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Dossier - Le Cyclone DINA
DossierClassé sous :climatologie , DINA , cyclone

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Une étude passionnante et très développée sur le cyclone DINA qui passa sur l'île de la Réunion en janvier 2002 : rappel historique, histoire des cyclones, systèmes d'alertes ... Prenez votre souffle !

  
DossiersLe Cyclone DINA
 

Situation météorologique

Nous ne nous étendrons pas outre-mesure sur la situation météorologique quia prévalu au cours de la période englobant le passage de DINA au plus près de la Réunion. Néanmoins, on peut résumer et dire que DINA commence à faire sentir ses effets sur la Réunion dans l'après-midi du 21. DIVA arrivant par l'est-nord-est, les pluies débutent dans les Hauts et les vents de sud forcissent progressivement sur les côtes est, sud et sud-ouest.

C'est dans la matinée du 22 que la quasi-totalité de l'île commence à ressentir l'influence de DINA situé alors à 120 km dans le nord-est. Les conditions s'aggravent très nettement dans l'après-midi à l'approche du cyclone. DINA passe au plus près, à 65 km dans le nord-nord-ouest, vers 18h locales, c'est à ce moment que les pluies et les vents sont les plus violents dans bon nombre de régions. La Réunion passe dans le secteur dit « dangereux » des marins.

Une fois que l'oeil soit passé à quelques 27 km des côtes nord-ouest DINA n'en a pas fini pour autant. Continuant sa course vers l'ouest-sud-ouest, c'est la côte nord-ouest, jusque là protégée, qui est secouée brutalement par les violentes rafales de nord-est. La nuit dû 22 au 23 fut également très dure pour tous les Hauts de l'île où le vent est demeuré très violent pendant de nombreuses heures. On peut dire que ce n'est que dans l'après-midi du 23 que DINA n'a plus intéressé l'île en poursuivant son éloignement vers le sud-ouest et permettant ainsi une amélioration générale.

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Conséquences météorologiques

Les vents : les vents violents ont touché l'ensemble de l'île, n'épargnant aucune région, mais c'est dans les Hauts et sur le Nord-Ouest que les rafales ont été les plus violentes.

Les 277 km/h mesurés au Piton Maïdo à 2200 mètres d'altitude avant panne de la station ne sont certes pas représentatifs étant donné la configuration du site, mais ils témoignent tout de même de la violence qu'ont pu atteindreles vents très localement par effet de relief. D'ailleurs on a tout de même mesuré à 220 km/h de nord-est à la Plaine des Cafres le 22 à 23h30 sur une station parfaitement conforme aux normes de Météo-France-en zone habitée.

> 210 km/h de nord-est au Gîte du volcan (certes à 2200 mètres d'altitude) le 22 à 17h30
> 191 km/h d'est à Petite-France. (1200 mètres) le 23 vers OOh30
> 155 km/h d'est à Grand-Coude (1080 mètres) le 22 vers 17h30
> 144 km/h à Bellevue Bras Panon avant panne et bien avant le paroxysme

Au village de la Montagne (Hauts de Saint-Denis), en bordure de falaise, il est fort probable au vu des dégâts constatés (végétation littéralement « nettoyée », poteaux EDF en ciment quasiment descellés, toitures en tôle arrachées, radar du Colorado « décoiffé ») et d'après les mesures fiables que l'on a pu noter beaucoup plus bas (187 km/h à Gillot) que les vitesses maximales ont pu friser les 250 km/h. On a pu observer des symptômes identiques dans les Hauts du Brûlé.

Dans les cirques où le vent pénètre par les vallées, les rafales d'une brutalité extrême ont atteint des valeurs très importantes 180 km/h à Cilaos vers 20h le 22 D 151 km/h à Mare à Vieille Place mais la station n'apas fonctionné au plus fort du cyclone. Le pylône anémométrique de la station de Mafate-La Nouvelle n'a, quant à lui, pas résisté au vent déchaîné.

