale est d'attirer les leucocytes sur le site de la blessure. Si cette réponse inflammatoire est utile dans certains cas, elle peut aussi s'emballer et provoquer des dégâts sur les organes, comme on a pu le voir dans l’épidémie de Covid-19.

Les évasines aux propriétés anti-inflammatoires

Depuis plusieurs années, les évasines intéressent donc les chercheurs comme possible traitement pour inhiber l'inflammation. De précédentes études chez des souris ont montré que les évasines issues de la tique présentent d'excellentes propriétés inflammatoires contre la fibrose pulmonaire ou la colite (une inflammation de la muqueuse du côlon).

Les évasines sont des protéines fabriquées par la tique pour inhiber la réponse inflammatoire afin qu’elle soit indétectable pendant qu’elle se nourrit de sang. L’évasine-1 est ici liée à un groupe sulfate (en jaune) afin d’améliorer son affinité avec les chimiokines. © Charlotte Franck et al, PNAS, 2020

Le problème, c'est que ces molécules sont particulièrement difficiles à isoler, à stabiliser, et à produire en grande quantité. « Dans la salive de la tique, les évasines sont mélangées à un grand nombre d'autres molécules, ce qui les rend difficiles à tester ou à reproduire », atteste Charlotte Franck, doctorante belge à l'université de Sydney. Cette scientifique est l'auteure principale d'une nouvelle étude parue dans la revue PNAS, qui a réussi pour la première fois à synthétiser chimiquement des évasines afin d'améliorer leur efficacité. Plutôt que d'isoler les évasines dans la salive de tique, les chercheurs sont partis de zéro en reconstituant chimiquement la molécule. Ils ont ensuite modifié ces évasines en leur attachant un groupe sulfate, ce qui accroît leur aptitude à se lier aux chimiokines et leur capacité inhibitrice. Cette modification améliore également leur stabilité, ce qui ouvre la voie à une production industrielle de médicaments anti-inflammatoires. Un traitement qui pourrait également concerner la Covid-19, puisque les chimiokines sont des facteurs d'inflammation pulmonaire dans cette maladie. Sauf qu'il faudra encore plusieurs années avant de disposer d'un médicament commercialisable.

Un médicament à base de salive de tique déjà en phase d’essai clinique

Les évasines ne sont pas les seules molécules que produit la tique dans sa salive. Akari Therapeutics, une startup londonienne, a développé un médicament issu de la salive de tique nommé Nomacopan. Ce dernier inhibe le gène C5, qui joue un rôle clé dans la réponse inflammatoire, ainsi que le leucotriène B4, un messager chimique chargé de recruter des cellules pro-inflammatoires. La société vient de dévoiler les résultats préliminaires d'un essai clinique du Nomacopan sur une maladie cutanée auto-immune grave, appelée pemphigoïde bulleuse, montrant l'efficacité du traitement dans sept cas sur neuf. Le médicament est également en cours d'évaluation comme traitement de la kératoconjonctivite atopique (une maladie inflammatoire chronique des yeux), et la microangiopathie thrombotique (qui touche les petits vaisseaux sanguins).

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