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La Collégiale Saint-Martin

Dossier - Angers : défis architecturaux
DossierClassé sous :géographie , architecture , histoire

Partons découvrir à Angers les magnifiques réhabilitations effectuées pour la collégiale Saint-Martin et la galerie David d'Angers, à la fois défis architecturaux et prouesses techniques.

  
DossiersAngers : défis architecturaux
 

Aux premiers siècles, Juliomagus (l'antique ville d'Angers) s'étendait sur la rive gauche de la Maine et une large voie nord-sud séparait deux quartiers. À l'est, des habitats en terre et bois, à l'ouest, des constructions maçonnées. Trésor archéologique, la collégiale Saint-Martin est la plus vieille église d'Angers.

Nef de la Collégiale Saint-Martin d'Angers, Maine-et-Loire. © Sémhur (d), Wikimedia commons, DP

La crypte archéologique se visite en descendant des escaliers judicieusement disposés dans l'église rénovée et elle permet de se rendre compte des vestiges des premiers édifices religieux. 

Collégiale Saint-Martin : le tour de force des architectes

Les architectes ont, en effet, coulé une dalle en béton qui soutient le sol de l'église et permet cette petite incursion dans la mémoire de la ville : c'est un tour de force très réussi et très émouvant...

Dès le Ve siècle, apparaît une première basilique dans le faubourg de la cité, édifice allongé au siècle suivant. Au fond de la crypte, l'abside construite au VIIe siècle témoigne d'un agrandissement vers l'est dû, peut être, à saint Loup, évêque d'Angers.

Phases de construction de la Collégiale Saint-Martin Angers.

Au Xe siècle, la nef, reconstruite, est proche de l'actuelle. Le transept et le chœur reposent sur le tracé précédent. Les grands arcs de croisée du transept, présentent une alternance de brique et de calcaire qui séduisit Prosper Mérimée, inspecteur des monuments historiques et à qui l'on doit de nombreuses sauvegardes. Le comte Foulques Nerra et sa femme Hildegarde, voyant l'église « tellement détruite que c'est à peine si deux prêtres pouvaient y servir Dieu » décident de la reconstruire. Ils placent treize chanoines dans cette nouvelle, et dorénavant, collégiale « pour servir Dieu en cet endroit ». La nef actuelle, date de ce début du XIe : un vaisseau central, éclairé en partie haute, et deux bas-côtés séparés par une arcature. Subsistent encore la belle coupole de la croisée du transept, les colonnes qui la supportent, avec leurs chapiteaux et les grands arcs assurant le passage du plan carré au plan circulaire de la voûte.

Au XIIe siècle, le chœur est allongé, dans le style gothique angevin. À la fin de ces travaux, le chœur devient aussi long que la nef. Les nervures, épaisses dans les deux travées droites, font place à de simples boudins dans l'abside. Les statues originales datant de la décoration de cette époque sont présentées à l'université de Yale (États-Unis).

Au XIIIe siècle, la chapelle des Anges achève la construction gothique. Y subsistent quelques fragments d'un riche décor peint originel : le Massacre des Innocents et l'Adoration des Mages. René d'Anjou, vers 1470, fait surélever les murs du transept et mettre en place une nouvelle charpente, et la voûte lambrissée peinte des bras du transept subsiste avec les armoiries de la Maison d'Anjou.

La collégiale Saint-Martin avant travaux. Une très mauvaise image qui donne une idée, cependant, de l’état du bâtiment avant sa restauration, la partie avant montre bien que la nef n’existe plus et que le transept et le clocher sont bien dégradés, comme la photo d’ailleurs !

La restauration, vingt ans de travaux pour ressusciter vingt siècles d'histoire : le Conseil général de Maine-et-Loire et l'État, représenté par la Direction régionale des Affaires culturelles Pays de la Loire, ont été les deux maîtres d’ouvrage du projet. Chaque projet de restauration est soumis à l'approbation expresse du ministère de la Culture et de la Communication.

La reconstruction d'un bâtiment en partie ruiné

Le département de Maine-et-Loire a fait l'acquisition en 1987 de ce bâtiment en partie ruiné : le clocher avait été amputé d'un étage, la toiture de la nef s'était effondrée en 1828 entraînant une partie des murs et la façade occidentale n'existait plus. Par ailleurs les vestiges archéologiques dégagés par le chanoine Pinier et G.H. Forsyth étaient soumis aux intempéries et aux dégradations du temps.

Voûtes restaurées de Saint-Martin d'Angers.

Le projet initial consistait à réaliser une simple couverture pour la nef. À sa place a été retenue l'idée de mettre en valeur le volume de la nef recréée. L'étude, confiée à l'architecte en chef des Monuments historiques M. Mester de Parajd. Un premier volet concernait la restauration « classique » d'un monument historique des parties conservées du monument, le chœur, le transept et le clocher, avec délicatesse, le monument avait conservé son authenticité du XIIe siècle ! Un deuxième volet portait sur la richesse du contenu archéologique du monument avec la superposition des différentes étapes des constructions et reconstructions. Les fouilles réalisées au XIXe siècle ont été reprises et actualisées par Daniel Prigent - archéologue départemental - à la demande du Conseil général de Maine-et-Loire. D'où une crypte archéologique.

La restauration de la nef

La reconstruction de la nef, exceptionnelle, respecte les principes définis par la Charte de Venise en 1962 (authenticité du monument, lisibilité et réversibilité de sa restauration) :

  • une intervention contemporaine, moderne, dans les matériaux des piles, de la charpente et des toitures, pour différencier les parties anciennes authentiques des parties restituées ;
  • une intervention sensible à l'harmonie d'un édifice du XIIe exigeant de l'humilité et de la retenue a été préférée au « grand geste architectural ».

Il y avait deux volets dans la présentation devant la Commission supérieure :

  • acceptation de la restitution du volume de la nef, et la nef a été reconstruite avec des arcs en schiste de la région, ce qui est du plus heureux effet ;
  • acceptation du dégagement de la façade occidentale et restitution de son élévation selon ses dispositions d'origine.
Penture de la porte de l'église Saint-Martin d'Angers. © Wikipedia

La Commission supérieure a validé la proposition respectant les dispositions historiques, soutenue par le Conseil général. Le parvis a donc été dégagé et les services de la Ville ont apporté un espace de respiration à l'ensemble. C'est un magnifique bâtiment, disponible pour les habitants, un fleuron du patrimoine angevin avec des expositions, des concerts, etc.

Vous pouvez retrouver le détail de cette restauration dans les documents cités dans la bibliographie.

Texte en partie d'après un article de Daniel Prigent.