Sur le littoral, les vitesses maximales instantanées ont atteint également des vitesses impressionnantes :

> 187 km/h de sud-est à Gillot (Aéroport de Saint-Denis) le 22 à 15h45
> 187 km/h de sud-est à Pont-Mathurin (Saint-Louis) le 22 à 17h00
> 180 km/h de sud-sud-est à Pierrefonds (Saint-Pierre) le 22 à 17h00
> 180 km/h d'est au Port le 22 à 19h30
> 162 km/h de sud-sud-est le 22 à 17h00 (centre ville de Saint-Denis)

D'autre part, sur l'Ouest, les vents ont soufflé du sud à l'avant de DIVA avant un calme relatif puis une rotation au nord à nord-est dans la nuit. Cette rotation quasiment à 180 degrés a pu avoir un effet destructeur sur les plantations et les ouvrages endommagés par le premier coup de vent de sud. On a pu noter, par exemple à la Pointe des Trois Bassins 133 km/h de sud le 22 à 16h 130 km/h de nord-est le 23 à 03h30.

Ce qui fut également remarquable, et c'est peut-être la caractéristique principale de ce cyclone tropical, c'est la durée des vents violents qui ont soufflé pendant de nombreuses heures. Les rafales de vent ont dépassé régulièrement les 100 km/h pendant 28 heures à la Plaine des Cafres 24 heures à Petite-France 20 heures à Gillot D 18 heures au Port.

Enfin, ils ont dépassé les 150 km/h en rafales pendant 15 heures à la Plaine des Cafres 9 heures à Petite-France à 7 heures au Port 5 heures à Gillot.
Durées de retour de tels vents : pour tenter d'évaluer la fréquence d'un phénomène tel que DINA au niveau des vents, sur plusieurs stations fiablesnous avons calculé la durée de retour des valeurs mesurées i plus de 30 ans pour Gillot (187 km/h) > 30 ans pour Saint-Pierre (180 km/h) plus de 50 ans pour le Port (180 km/h) plus de 20 ans pour Petite-France (191 km/h) i plus de 30 ans pour la Plaine des Cafres (220 km/h).
Comparaison à d'autres cyclones : nous pouvons également tenter de comparer DINA à d'autres cyclones tels que le cyclone de 1948, JENNY, etc ... Pour le cyclone de 1948, certaines estimations parlent de 300 km/h. JENNY en 1962 aurait été très court, mais très violent (250 km/h). GISELLE (1964) et DENISE (1966) auraient soufflé à 180 km/h sur Gillot. Pour ces deux cyclones, les valeurs de DINA sont ainsi légèrement supérieures. En 1987, CLOTILDA (forte tempête tropicale) provoque des rafales de 173 km/h à Gillot.

Les premières mesures comparables entre elles et nombreuses sont apparues avec FIRINGA en 1989. On mesure 216 km/h à Saint-Pierre et à la Plaine des Cafres, 176 km/h à Gillot. FIRINGA était un cyclone potentiellement moins violent, mais l'oeil était passé sur l'île. C'est le Sud qui a été le plus touché. Dans les Hauts du Nord-Ouest et à la Plaine des Cafres, DINA semble avoir provoqué des vents comparables à ceux mesurés lors du passage de FIRINGA dans le Sud.

COLINA (1993) flirte avec les 191 lcm/h à Gillot (plus forte valeur mesurée sur ce site par les anémomètres « fréquencemétrique »), mais la durée des vents violents a été nettement plus courte que dans le cas de DINA. L'étendue des vents cycloniques a été également nettement moindre. L'oeil avait frôlé la côte ouest de l'île.

