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Evolutions récentes des écosystèmes maliens

Dossier - Mali, un oasis pour la biodiversité !

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La paysage végétal du Mali est le résultat d'une histoire conjuguée entre l'évolution des espèces et celle des conditions environnementales. En étudiant son histoire, on comprend qu'il est une mosaïque d'écosystèmes d'origine et d'avenir différents.

  
DossiersMali, un oasis pour la biodiversité !
 

1 - vers 8000 BP. L'optimal climatique

Cette période de notre interglaciaire donne l'image d'un monde chaud et humide. Les deltas sont inondés par la remontée marine consécutive à la déglaciation. Le niveau marin est passé de -125m à -30m par rapport au niveau actuel. Les ponts continentaux sont rompus, la sédimentation éolienne active est nulle.

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  • Les données de terrain ont démontré qu'à 18 000BP (maximum glaciaire) la limite saharo-sahélienne était situé vers 13-14°N (Talbot, 1984) alors qu'on la retrouve dix mille ans plus tard vers 22-23°N, soit au moins 800 Km plus au Nord.
  • On ne distingue pas de transition zonale dans la distribution des savanes ni une mosaïque différenciée dépendante du relief et des conditions hydrologiques.

  • On peut estimer les précipitations a 600 mm au moins vers 19-2O°N et 300 mm au moins vers 22-23°N, lors de l'optimum, alors qu'actuellement elles sont de 50 mm au Sud et de 5 mm au Nord.
Tout démontre la présence entre 30°N et 17°N, à des dates entre 11000 et 3000 BP, de paléoenvironnements caractérisés par d'importances étendues lacustres ou marécageuses, un ruissellement local actif, une végétation et une faune steppique à soudanienne.
  • Durant l'optimum climatique l'Azawagh et ses affluents qui ne coulent aujourd'hui qu'épisodiquement et seulement sur de courts tronçons, drainaient un bassin versant de plus de 420.000 km2, depuis les massifs de l'Air, du Hoggar et de l'Adrar des Iforas, jusqu'a la vallée du Niger. Le lit majeur de ce puissant fleuve atteignait souvent plus de 5kms de large. Durant la même période, le bassin d'Araouane était alimenté par les crues du Niger. Celles-ci se propageaient grâce à un système complexe de biefs et de cuvettes lacustres reliés entre eux par des chenaux dans une région où les dénivellations sont inférieures à 8m. Cet ensemble constituait un delta intérieur comparable a celui du Massina actuel. A partir d'un chenal unique, à l'Est de Tombouctou, le delta intérieur du Niger pouvait se diviser en trois parties qui correspondent approximativement a des modes d'alimentation différents.

  • a) La zone inondable située autour et au Nord de Tombouctou était constituée de chenaux et de lacs interdunaires. Certains chenaux dont le régime était très dynamique recoupaient les alignements dunaires ogoliens et modelaient des méandres dans les formations éoliennes. Ce secteur était essentiellement alimenté par le ruissellement fluvial.
    b) Au Nord de cette zone, deux grands bras se dessinent de part et d'autre d'Araouane. L'un vers le Nord-Est (Bou-Jbeha et In-Chiker) ; l'autre vers le Nord-Ouest (Hassi-el-Abiod et Bouera au Nord d'Araouane). Ces deux branches, très éloignées du Niger, étaient alimentées par les crues les plus importantes et par les nappes phréatiques.
    c) A l'Ouest du delta proprement dit et au Nord-Est du lac Faguibine,une série de creux interdunaires isolés les uns des autres étaient alimentés exclusivement par les nappes phréatiques du Niger mais aussi par celles du lac Faguibine.

    6 - Entre 8000 – 1000 BP = dégradations climatiques (Carte dégradation climatique Afrique de l'Ouest)

    Le climat africain et la végétation dans la plupart des cas étaient plus secs que dans le proche Holocène mais généralement plus humide qu'actuellement. La dégradation climatique qui s'amorce partout vers 6700-6500 BP se poursuit irrégulièrement mais généralement le climat saharien se met en place entre 5500 BP et 4500 BP.

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    • Après une période transitoire, entre 6000 et 4000 BP, la végétation saharienne actuelle s'est définitivement réinstallée et se dégrade, par oscillations, depuis 2000 ans. Après 4000 BP ce fut le stade final de l'installation de la végétation actuelle du Mali qui décline par oscillations depuis 2000 ans.

    • Au Ghana, durant l'Holocène le changement de la végétation le plus important est intervenu entre 3-2500 BP et il a affecté tous les sites. Il est marqué d'abord par un recul des taxons forestiers de type primaire et un accroissement des formations ouvertes à Gramineae. Ce phénomèe a correspondu à une importante ouverture et fragmentation du milieu forestier (surtout 2800-2500 BP).
    • Dégradation du réseau hydrique dans le Sahara central avec assèchement de la vallée de la Tilemsi (contact rompu avec le bassin méditérannéen) et de l'azawagh.

