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La mosaïque actuelle de flores

Dossier - Mali, un oasis pour la biodiversité !

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La paysage végétal du Mali est le résultat d'une histoire conjuguée entre l'évolution des espèces et celle des conditions environnementales. En étudiant son histoire, on comprend qu'il est une mosaïque d'écosystèmes d'origine et d'avenir différents.

  
DossiersMali, un oasis pour la biodiversité !
 

La flore actuelle du Mali résulte des évolutions climatiques passées. Elle est constituée d'un brassage entre des flores montagnardes, sèches et humides d'origines différentes qu'il est important de distinguer. La phytogéographie va s'intéresser à reconstruire l'évolution des paysages grâce aux liens évolutifs que les espèces gardent vis-à-vis de leurs origines et de l'empreinte des variations climatiques sur le paysage. Ainsi on distingue au moins 6 flores ayant des origines différentes dans la composition floristique actuel du Mali ; elles s'interpénètrent et se confondent dans le paysage actuel :

1 - Un fond floristique né au Crétacé

Cette flore dont l'origine remonte avant la séparation des continents au moment de la Pangée (env. 50 millions d'années) qui trouve des relations communes avec les déserts asiatiques, les déserts malgaches et dans quelques cas avec la forêt amazonienne. Les ressemblances floristiques et des paysages sont frappantes entre les flores soudano-sahéliennes et les flores sèches de l'inde péninsulaire. On reconnaît dans cette flore sèche indienne beaucoup de genres et même d'espèces des flores soudanienne et sahélienne. Les forêts claires indiennes à Boswellia à Anogeissus, la présence de Salvadora et Balanites classent typiquement l'Inde sèche en Afrique soudano-sahélienne. Aujourd'hui les liaisons floristiques entre l'Afrique sèche du Nord-Est et les déserts asiatiques du Sind, du Punja, du Balouchistan et d'Arabi sont pourtant quasi inexistantes. Sans aucun doute floristiquement l'Inde fit partie jusqu'au mi-Tertiaire (40MA) du continent africain. Au début du tertiaire, la péninsule indienne était encore ancrée à l'Arabie, les communications avec la flore africaine étaient donc faciles. Ainsi les noms soudano-deccanien, saharo-sindien sont ils justifiés pour caractériser certains domaines floristiques saharo-sahéliens.

Cet échange s'est également produit avec le continent Sud américain actuel. La présence de taxons communs est une preuve de cette relation d'antan. Les espèces communes telles que Carapa proceraSymphonia globulifera, les genres Pterocarpus, Pouteria constituent des stigmates persistants de cette période d'échanges intercontinentaux.

2 - Une flore montagnarde relique des grandes périodes glaciaires.

© Philippe Birnbaum - Tous droits de reproduction réservés

Il est difficile de définir aujourd'hui s'il s'agit de la dernière période glaciaire durant le LGM. Cependant il est certain que ces espèces ont généralement conquis la planète ce qui laisse supposer que leur maximum d'expansion est également intervenu avant la séparation des continents, c'est-à-dire durant la Pangée. Au Mali, il ne reste plus guère que les genres Celtis ou Gyrocarpus comme témoins d'une période froide. Certaines familles (Proteacae, Ericaceae) absentes de la flore guinéo-congolaise sont parfois présentes dans la flore soudanienne et à la fois en Afrique australe. Leur origine tient sans aucun doute de ces périodes fraîches. Plus localement on peut se focaliser notamment sur le Parinari excelsa espèce dominante des forêts guinéenne d'altitude et présente dans le Sud du Mali (vers Kangaba notamment). La présence de cette espèce au Mali devrait certainement être reliée au dernier maximum glaciaire qui a vu les espèces des montagnes guinéennes coloniser la plaine en raison de la chute globale des températures.

3 - La flore sèche du dernier maximum glaciaire (LGM)

constituée par les espèces jumelles localisées au Mali et dans les déserts d'Afrique australe (flore soudano-zambézienne). Cette flore s'est installée durant le LGM car c'est durant cette unique période qu'il y a eut un passage possible entre les savanes du Sud et du Nord. Ainsi on délimite deux régions phyto-géographique soudaniennes : Région soudanienne au nord et angolo-zambézienne au Sud.

