Santé

L'obésité, maladie inflammatoire ?

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Une étude menée chez des femmes obèses par Karine Clément (Equipe Inserm Avenir Paris 6- Hôtel Dieu, Paris) et Dominique Langin, Directeur de l'Unité Inserm 586 « Recherches sur les obésités » (Toulouse), montre qu'une perte de poids modérée (6 à 7kg) entraîne une modification de l'expression des gènes liés à l'inflammation et à l'immunité. Ces résultats publiés dans Faseb journal de ce mois, suggèrent que les effets bénéfiques de l'amaigrissement sur les complications de l'obésité (maladies cardiovasculaires et diabète en particulier) pourraient être en rapport avec l'amélioration du profil inflammatoire du tissu adipeux sous cutané. Les chercheurs observent à la fois une baisse d'expression de facteurs proinflammatoires et une élévation de l'expression de gènes codant pour des protéines aux propriétés anti-inflammatoires.

(crédit : http://www.pathol08.com)

L'obésité se définit comme une inflation de masse grasse ayant des conséquences néfastes pour la santé. Le tissu adipeux, qui constitue la masse grasse est bien plus qu'un simple réservoir d'énergie. Il produit des molécules « signal », qui agissent à différents niveaux de l'organisme. D'une part en informant le cerveau des variations des réserves d'énergie (c'est le cas de la leptine), et d'autre part en connectant les organes périphériques entre eux (c'est le cas de l'adiponectine qui agit sur le foie et le muscle). Certains produits sécrétés comme le TNFá ont aussi une action locale sur le tissu adipeux lui-même. Les molécules du tissu adipeux sont de plus en plus associées au développement des complications liées à l'obésité comme le diabète, l'hypertension artérielle ou l'athérosclérose.
Les connaissances sur la nature et les rôles des molécules "signal" du tissu adipeux restent, très parcellaires. Leur régulation dans diverses conditions nutritionnelles, et notamment lors de l'amaigrissement induit par la restriction calorique, est mal connue. Ces molécules peuvent être produites non seulement par les cellules adipeuses (adipocytes) elles mêmes mais aussi par d'autres types cellulaires qui composent le tissu adipeux, comme les cellules préadipocytaires dépourvues de lipides et des cellules de l'inflammation comme les macrophages.

Restriction calorique et augmentation de la synthèse de molécules anti-inflammatoires

L'objectif des recherches menées par les chercheurs de l'Inserm était d'étudier les conséquences de la restriction calorique sur l'expression des gènes liés aux phénomènes d'inflammation dans le tissu adipeux. Pour cela, les chercheurs ont comparé les profils d'expression des gènes de l'inflammation dans le tissu adipeux blanc sous-cutané chez des patientes obèses et des patientes non obèses.
L'étude a porté sur 29 femmes obèses soumises à des régimes hypocaloriques, et 17 femmes minces. Une évaluation complète des caractéristiques cliniques et biologique des personnes (composition corporelle, indice de masse corporelle, paramètres plasmatiques) a été menée. Les chercheurs ont aussi mesuré l'expression des gènes dans le tissu adipeux sous-cutané après 2 jours et 28 jours de régime, grâce à l'utilisation de puces à ADN et à la technique de RT-PCR quantitative*.
Les résultats de ces équipes montrent que lors d'une perte de poids modérée (6 à 7 kg), qui est associée à une baisse des facteurs de risque pour les maladies cardiovasculaires et le diabète, l'expression des gènes liés à l'inflammation et à l'immunité est fortement modifiée. Le profil «proinflammatoire» du tissu adipeux des sujets obèses devient proche de celui des sujets minces. Ce phénomène témoigne d'une restauration de l'état normal de ce tissu. Une baisse d'expression de facteurs proinflammatoires et une élévation de l'expression de gènes codant pour des protéines aux propriétés anti-inflammatoires sont observées. La majorité de ces gènes n'est pas exprimée dans les adipocytes mais dans la fraction du tissu adipeux enrichie en macrophages.
Ces travaux révèlent que les macrophages présents dans ce tissu sont modifiés par l'état nutritionnel des sujets et suggèrent que les effets bénéfiques de l'amaigrissement sur les complications de l'obésité pourraient être en rapport avec l'amélioration du profil inflammatoire du tissu adipeux.

Cette recherche est le fruit d'une collaboration dans le cadre du consortium de génomique fonctionnelle de l'obésité qui regroupe outre les équipes mentionnées, l'équipe de Claudine Junien (Unité Inserm 383, Paris), d'Hubert Vidal (Unité Inserm 449, Lyon) et le laboratoire franco-tchèque de recherche clinique sur l'obésité Inserm-Université Charles à Prague co-dirigé par Vladimir Stich et Dominique Langin.

* RT-PCR pour Reverse Transcriptase Polymerase Chain reaction, technique qui permet d'amplifier des segments d'ARN

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