On mesure 234 km/h à Gros-Piton Sainte-Rose (site très exposé) à l'occasion du passage de HOLLANDA en 1994, mais le cyclone était passé au sud-est de l'île et de ce fait l'étendue des vents violents a été également nettement plus faible que dans le cas de DINA. Les cyclones plus récents, DANIELLA (1996), DAVINA (1999), CONNIE (2000) et ANDO (2001) sont nettement un cran endessous en ce qui concerne les vents maxi instantanés mesurés, l'étendue des vents violents et leur durée.
Les Précipitations : elles ont été très abondantes sur l'ensemble de l'île. Excepté sur la côte est de Saint-Joseph à SaintBenoît, relativementépargnée, il est tombé de 300 à 600 mm sur le littoral. Dans les Hauts, on atteint les 900 à plus de 1500 mm. Sur l'ensemble de l'épisode lié à DINA (très bien identifié par ailleurs), on mesure entre le 21 à 07h00 et le 24 à 07h00

> 1637 mm à Salazie
> 1537 mm à Hell-Bourg i 1480 mm au Gîte de Bellecombe
> 1397 mm à Dos-dAile-(Hauts de La Possession)
> 1250 mm à Bélouve
> 1125 mm à Ilet à Cordes (Cirque de Cilaos)
> 1047 mm à la Plaine des Cafres (données incomplètes) i 900 mm à Palmiste-Guillaume (Hauts de Saint-Paul)
> 900 mm à la Plaine des Fougères (Hauts de Saint-Denis) > 825 mm à la Crête (Hauts de Saint-Joseph)
> 820 mm aux Colimaçons/Mascarin (Hauts de l'Ouest) i 760 mm à Ravine des Cabris (Hauts de Saint-Pierre)
> 709 mm au Gol (Hauts de Saint-Pierre)
> 640 mm à Saint-Paul
> 615 mm à Piton Saint-Leu
> 561 mm à la Possession i 552 mm à Petite-France (avant panne station)
> 510 mm à Saint-Leu
> 509 mm à la Saline-les-Hauts i 496 mm à Saint-Denis ville

Comme on peut le voir ci-dessous (cumuls en mm sur 3 jours centrés sur le passage au plus près du cyclone), ces valeurs sont globalement comparables à celles que l'on a pu mesurer lors des cyclones majeurs de ces 40 dernières années. Les valeurs entre parenthèse correspondent à des valeurs incomplètes. Le cas de Hyacinthe est particulier puisque les pluies ont persisté pendant 10 jours avec 3 passages du cyclone à proximité de la Réunion. Ici nous avons indiqué pour ce cas le dernier passage le 25 janvier 1981.
Cumuls quotidiens :si l'on se réfère aux valeurs maximales quotidiennes (mesurées de '07h le jour à 07h le lendemain) observées dans le passé, les cumuls quotidiens du 22 janvier constituent des records absolus dans quelques sites du Nord-Ouest et de l'Ouest. Ailleurs, sur certains postes, ils sont proches des valeurs maximales. Dans le Sud par exemple les cumuls sont assez proches des valeurs relevées le 29 ,janvier 1989 avec le passage de FIRINGA qui est quand même une « référence » dans cette région.
Intensités : les intensités maximales mesurées par nos stations automatiques sui des périodes glissantes (lh, 3h, 6h, 12 et 24h) sont présentées dans le tableau ci-dessous. Elles ne sont pas exceptionnelles pour les périodes inférieures à 6 heures. Par contre, au-delà, nous avons pu calculer les durées de retour pour certains postes. Les valeurs dépassent largement les 10 ans, voire beaucoup plus pour certains postes.
La houle : la houle cyclonique a été très importante, elle a commencé à déferler sur les côtes dès le 20 janvier en soirée. On a pu mesurer 8 m 90 à Saint-Pierre, 6 m 30 au Port avant panne des stations. A l'estimation subjective du commun des mortels sur la puissance d'un phénomène cyclonique, les scientifiques opposent une classification basée sur la vitesse moyenne du vent et sur les rafales.

L'échelle la plus répandue est connue sous le nom de Dvorak, inventeur d'une technique d'estimation de l'intensité à partir des images des satellites. Elle relie un chiffre de 0 à 8, de demi-point en demi-point, une valeur de vent maximal soutenu.

