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L'effet marché

Dossier - Comment le commerce équitable change la donne
DossierClassé sous :développement durable , commerce équitable , cacao

Le commerce équitable labellisé participe au développement économique local par la création de nouvelles activités et d’emplois agricoles. Au fur et à mesure de leur croissance, toutes les organisations de producteurs étudiées ont besoin de plus en plus de main-d’œuvre.

  
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Le commerce équitable labellisé ouvre de nouveaux champs commerciaux et contribue à renforcer la légitimité des organisations de producteurs.

Dans les différents cas étudiés, le commerce équitable labellisé a permis aux organisations de producteurs d'acquérir une plus forte crédibilité commerciale. Elles ont accédé à de nouveaux marchés spéciaux comme le bio ou les cafés d'origine. Exportant ainsi pour la première fois, elles acquièrent un pouvoir de négociation jusque là inenvisageable. Elles établissent des partenariats commerciaux, dont certains sont assortis d'avantages financiers comme des avances à crédit ou des contrats servant de garantie pour des prêts. L'accès à ces marchés contribue à ce que les organisations de producteurs soient reconnues comme acteur économique fort du secteur. Cela leur confère alors une dimension plus politique.

  • Influence politique

Plus reconnues, les organisations de producteurs se font une place dans les espaces nationaux et internationaux pour défendre les intérêts des producteurs. Elles contribuent ainsi à définir ou à renforcer les politiques sectorielles.

Les petits producteurs sont trop souvent écartés des décisions politiques les concernant et non considérés parmi les acteurs économiques d'importance. Au sein des organisations étudiées, ils se retrouvent en position renforcée, parfois de leader, sur les marchés d'exportation. Ils font usage d'un nouveau pouvoir d'influence à des niveaux de décisions politiques. C'est un changement significatif dans les rapports de force au niveau local, régional et national que les producteurs valorisent tout particulièrement. On peut parler d'une forme de démocratie dans le marché.

  • Conacado : les producteurs unis créent des alliances
Abel Fernandez dans le bureau central de la Conacado, à Saint-Domingue © Max Havelaar

Dans son bureau de Saint-Domingue, Abel Fernandez est un homme occupé. Plusieurs téléphones greffés à l'oreille, il gère les exportations de plus de 10 000 petits producteurs. Depuis plus de quinze ans, la Conacado vend du cacao bio à Barry Callebaut. « Quand Barry a acheté dans les conditions du commerce équitable, notre relation s'est encore renforcée. » Au-delà des critères du commerce équitable, les deux partenaires ont conclu un accord suivant un « partenariat public-privé » : la Conacado fournit un cacao haut de gamme et Barry Callebaut apporte un appui technique.

  • Outil de pression

Abel Fernandez fouille dans ses archives et en tire une revue de presse.  On y explique que Conacado a fait face au gouvernement qui avait créé un impôt prélevé de manière particulièrement inégalitaire sur les ventes des petits producteurs. « Grâce à la force de notre organisation et au lien très fort que nous entretenons avec des organisations telles que Equal Exchange, on a pu mettre la pression sur les autorités locales afin que cet impôt cesse d'être appliqué. »

La Conacado adapte les installations d'une usine qu'elle vient d'acquérir afin d'exporter des produits semi-élaborés: chocolat "de couverture", poudre... © Max Haavelar

Sur ce principe, la Conacado ne compte plus ses alliances avec des entreprises et des institutions internationales. « C'est aussi un outil de pression pour le cas où les acheteurs refuseraient de payer ou prendraient du retard. Ce sont les avantages d'être affiliés à un système de commerce équitable : nous travaillons tous unis dans une même organisation. »