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La paysage végétal du Mali est le résultat d'une histoire conjuguée entre l'évolution des espèces et celle des conditions environnementales. En étudiant son histoire, on comprend qu'il est une mosaïque d'écosystèmes d'origine et d'avenir différents.

  
DossiersMali, un oasis pour la biodiversité !
 

On a maintenant toutes les cartes en main pour faire évoluer (croître et décroître) la diversité floristique en un lieu donné. D'un coté les plantes ont des aptitudes à coloniser de nouveaux milieux et de l'autre coté le milieu change et se fractionne. Il existe une rythmicité entre les phases d'expansion (migration, adaptation, survie) et d'isolation (fragmentation) qui constituent le moteur de la diversité végétale. Cette fluctuation d'état est alors indispensable au développement, à la diversification et à l'expansion du règne végétal. L'oscillation entre ces différents états est le moteur de la diversité spécifique et génétique. La diversité n'est alors pas un attribut défini pour un biotope mais une caractéristique dynamique qui dépend des hétérogénéités spatiales et temporelles de l'environnement. Les perturbations sont parmi les processus qui permettent la coexistence d'un plus grand nombre d'espèces en limitant les mécanismes d'exclusion compétitive. Nous allons voir que le Mali ne déroge pas à ce modèle. Pour cela il nous faut reprendre l'histoire de la végétation du Mali pour permettre de définir l'origine des espèces. Paradoxalement il est presque plus facile de définir la flore sur des longues périodes que d'avoir une idée précise de la végétation sur une centaine d'années. Les techniques qui sont largement utilisées pour définir l'évolution du paysage font référence à la paléobotanique et la paléoclimatologie. Il s'agit de l'analyse des pollens inclus dans les sédiments des grands lacs, des charbons de bois et des éventuels fossiles. De l'autre coté l'évolution de la hauteur des lacs, des nappes phréatiques et du débit des grands fleuves construit le modèle climatique. Le croisement de toutes ces traces permet de dresser une évolution probable des paysages maliens.

1 - La situation avant le dernier maximum glaciaire

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Au Pleistocène (5.4-2.4 millions d'années) globalement le monde était plus chaud qu'actuellement. L'ambiance générale pour le premier pliocène (5-3 millions) est des conditions plus humides en Afrique avec une forêt plus étendue et des déserts restreints (les forêts tropicales et les savanes humides s'étendaient jusqu'au 21° Nord). La persistance jusqu'au Miocene d'un climat tropical humide au-dessus de ce qui est nommé le Nord Sahara a été confirmé par des études en Lybie sur le bois fossile et en Egypte sur les pollens. En libye, entre 24°45N et 18°E on a trouvé des pollens assimilés aux espèces Anogeissus leiocarpus, Detarium microcarpum, Pterocarpus erinaceus, Sterculia oblonga, Afzelia africana et aux genres Nauclea, Erythrina, à la famille des Caesalpiniaceae,. Plus au Nord (29°15 N et 18°48'E) un bois fossile assimilé à Entandophragma candollei a été découvert. Ces espèces se trouvent pour la plupart actuellement au Sud du Mali. L'étude des pollens datés du Miocene récoltés dans la mer, dans le delta du Nil, confirment cette tendance: le moyen miocene contient de nombreux taxas de forêts humides tandis que le miocene supérieur est caractérisé par la dominance de taxas provenant des milieux arides. Jusqu'au au dernier maximum glaciaire les informations restent parcellaires mais convergent vers une dégradation notable du climat sous la forme d'oscillation successives. Pour l'Afrique de l'Ouest on note:

  • 150 000 BP: Période aride et fraiche.
Il y a d'environ 150.000 à 130.000 ans, l'Afrique était plus froide et plus aride que les conditions actuelles. Conditions généralement plus sèches qu'actuellement avec une extension du désert vers le Nord (Van Andel & Tzedakis, 1996)
  • 125-120 000 BP: Période humide.
La forêt tropicale occupe une nettement plus grande place que actuellement et la pluviométrie est plus forte au Nord de l'Afrique. Les déserts actuels sont presque totalement couverts de végétation.
  • 110-90000 BP: Période aride.
Phase aride. Désert semblent exister sur une large portion à l'Ouest du 25° parallèle degré Est et Sud du 18°S. Forte aridité ailleurs sans preuve directe.
  • 75-58000 BP: Période froide.
Le niveau de la mer était 75m inférieur à l'actuel. Végétation est adaptée à l'aridité et au froid. La superficie occupée par le désert est plus importante qu'actuellement.
  • 39-36000 BP: période de fluctuation
- Le climat est instable. Il fluctue sur un pas de temps court
  • 28-22 000 BP: période d'humidité
- Au Nord de l'Afrique les conditions sont plus humides qu'actuellement avec des sols en train d'être formés (Goodfriend & Margaritz, 1988). Globalement avant 22 000, la forêt d'Afrique de l'Ouest couvrait une plus grande superficie (Lézine et Vernaud-Grazzini, 1994).

2 - Il y a 22000 BP = Le pic de l'aridité de l'Afrique

Aridité et froid sont les principales caractéristiques de l'Afrique durant la pleine période glaciale. Un Sahara prolongé vers le sud, où les précipitations étaient autour de 150-250 millimètres de moins qu'actuellement, une température plus faible (de l'ordre de 3-4 voire 6°C de moins qu'actuellement) mais avec un secteur Nord-Ouest plus moite, près des montagnes de l'Atlas.

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Les conditions désertiques occupaient une plus grande superficie vers le Sud qu'actuellement (au moins 5° de latitude de plus). Par exemple au Ghana très peu de traces d'arbres durant cette période alors que les pollens d'espèces saharienne et de montagnes sont très nombreux. De même manière les conditions climatiques étaient trop sèches en Sierra Leone pour que la savane puisse s'installer.

Diminution notable du débit du fleuve Niger durant cette période ce qui amplifie l'évidence d'une sécheresse marquée et d'un recul forestier.

La convergence de tous les éléments conduit à suggérer une importante réduction de la forêt durant la dernière glaciation laissant des zones refuges en Afrique centrale (Cameroun) et de l'Ouest (Ghana, Sierra Leone, Guinée).

3 - A partir de 12 000 BP = retour de l'humidité

Rapide augmentation de la température et de l'humidité pratiquement partout en Afrique. Simultanément les lacs et les rivières sont en activités, augmentant l'humidité dans les forêts. Le delta a fonctionné dans sa presque totalité dès 8500 BP (G. Delibrias, C. Hillaire-Marcel). Lorsque le remplissage s'effectuait au Sud, la crue se propageait vers le Nord, soit directement, soit par l'intermédiaire des nappes phréatiques. Jusqu'à cette époque les savanes soudaniennes et zambézienne étaient en contact. Des échanges taxonomiques ont donc été possible depuis le LGM jusqu'à 12000 ans environ.

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  • 10000 BP :
Le Sahara a disparu sous une végétation constituée d'une flore semi-aride et saisonnière.
  • 9-8000 BP :
Extension forestière dans le centre et l'Afrique de l'Ouest. Expansion de la Forêt tropicale vers le Nord. Le Sahara central est au maximum de la pluviométrie.
  • 8500 BP :
Attention, une sévère phase aride a atteint l'Afrique du Nord durant seulement un ou deux siècles.