Le niveau 1 correspond à un vent maximal inférieur à 13 m/s ou 45 km/h. Au sommet de l'échelle, le niveau 8 classifie les phénomènes où les vents maximaux atteignent 85 m/s ou 306 km/h.

Si on calque l'échelle de Dvorak sur la déclinaison désormais bien connue des systèmes en fonction de leur intensité : dépression tropicale, tempête tropicale modérée, forte tempête tropicale, cyclone tropical, cyclone tropical intense et cyclone tropical très intense on obtient pour Dina, cyclone tropical intense, un degré d'à peine "6" sur l'échelle de Dvorak soit une vitesse moyenne sur dix minutes du vent de l'ordre de 166 km/h avec des rafales à 254 km/h.

Depuis mardi, les prévisionnistes de la station Météo France du Chaudron s'inquiétaient pour la coiffe du radar installé au Colorado sur les hauteurs de la Montagne. Mardi soir, des problèmes de liaison s'étaient posés mais à 18 h 51, une ultime image parvenait à la salle de prévision. Peu après, Dina passait au plus près de la Réunion.

Une équipe de techniciens envoyée sur place hier matin a constaté que la coiffe protégeant l'antenne s'était envolée et que cette dernière, qui pèse tout de même une tonne, a été arrachée de son support. "Nous ne disposons pas d'appareils de mesure au Colorado mais nous estimons que par effet de relief les rafales de vent ont dû atteindre 250 km/h ", indique Philippe Caroff. Installé en 1993, le radar Doppler du Colorado constituait un outil précieux pour le suivi des phénomènes cyclonique même si l'essentiel des informations résulte de l'exploitation des images satellitaires. Utilisés depuis le milieu des années 40, les radars météorologiques ont pour rôle principal de détecter les précipitations. Leur principe repose sur la réflexion d'ondes électromagnétiques par les gouttelettes d'eau des nuages. Ils permettent de localiser les nuages porteurs de pluie et d'estimer l' intensité des précipitations.

Pour un cyclone bien constitué comme Dina, les observations par radar permettent de localiser le centre de manière précise. Cependant cet appareil a une portée limitée, inférieure à 400 km, par conséquent il ne "voit" un cyclone que lorsqu'il s'approche des terres.

Avant de déclarer forfait, le radar du Colorado aura permis aux prévisionnistes de suivre toute l'approche de Dina. Il a été détruit alors que le phénomène commençait à s'éloigner de l'île. Météo France a également perdu au Chaudron une antenne couchée par le vent.

Se pose maintenant, la question du remplacement du radar. Météo France a dans ses cartons un projet de radar pour le Sud qui aurait permis avec celui du Colorado d'avoir une bonne couverture des approches de l'île. Mais, désormais la priorité est de reconstruire celui de la Montagne.

"Si Dina était passée 25 km plus au sud lors de son passage au plus près de la Réunion, la vitesse des vents aurait été supérieure de 50 km/h à ce que nous avons observé", analyse Philippe Caroff, chef prévisionniste à lastation Météo France du Chaudron. En clair, notre île a eu beaucoup de chance. Si on se reporte aux valeurs de vent enregistrées (voir par ailleurs) on s'aperçoit que l'on aurait pu flirter par endroits avec les 300 km/h. "Nous avons échappé aux vents les plus violents, confirme Philippe Caroff. La force du vent étant proportionnelle au carré de la vitesse lorsque cette dernière est multiplée par deux, la force est quadruplée".

C'est un ultime changement de trajectoire, Dina a mis cap à l'ouest pendant six heures, qui l'a éloigné de la Réunion. "Nous n'avons pas d'explication scientifique, indique Philippe Caroff, mais il est possible que l'approche de la Réunion modifie la trajectoire. Cela s'est déjà produit par le passé".

DINA au fil des heures (source: clicanoo)

 Dina a évolué tellement vite en cyclone intense, que nombreux sont ceux qui ont perdu en cours de route le fil du phénomène. Retour en arrière sur un cyclone étonnant par bien des aspects.