    7 - De 1000 BP jusqu'à l'actuel = (Carte végétation potentielle actuelle Afrique de l'Ouest)

    Dans la seconde moitié du 2e millénaire avant notre ère (Vème siècle), le Delta vif du Niger remontait au-delà de Nampala. On suit sur les photographies aériennes correspondant aux cartes IGN au 1/200 000 de Nampala et de Niono les chapelets de mares et le tracé sinueux de l'ancien cours de la Fala de Molodo qui alimentait probablement l'essentiel des dépressions de la zone.

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    • Vers le début du dernier millénaire (X-XIème siècle AD) lors de la phase chaude du moyen age (Broecker, 2001), la végétation sahélienne du lac Tchad était alors beaucoup plus développée qu'actuellement (environ 63 % pour les pollens sahéliens à comparer à 28 % actuellement). Des données historiques venant de l'Afrique de l'Ouest (Mauritanie et Mali) conduisent à penser que l'importance des précipitations pourrait s'expliquer par un début précoce des pluies annuelles.
    • Diverses données historiques montrent que vers le début du dernier millénaire la zone sahélienne était alors dans son ensemble nettement plus humide ce qui avait favorisé le développement de diverses populations régionales (Maley, 1981)...
    • Après une remontée du niveau au XIV siècle, une très forte régression du lac Tchad ayant conduit à un assèchement presque complet, est intervenu vers le milieu du XVème siècle. Cet événement dura environ 1 génération (20-25 ans) ensuite retour rapide des crues qui noya tous les villages ce qui induit des phénomènes de fuites catastrophiques des populations alors en place (Seignobos, 1993).
    • Les rapports des voyageurs, les histoires locales, les études géologiques des lacs et des rivières indiquent également dans le Sahel une période relativement humide intervenue entre le XVIème et le XVIIIème siècle (cf. Nicholson, 1996). Au XVIIéme, des crues très fortes ont été rapportées dans la boucle du Niger (Maley, 1981) coupant souvent Tombouctou en deux (Péfontan, 1922) avec en même temps une aridité régionale intense (Cissoko, 1968).
    • Durant les années 1820 et 1830 des conditions anormalement sèches affectent la plupart de l'Afrique (le cours du Nil est faible, le lac Tchad est sec,...) comme il n'est jamais ré-apparu jusqu'aux années 1980. En un demi-siècle, la plupart des lacs ont retrouvés leur niveau et à la fin du XIXème siècle leur niveau est souvent supérieur à tout le XXème siècle. A cette époque, les conditions étaient humides, les cultures très bonnes et le cours du Niger très haut. Les forêts se répandent dans les marges du désert. Le blé était cultivé à Tombouctou et exporté dans les pays voisins !

    • Un nouvel épisode sec commence en 1895 avec un déclin des pluies dans tous les tropiques (Kraus, 1955). Ainsi le XXème siècle commence avec une période d'aridité similaire à celle 100 ans plus tôt mais probablement moins extrême. Cela culmine dans une sécheresse étendue en 1910. Cette anomalie fut de courte durée et des bonnes pluies réapparurent en 10 ans.
    • La végétation actuelle se superpose au réseau hydrique de surface.
    Celui-ci est issu du réseau pluviométrique avec cependant un décalage notoire sur les zones de reliefs. .
    Carte réseau hydrique Mali © Tous droits de reproduction réservés

    8 - Conclusions

    La période la plus aride résulte dans la fragmentation de la couverture forestière. Les biotopes et la biodiversité ont été conservés dans des zones refuges. La baisse des températures a résulté dans l'extension de la flore de montagne vers les basses altitudes avec une migration de la flore et la faune entre les principales montagnes. Ces systèmes d'isolation et d'extension ont probablement participé à une spéciation intense. En conséquence les flores et faunes montagnardes sont devenues isolées durant les périodes de réchauffement maximum durant la dernière partie de l'holocène. La phase de maximum de fragmentation apparaît être concomitantes des périodes les plus froides (de 160-130 000 années) et (24-12 000 années) ce qui correspond à 10 % des 800 000 dernières années. La phase de maximum d'extension représente moins de 10% de cette période. Les 80-90 % restants sont des situations intermédiaires variables d'une période à l'autre. Cette situation d'extension intermédiaire semble avoir été la norme sur toute la plus grande partie du quaternaire, plutôt que la situation actuelle qui est plus proche du maximum d'extension.

    Le paysage actuel du Mali est le résultat de toutes ces périodes d'expansion et de contraction de la végétation. Le système est entièrement réversible car à plusieurs reprises la végétation sèche a conquis de l'espace sur la végétation humide avant que l'inverse ne se produise. A chaque pulsation les espèces moins tolérantes se fragmentent pour ne subsister qu'à l'état de lambeaux tandis que les espèces mieux adaptées conquièrent du terrain. Au changement suivant les espèces cantonnées dans un espace restreint recolonisent du terrain et ainsi de suite. Ces lambeaux de forêts persistantes constituent des zones refuges pour la végétation relique.  Aujourd'hui la situation climatique nous indique que la flore sèche gagne du terrain depuis au moins 2000 ans toutes tendances confondues. Les zones refuges sont donc caractérisées par des espèces humides inclues dans un ensemble sec.