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L'effet prix : des familles économiquement plus stables

Dossier - Comment le commerce équitable change la donne
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Max Havelaar

Le commerce équitable labellisé participe au développement économique local par la création de nouvelles activités et d’emplois agricoles. Au fur et à mesure de leur croissance, toutes les organisations de producteurs étudiées ont besoin de plus en plus de main-d’œuvre.

  
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C'est avant tout la stabilité du revenu qui met les producteurs à l'abri des aléas et leur permet d'investir. Leurs petites exploitations familiales restent viables. Le commerce équitable permet aussi d'augmenter le revenu plus ou moins fortement.

Trois types de gains économiques figurent dans les standards du commerce équitable. D'abord, le prix minimum garanti est une garantie de stabilité et apporte un supplément en période de cours bas. A cela s'ajoute, le cas échéant, un différentiel de prix biologique. Enfin, la prime de développement revient à la coopérative.

  • A l'abri des aléas

Si on devait retenir un effet économique majeur du commerce équitable, ce serait la protection face au risque de variation de prix. En temps normal, ces fluctuations les obligent périodiquement à chercher du travail à l'extérieur, ou à vendre leur petit cheptel bovin pour faire face à des besoins imprévus.

Création d'écoles © Max Havelaar

De plus, quand la conjoncture économique est mauvaise, le commerce équitable évite aux producteurs d'avoir à vendre les biens qui leur servent à produire, voire d'abandonner des exploitations. Au contraire, cette stabilité permet d'investir pour mieux produire.

  • Un supplément de revenu ?

Le prix minimum garanti induit donc une certaine sécurité économique. Selon les contextes et les périodes, il permet aussi des gains directs pour les petits producteurs, mais ce n'est pas toujours le cas. Il existe d'autres mécanismes, plus indirects, qui apportent des bénéfices aux familles.

  • La production plus rentable

Par exemple, le fait même d'accéder aux marchés spécifiques du commerce équitable a fortement contribué à rendre la production plus rentable pour les familles. La plupart du temps, elle a aussi imposé de nouvelles exigences : suivi des cultures, qualité, investissement.

La répartition des bénéfices n'est donc pas systématiquement la même pour tout le monde. Le soutien aux producteurs varie selon les quantités produites, les volumes vendus, ou selon la capacité à améliorer la qualité.

Chez les producteurs de Cocla, les résultats économiques du commerce équitable ont un effet direct sur les niveaux de revenu des membres. Le café est une marchandise cotée en bourse qui fluctue beaucoup. Sur cette filière, le prix minimum garanti prend tout son sens. Fixe en période de cours bas, il a contribué à l'amélioration des revenus des familles productrices de Cocla. Entre 2000 et 2006, il a été en moyenne 68 % supérieur aux prix fluctuants du marché conventionnel. Cette stabilité permet aux producteurs d'éviter de devoir aller chercher un travail complémentaire ailleurs.

  • Quatre murs en dur pour Policarpio

Un meilleur revenu permet d'améliorer les conditions de vie. Policarpio et son épouse Trigida peuvent enfin se faire construire une vraie maison.
A Antofagasta, petite communauté des Yungas en Bolivie, Policarpio Mamani Yana supervise l'avancée des fondations de sa maison. Trois maçons coulent du ciment. Des palettes de briques creuses attendent leur heure.

© Max Havelaar
  • Maison de planches

Policarpio reçoit encore dans son ancienne habitation, un espace commun clos par une palissade de planches juxtaposées. Une paillasse matérialise la chambre. À côté, dans un réduit, son épouse fait mijoter une marmite en alu au-dessus d'un petit brasier. « Ce n'est pas très confortable, minimise-t-il. Quand il pleut, l'eau passe à travers les planches. »

  • Confort de base

Sa nouvelle maison, elle, disposera de tout ce qu'on peut considérer comme le confort de base : « Elle fera 48 mètres carrés, avec l'eau courante, l'électricité, une cuisine, une chambre séparée pour les enfants... »

Pour le financement, Policarpio n'a pas emprunté un seul peso boliviano. Il a simplement mis de l'argent de côté durant trois récoltes successives. Pour lui, plus question de survivre au jour le jour : le temps est venu d'investir. Le prix minimum garanti du commerce équitable contribue à lui assurer un revenu stable.

  • Des revenus quintuplés

En 2005, les revenus des producteurs certifiés des Yungas étaient situés entre 1 600 à 2 700 €. Ceux qui vendaient leur café sur le marché local oscillent plutôt entre 320 et 595 €. Une famille de cette région avec deux enfants a besoin de 675 € par an pour survivre. Survivre, c'est pouvoir acheter des aliments et des produits de base au marché. Avoir une vie « digne et durable », c'est pouvoir en plus financer les études des enfants et en général investir pour l'avenir. 1 430 € sont nécessaires pour cela.