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L'impact, ou comment le commerce équitable change la donne pour les producteurs

Dossier - Comment le commerce équitable change la donne
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Max Havelaar

Le commerce équitable labellisé participe au développement économique local par la création de nouvelles activités et d’emplois agricoles. Au fur et à mesure de leur croissance, toutes les organisations de producteurs étudiées ont besoin de plus en plus de main-d’œuvre.

  
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  • Une méthode unifiée pour mesurer l'impact

Evaluer l'impact permettra d'améliorer l'action du commerce équitable. Pour y parvenir, il a d'abord fallu se mettre d'accord sur la méthodologie.

La réflexion autour de l'impact du commerce équitable sur les producteurs a été initiée en 2005 au sein de la fédération FLO. En effet, jusque là, le label avait beaucoup investi sur la garantie des moyens mis en œuvre : les standards, les prix, etc.

La certification permet de vérifier l'application des standards : paiement des prix ou procédures démocratiques des organisations. Cependant, cette vision restait partielle. L'ambition du commerce équitable est de changer durablement la donne pour les producteurs en agissant sur les conditions de leur développement, et en provoquant des changements durables. C'est ce que cherchent à mesurer les études d'impact. Elles permettront au label Fairtrade / Max Havelaar de mieux connaître les effets de l'action du commerce équitable et d'améliorer son fonctionnement.

  • Faire le tri

Pour comparer ce qui est comparable, il a d'abord fallu se doter d'un cadre méthodologique commun. Pour cela, FLO s'est adjoint les services de consultants spécialistes du commerce équitable  ou de la mesure d'impact. Le Ministère des Affaires étrangères français et le F3E ont aussi participé à cette réflexion, tout en apportant leur appui financier.

Un grand nombre d'études d'impact du commerce équitable existent déjà, mais le tri s'est avéré difficile : « Nombre d'entre elles se focalisent sur certains aspects particuliers ou utilisent des approches tellement différentes que les comparaisons entre elles sont quasiment impossibles », explique Karine Laroche, responsable filières chez Max Havelaar France.

Tout en restant souple, une méthode unifiée définit donc clairement l'ensemble des aires possibles de changement  avec l'action du commerce équitable pour permettre les rapprochements. « Ceci permettra aussi de s'assurer que si tel changement attendu n'était pas mentionné, cela est bien du au fait qu'il n'a pas été constaté, et non pas qu'il n'ait pas été traité », explique Karine Laroche.

  • Six études de cas
La méthode retenue : une série d'études de cas représentatifs de l'ensemble du commerce équitable labellisé. Les organisations de producteurs concernées ont participé à l'étude. « Elles nous ont aidé à déterminer ce qui était dû au commerce équitable et ce qui venait des organisations elles-mêmes, explique Karine Laroche. Cela a aussi permis d'éviter que l'étude devienne un audit d'organisation, ce qui est à l'inverse du but recherché. »

Des experts externes ont apporté un regard neuf, un savoir-faire de la mesure d'impact : l'ONG d'appui au développement Agronomes et vétérinaires sans frontières (AVSF), Institute of development studies, le cabinet de consultants Oréade-Brèche. Des experts internes au label ont apporté leur connaissance du fonctionnement du commerce équitable, de l'historique des organisations, des dynamiques territoriales et des marchés concernés, etc.

  • Rendons à César ce qui est à César

L'un des principaux écueils est l'attribution des changements constatés. Les uns sont réellement dus au commerce équitable labellisé : standards, relations commerciales stables, accompagnement... Les autres sont à attribuer à la dynamique propre de l'organisation étudiée ou à des appuis extérieurs. « Il serait bien difficile de spécifier les points d'impact dont le commerce équitable labellisé serait la seule raison », souligne Karine Laroche. En effet, le commerce équitable est le plus souvent en lien, voire en synergie, des actions menées par la coopérative elle-même ; avec des programmes d'appui au développement, des démarches d'agriculture biologique, etc.

  • Les résultats. Les effets L'impact
Définition : Ce sont les conséquences directes de l'application des standards. Ce sont les conséquences indirectes de l'application des standards. Ce sont les changements significatifs et durables générés par l'interaction entre le commerce équitable et l'environnement socio-économique, institutionnel, naturel des producteurs*.
* Cette définition est inspirée de la définition de l’impact d’un projet de développement du Ciedel-F3E : «la situation issue de l’ensemble des résultats et effets qui induisent des changements significatifs et durables, dans la vie et l’environnement des personnes et des groupes pour lesquels un lien de causalité direct ou indirect peut être établi avec l’action de développement » (CIEDEL – F3E, 1999).

Exemple L'organisation de producteurs reçoit un prix donné, une prime de développement. Elle tient une assemblée générale et sa gestion est transparente. Les producteurs n'utilisent pas les intrants interdits... Au Mali, une organisation de producteurs a financé la construction d'un puits. Les producteurs ont pu s'acheter des charrettes et des animaux grâce à un meilleur prix... L'organisation de producteurs a acquis une capacité de négociation auprès des pouvoirs publics. Les producteurs développent des stratégies de diversification...

Mesure Les inspections annuelles de FLO-Cert vérifient des points de contrôle précis. Le comité de certification décide de la certification de l'organisation de producteurs. Un système de suivi-évaluation systématique est en train d'être mis en place par FLO auprès de toutes les organisations de producteurs. Un dispositif d'évaluation de l'impact du commerce équitable labellisé sur la base de plusieurs études de cas particuliers.

Raul del Aguila, président de la CLAC, le réseau des producteurs certifiés d'Amérique du Sud : « Ne passons pas à côté des impacts structurels qui sont les plus forts. »

« La manière la plus simple de vendre l'impact en 5 secondes serait de dire aux consommateurs : "regarde nous avons fait une école". Mais on passerait à côté des impacts structurels et forts qui font partie de la vie de la communauté. Je citerais des impacts collatéraux comme l'accès au crédit, l'accès à l'information, l'accès aux échanges d'expérience entre les organisations qui au final aident à consolider les organisations. Enfin, le fait d'avoir une organisation de producteurs plus forte doit être considéré comme l'un des impacts les plus importants. »