On note une forte homogénéité générale des deux groupes floristiques. Il existe de part et d'autre des espèces communes ou des vicariantes: Burkea africana, Erythrophleum africanum, Swartzia madagascariensis, Trichilia emetica, Sterculia setigera, Holarrhena febrifuga, Croton gratissimus... Ces deux flores sont caractérisées, dans les forêts claires par des espèces dominantes appartenant à des genres communs (Isoberlinia, Uapaca, Monotes,...) mais la diversité spécifique est plus faible dans le domaine Nord tandis que certains genres caractéristiques du domaine austral (Brachystegia, Julbernardia,...) sont absents du domaine Nord. Cependant la flore angolo-zambézienne est globalement plus riche en genre et espèce. Il est possible que les Mimosaceae se soient installées et différentiées durant cette période tant elles caractérisent les deux zones de savanes et en revanche elles sont très peu représentées dans la zone soudanienne. Depuis 13000 ans aucun contact n'est possible en raison des barrières écologiques constituées par la forêt tropicale du bassin de Congo à l'Ouest et le rift, zone de la flore montagnarde à l'Est

4 - La flore humide forestière de l'holocène

Cette flore laisse des populations circonscrites incluses dans les savanes maliennes. On trouve cette flore dans les secteurs localement humides et notamment les failles proche des sources d'eau tels que les falaises gréseuses de Bandiagara, la Gandamia, les Monts Mandingues, la falaise de Tambaoura... Par ailleurs dans le Sud ces espèces guinéo-congolaise peuvent localement marquer le paysage notamment le long des cours d'eau qui proviennent des Monts Fouta Djalon guinéen comme autour de Sikasso (Farako), dans le Madina Diassa, dans le Bafing, le long du Bakoï... La flore humide guinéo-congolaise compte environ 41 genres communs avec la flore soudanienne, ce qui représente un part très importante de la flore soudanienne, environ 44,5%, mais seulement 8% de la flore guinéo-congolaise. Ces proportions semblent bien indiquer que ces flores eurent à l'origine des souches communes. La famille des Sapotaceae est un taxon caractéristique des zones forestières. La présence de cette famille dans toutes les failles humides du Mali signe sans aucun doute la remontée ancienne de la flore humide jusqu'à des latitudes actuellement sahéliennes.

Milieux humides d'affinités floristiques guinéennes enclavés dans un secteur soudanien (Manantali, Mali - 2003) © Photo Philippe Birnbaum - Tous droits de reproduction réservés

5 - La flore sèche récente des 2 derniers millénaires se caractérise par une adaptation marquée à la sécheresse.

On remarque en effet que certains genres du Nord Soudanien ont une espèce sœur dans le domaine guinéo-congolais alors qu'ils ne sont pas représentés dans la flore zambézienne ce qui indique que leur 'migration' est intervenue durant la dernière phase sèche, la plus récente. Il s'agit notamment de plusieurs genres tels que Detarium, Bombax, Lophira, Pericopsis, Uapaca, Khaya,...). Le Bombax costatum est un bon exemple de cette répartition qui se limite aux seules savanes du Nord.

6 - La flore récente d'origine anthropique (agro-forêts).

Philippe Birnbaum © Tous droits de reproduction réservés

Ce mélange d'espèce répond parfaitement à la sélection du bûcheron agriculteur. En Afrique de l'Est, il y a quelques preuves de modifications de la végétation naturelle par l'homme durant l'holocène (jusque il y a environ 8.000 ans) En revanche en Afrique de l'Ouest, l'agriculture a pu avoir été présent au sud du Sahara il y a 5000 ans mais apparemment sans influence significative sur la végétation. Les premiers signes marquant de l'agriculture en Afrique sont en réalité une élévation de la fréquence du pollen du palmier à huile dans la ceinture équatoriale, aux environs de 3.500-3.000 BP. La coupe des forêts apparaît significativement en Afrique de l'Est il y a à 2.200 ans en Ouganda et il y a environ 1.800 ans en Ethiopie. Cependant la vie en société et l'agriculture avaient lieu en Afrique nordique et au Levant avec cependant un faible impact global sur la végétation. Enfin à Madagascar, les humains semblent être arrivés il y a seulement environ 1.000 ans.