  • 16 janvier : Formation de Dina

Un système se forme sur le centre de l'océan Indien dans le secteur est de l'île de Diego Garcia. Les météorologues de la Réunion et de Maurice suivent de près l'évolution de cette zone de convexion. Le phénomène a pris suffisamment forme pour que soit émis dans la soirée un bulletin de zone perturbée.

  • 17 janvier : Dina devient une perturbation tropicale

Dans la matinée, le système est devenu perturbation tropicale. En quelques heures il gagne en intensité au point de quasiment sauter le stade de dépression. A 16 h, devenu tempête tropicale modérée, il est baptisé Dina par la météo mauricienne. Le phénomène se caractérise à ce moment-là par une vitesse inhabituelle, 41 km/h ramenée à 35 km/h à 22 h alors que Dina se trouve à 2 000 km à l'est - nord-est de la Réunion et environ 1 300 km de Rodrigues.

  • 18 janvier: Dina mute rapidement

Forte tempête tropicale à 10 h, Dina s'est transformée en cyclone tropical à 16 h. L'oil est désormais bien visible. Le système se situe alors à 1 550 km à l'est -nord-est de la Réunion et maintient une trajectoire sud-ouest à 26 km/h. A 22 h, il a ralentit (22 km/h) mais maintient le cap. A Rodrigues, première île placée sur la trajectoire du météore, un avertissement de classe 2 est lancé.

  • 19 janvier : Dina menace Rodrigues

Rodrigues passe en alerte de classe 3. Dina est prévue pour passer au plus près de cette dépendance mauricienne en fin de matinée. Le cyclone à 22 h est à 1 110 km de la Réunion dans l'est - nord-est.

  • 20 janvier : Dina s'intensifie

Dans la nuit Dina est s'intensifie brutalement, se creusant fortement. Le cyclone tropical intense génère des vents maximaux approchantles 210 km/h en vents moyens et les 300 km/h en rafales. Le phénomène estextrêmement concentré. La trajectoire s'est également infléchie tendant à s'orienter progressivement davantage en direction de l'ouest - sud-ouest. Rodrigues se trouve donc épargnée par les vents les plus violents. A 22 h, Météo France place Dina à 750 km à l'est - nord-est des côtes de notre île. Elle se déplace vers l'ouest -sud-ouest à la vitesse de 15 km/h.

  • 21 janvier : Déclenchement de l'alerte Orange

Dina est toujours un cyclone tropical intense (920 HpA). Il se situe à 530 km dans l'est - nord-est de la Réunion et se déplace vers l' ouest - sud-ouest à 19 km/h. A 13 h, le préfet déclenche l'alerte orange, le phénomène présentant un danger pour notre île dans les 24 h à venir.

  • 22 janvier : Dina aborde la Réunion
10:10: Des rafales de plus de 150 km/h Depuis ce matin, 8 heures, la Réunion est placée en alerte rouge. Dès cette nuit, les premières rafales accompagnées d'une grosse houle ont commencé à frapper la Réunion. Au fil des heures, le vent n'a cessé de se renforcer. On a ainsi enregistré des pointes de 150 km/h au volcan et de 120 km/h à Gillot.


Selon Météo France, le vent devrait encore se renforcer, notamment dans le nord et le nord-ouest. Il est vrai que Dina va continué de se rapprocher des côtes réunionnaises dans les heures qui viennent. Le cyclone tropicalintense, qui se trouvait à 10 heures à 180 km dans le nord-est de la Réunion (19,6° sud, 56,7° est), continue sa route en direction de l'ouest sud-ouest à la vitesse de 15 km/h.

11:10: Coupures d'eau et radiers submergés L'approche du cyclone tropical intense, Dina, qui devrait passer au plus près de la Réunion dans l 'après-midi à une distance qui reste encore à définir mais qui pourrait osciller entre 100 et 150 km, commence à se faire sentir.


