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Une arme étonnante contre le mélanome : la dangereuse salmonelle

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Le cancer de la peau le plus grave pourrait-il être traité par la salmonelle, une bactérie pathogène pour l'homme ? Des chercheurs italiens l'ont montré et espèrent mettre au point au plus vite un vaccin qui permettra d'améliorer l'espérance de vie, trop courte, des patients atteints de mélanome.

Le mélanome est le cancer de la peau le plus dévastateur, avec un taux de survie à 5 ans de moins de 15% lorsque les métastases sont déjà développées. © Wikimedia Commons

La prédisposition génétique et l'exposition au soleil sont les deux principaux facteurs de l'apparition d'un mélanome. Ce cancer tire son nom des mélanocytes, les cellules de la peau qui lui confèrent sa coloration. Lorsqu'elles sont trop exposées aux rayons UV du soleil qui endommagent l'ADN, les mutations accumulées peuvent mener à la multiplication rapide et incontrôlée des mélanocytes. Bien qu'il ne soit pas le cancer de la peau le plus répandu, il est pourtant responsable de 75% des décès liés à ce type de maladie et avec l'apologie du bronzage, l'incidence est en constante progression. Le mélanome peut vite dégénérer et former des métastases, rendant la maladie plus difficile à soigner malgré les nouveaux traitements : seuls 15% des patients survivent au-delà de 5 ans.

Les cellules de la peau sont reliées et communiquent entre elles via des protéines de surface nommées connexines 43 (Cx43) qui forment des pores intercellulaires (jonctions communicantes). Par ce biais, les cellules peuvent échanger des molécules contenues dans leur cytoplasme. Lorsque les mélanocytes prolifèrent, à l'image des autres cellules cancéreuses, les protéines de surface sont perdues, évitant ainsi aux cellules malades d'être reconnues par le système immunitaire. Les Cx43 ne sont donc plus exprimées et les cellules perdent leur adhésion.

C'est là qu'intervient Salmonella typhimurium, une des bactéries responsables de la salmonellose (maladie entraînant des diarrhées et des fièvres parfois mortelles). En effet, des recherches menées à l'Istituto Europeo di Oncologia (IEO) à Milan montrent que l'injection de salmonelles dans des souris atteintes de mélanome rétablit l'adhésion et la communication des cellules cancéreuses grâce à l'augmentation de l'expression des Cx43. D'après les résultats publiés dans le journal Science Translational Medicine, la bactérie est alors capable de réduire la taille de la tumeur.

Les salmonelles (en rose) provoquent des perturbations du système digestif qui peuvent être graves. D'un autre côté, ces bactéries sont aussi le point de mire des chercheurs dans la lutte contre le mélanome. Crédits DR

Quel est le mécanisme entrant en jeu ? L'expression des Cx43 permet aux mélanocytes de rétablir un lien avec les cellules dendritiques. Celles-ci appartiennent au système immunitaire et se comportent comme des cellules présentatrices d'antigènes. Bien qu'habituellement les antigènes exposés à leur surface proviennent de leur propre cytoplasme, certains antigènes peuvent provenir de cellules voisines via les jonctions communicantes. C'est ce qu'il se passe ici, où les cellules du mélanome transfèrent leurs antigènes aux cellules dendritiques qui vont alors les exposer en surface. Les lymphocytes cytotoxiques du système immunitaire sont activés par ces antigènes et vont pouvoir reconnaître et attaquer spécifiquement la tumeur.

Un vaccin bientôt testé ?

Les chercheurs veulent mettre au point un vaccin mimant ce mécanisme, sans utiliser la bactérie responsable de maladies qui peuvent devenir sérieuses et donc dangereuses pour les patients déjà affaiblis. Ils ont déjà réussi à immuniser des souris grâce à l'injection de cellules du mélanome pré-traitées par les salmonelles. Pour le patient, la stratégie serait de mélanger in vitro ses cellules tumorales avec des salmonelles puis avec ses propres cellules immunitaires. Ainsi éduquées, les cellules immunitaires pourraient être réinjectées au patient et attaquer le mélanome.

Ce vaccin personnalisé n'est plus très loin de voir le jour. Les chercheurs ont déjà demandé l'autorisation de débuter les essais cliniques, ce qui pourrait être le cas d'ici un an. Bien que prometteur, le vaccin ne sera certainement pas efficace à 100% étant donné la complexité des mélanomes. Rien ne vaut donc la prévention et la protection contre les rayons nocifs du soleil...

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