Injection d'anticorps monoclonaux. © Drazen, Adobe Stock
Santé

Un parasite associé à l’immunothérapie pourrait améliorer la réponse de certaines tumeurs

ActualitéClassé sous :cancer , Toxoplasma gondii , système immunitaire

[EN VIDÉO] 5 questions sur l’immunothérapie  L’immunothérapie est un traitement visant à stimuler les défenses immunitaires de l’organisme. Elle est de plus en plus utilisée dans la lutte contre le cancer mais aussi contre les maladies infectieuses. 

Certaines tumeurs ne réagissent pas au système immunitaire et aux cellules cytotoxiques naturellement impliquées dans la défense de l'organisme. Dans une étude récente, ces tumeurs dites « froides » ont été traitées par une immunothérapie et un protozoaire inactivé sur un modèle de souris. Les résultats montrent une régression des tumeurs après traitement et un taux de survie amélioré chez les souris traitées.

Les cellules cancéreuses présentent de profonds remaniements génétiques et en particulier, au fur et à mesure que la maladie progresse, cessent d'exprimer à leur surface les antigènes qui déclenchent la réponse immunitaire. Cela leur permet d'échapper au système de surveillance et de destruction des cellules cytotoxiques. Plus encore, elles peuvent, pour certaines, exprimer des protéines transmembranaires (ligand de mort programmée PDL1 pour Programmed death-ligand 1) leur permettant d'échapper aux lymphocytes T cytotoxiques en induisant leur inhibition.

Dès lors, une nouvelle piste thérapeutique peut voir le jour en matière de traitement contre les cancers et l'immunothérapie a connu un boom ces dix dernières années. Contrairement aux traitements par chimiothérapie ou radiothérapie, cette nouvelle approche thérapeutique ne s'attaque pas directement à la cellule cancéreuse mais aide le système immunitaire à reconnaître et à détruire les cellules tumorales. Dans ce domaine d'action, certains outils utilisés, comme les anticorps monoclonaux (anti-PDL1) ont de plus l'avantage de cibler spécifiquement les cellules tumorales en bloquant l'expression des protéines qui leur permettent d'échapper à la cytotoxicité immunitaire. Des effets thérapeutiques durables ont d'ailleurs été récemment mis en évidence avec l'utilisation de cette immunothérapie sur des tumeurs solides dans le cas de cancers avancés.

Toxoplasma gondii : un parasite « utile »

Parce qu'il existe des tumeurs qui ne répondent pas à l'immunothérapie, tumeurs dites froides, un groupe de chercheurs des universités de Nottingham (Royaume-Uni) et de Ningbo et Shanxi (Chine) ont conçu l'idée d'utiliser des agents pathogènes inactifs tels que Toxoplasma gondii pour moduler la réponse immunitaire au sein des tumeurs froides. L'idée est d'augmenter ainsi l'effet thérapeutique des anticorps monoclonaux bloquant les protéines d'échappement des cellules cancéreuses.

Toxoplasma gondii : c'est un protozoaire parasite intracellulaire qui infecte les animaux à sang chaud, y compris l'Homme. Il est présent partout dans le monde (on considère qu'un tiers de la population mondiale est porteuse). Il ne provoque généralement aucun symptôme même s'il est connu pour être dangereux pour les femmes séronégatives enceintes (risque d'anomalies fœtales) ou pour les personnes immunodéprimées (toxoplasmose cérébrale). Il peut, une fois inactivé, augmenter l'immunogénicité du microenvironnement tumoral et inverser la suppression immunitaire liée à la tumeur.

Toxoplasma gondii (coloration Giemsa) : à partir d'un frottis de liquide péritonéal de souris infectée. © DPDX Image library, Wikimedia Commons, domaine public

Immunothérapie et parasite : une combinaison permettant la régression des tumeurs

Dans cette étude, sur un modèle murin de cancers (mélanome, carcinome pulmonaire et adénocarcinome du côlon), les chercheurs combinent l'administration intra tumorale d'une souche mutée avirulente de Toxoplasma gondii et une immunothérapie anti-PDL1 qui agit au niveau de la jonction entre les cellules immunitaires (lymphocytes T) et les protéines de la surface des cellules cancéreuses. Les résultats montrent une régression de la taille de la tumeur dans les différents types de cancers étudiés à condition que le site d'injection soit dans le microenvironnement tumoral. Cette régression est associée à une infiltration accrue de cellules inflammatoires avec un rôle fondamental des cellules T CD8 et NK (natural killer) et à une amélioration du taux de survie des souris.

L'utilisation des immunothérapies bloquant les points de contrôle immunitaire développé par certaines tumeurs offre de nouvelles perspectives dans le traitement anticancéreux. Cependant l'efficacité de tel traitement est limitée à une minorité de patients. Cette étude en combinant ce traitement avec une injection de Toxoplasma gondii muté dans les tumeurs explore de nouvelles voies dans la recherche de traitements anticancéreux.

 

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