Par une simple prise de sang, les chercheurs parviennent à révéler la présence d’un mélanome de l’œil et à définir sa taille. Une telle performance est possible grâce aux mutations propres aux cellules tumorales. Ce principe pourrait s’appliquer à d’autres cancers dans lesquels les anomalies génétiques responsables ont été décelées.
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Repérer le plus tôt possible l'apparition de cancerscancers ou leur rechute est l'un des enjeux de la cancérologiecancérologie. Malgré les progrès de l'imagerie, la récidive de la tumeurtumeur doit avoir atteint une taille suffisante pour être visible. À l'Institut Curie, un travail codirigé par deux médecins chercheurs, Marc-Henri Stern et OlivierOlivier Lantz (U830 et U9323 Inserm/Institut Curie), montre pour la première fois qu'il est possible de détecter de l'ADN tumoraltumoral circulant dans le sang de patients atteints d'un mélanomemélanome de l'œil métastatiquemétastatique. Sa présence révèle l'existence d'une tumeur et sa quantité reflète sa taille : ceci en fait un nouveau biomarqueur susceptible de repérer très tôt la présence d'une tumeur ou d'une récidiverécidive.

Bien que réalisée sur un nombre limité de patients atteints d'une maladie raremaladie rare, cette étude mise en ligne dans Clinical Cancer Research est une preuve de concept de la faisabilité et de l'intérêt clinique de la détection et de la quantificationquantification de l'ADNADN tumoral dans le sang. Cette technique pourrait être appliquée à n'importe quel type tumoral à partir du moment où une altération génétiquealtération génétique spécifique a été identifiée. 

L’ADN tumoral en libre circulation dans le sang

Malgré les progrès dans la prise en charge initiale des mélanomes de l'œil, ce cancer est, une fois disséminédisséminé, très difficile à traiter. L'un des espoirs est de pouvoir proposer le plus tôt possible un traitement aux patients présentant une dissémination tumorale. Mais à ce jour, les techniques d'imagerie et de biologie ne peuvent révéler que des métastases ayant déjà une taille importante. D'où l'idée des chercheurs de l'Institut Curie de détecter de l'ADN tumoral circulant dans le sang des patients. 

Il existe en effet un phénomène naturel de dégradation des cellules normales ou tumorales dans l'organisme et ce, afin d'assurer le renouvellement des tissus. Les cellules sont dégradées et une partie de leur matériel génétique se retrouve dans le sang. Donc, comme l'explique Marc-Henri Ster, « si de l'ADN tumoral est détecté, cela signifie que des cellules tumorales sont présentes dans l'organisme ».

Les cellules tumorales possèdent des mutations dans leur ADN qu'on ne retrouve pas dans les cellules saines. Grâce aux progrès des techniques de génomique, on peut les détecter dans le sang. © Anne Weston, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

Les cellules tumorales possèdent des mutations dans leur ADN qu'on ne retrouve pas dans les cellules saines. Grâce aux progrès des techniques de génomique, on peut les détecter dans le sang. © Anne Weston, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

Un travail codirigé par Olivier Lantz et Marc-Henri Stern s'est attelé à mettre au point une technique utilisable en clinique pour détecter l'ADN tumoral dans le sang sachant que celui-ci est en très faible quantité par rapport à l'ADN normal issu des autres cellules. Dans un premier temps, il a fallu déterminer comment distinguer l'ADN tumoral. « L'ADN tumoral possède les mêmes altérations que la tumeur primitive. La présence de ces mutations génétiquesgénétiques, en l'occurrence une altération dans les gènesgènes Gnaq ou Gna11 très fréquente dans ce type de cancer, est la marque de l'origine de l'ADN » explique Olivier Lantz. 

Les chercheurs ont ensuite eu recours à la méthode appelée polymérisationpolymérisation activée par pyrophosphorolyse (PAPPAP), basée sur la réaction en chaîneréaction en chaîne par polymérasepolymérase (PCRPCR), pour détecter la présence de trois mutations ponctuelles dans ces deux gènes. Cette technique allie sensibilité et spécificité puisqu'elle permet d'identifier une mutation ponctuelle dans un gène au milieu d'une quantité d'ADN équivalente à plus de 10.000 génomesgénomes entiers de cellule. Cette technique est simple, peu coûteuse et peut être mise en œuvre dans n'importe quel laboratoire de biologie moléculairebiologie moléculaire clinique. 

Du mélanome de l’œil à tous les cancers

D'un point de vue clinique, de l'ADN tumoral a été détecté dans les prélèvements sanguins de 20 des 21 patients ayant un mélanome de l'œilœil métastatique. « Par ailleurs la quantité de cet ADN était proportionnelle à la massemasse tumorale évaluée par imagerie par résonancerésonance magnétique (IRM) » ajoute Marc-Henri Stern. « Nous avons ainsi établi la preuve de concept que cette méthode de détection est parfaitement adaptée pour repérer la présence d'un foyerfoyer tumoral chez les patients à partir d'une simple prise de sang » complète Olivier Lantz. 

Des études complémentaires sont d'ores et déjà prévues pour évaluer la valeur pronostique de ce nouveau biomarqueur en fonction du stade d'évolution des mélanomes de l'œil. 

Des thérapiesthérapies ciblées étant en cours de développement pour cette tumeur, la recherche de l'ADN tumoral permettrait de repérer très tôt une rechute - de petite taille - et donc les patients susceptibles d'en bénéficier de manière optimale, avec en prime la possibilité d'évaluer son efficacité en observant une éventuelle diminution du taux d'ADN tumoral circulant dans le sang.

Mais l'avenir de cette technique va bien au-delà du mélanome de l'œil, puisqu'elle pourrait s'appliquer à tous les cancers chez lesquels une mutation spécifique a été identifiée.