De nombreuses branches jalonnent les routes et une forte houle s'abat sur les côtes réunionnaises depuis ce matin. Par ailleurs, Ilet-à-Cordes et Bras-Sec, deux écarts de Cilaos, sont coupés du monde par des éboulis qui interdisent toute circulation. Toujours dans le Sud, et notamment à Petite-Ile et à la Plaine-des-Cafres, de nombreux quartiers sont privés d' électricité ou d'eau. On vient également d'apprendre qu'à Saint-François, dans les hauts de Saint-Denis, un mur s'est effondré faisant deux blessés.

12:10: Dina incurve sa course. Dina a légèrement incurvé sa course en direction de l'ouest sud-ouest. Ce qui pourrait la faire passer à moins de 100 km de la Réunion, en longeant la côte nord puis ouest. Le vent et les précipitations vont d'ailleurs se renforcer dans l'après-midi et au cours de la nuit. On pourrait enregistrer des rafales de plus de 200 km/h.
Premières conséquences de l'approche de Dina : 8 500 personnes sont privés d'eau, 13 000 d'électricité et 170 ont trouvé refuge dans les centres d'hébergement.
A Maurice, où le système est passé à 50 km des côtes de Cap Malheureux, l'alerte 4 est toujours en vigueur. Il semble d'ores et déjà qu'il s'agit d'un des plus importants phénomènes depuis Hollanda à frapper l'île. Des rafales de 206 km/h ont été enregistrées à Port-Louis. De nombreux arbres ainsi que des pylônes électriques n'ont pas résisté à une telle violence. Il est cependant encore trop tôt pour dresser un bilan du passage de Dina. D'autant que les liaisons avec Maurice reste encore très difficile.

14:20: 40.000 foyers sans électricité Selon le PC ORSEC de la préfecture, 40.000 foyers étaient privés d'électricité à midi (9h00 à Paris) et 8.500 privés d'eau. Environ 170 personnes ont trouvé refuge dans des centres d'hébergement ouverts sur l'île où plusieurs routes ont été coupées par des inondations, des chutes d'arbres ou des éboulis.

A Saint-Denis, deux personnes ont été blessées par l'effondrement d'un mur. L'une des victimes souffre d'une fracture ouverte de la jambe, la seconde a eu la main broyée. Une petite maison en bois sous tôle s'est également effondrée dans le centre-ville de Saint-Denis.

Selon Météo-France, Dina va continué de se rapprocher de l'île. Le cyclone tropical intense a effectivement incurvé sa course. Ce qui le ferait passé à moins de 100 km des côtes réunionnaises. Il se trouvait à 13 heures à 120 km dans le nord nord-ouest de la Réunion (19.9 sud, 56.2 est).

16:00: Dina à 85 km Dina se trouvait à 85 km dans le nord de la Réunion (20.1° sud et 55° est). Le cyclone tropical intense a en outre accéléré sa course en se déplaçant à 19 km/h en direction de l'ouest sud-ouest. Il va donc continué de se rapprocher de la Réunion, dont il pourrait passer à moins de 50 km au cours de la nuit. Il faut donc prévoir que la situation s'aggrave dans les heures à venir. Des rafales de plus de 180 km/h sont même à prévoir.

La situation commence d'ailleurs à devenir critique. C'est ainsi qu'à Langevin, un quartier de Saint-Joseph, il a fallu évacuer 35 familles pour les protéger de la crue de la rivière du même nom.

  • 23/01/2002 : Dina passe sur la Réunion
09:00 La nuit a été longue pour tout le monde dans l'île et les rêves plutôt agités à mesure que le vent en rafales a continué à déployer sa rage sur maisons et végétation. Dina est toujours là, fouettant, après l'Est et le Nord, les rivages de la côte Ouest et cisaillant les hauteurs de l'île de son souffle culminant à 270 km/h. A la préfecture, après un bref repos, le préfet reprend les commandes du PC qui n'a cessé de fonctionner et se trouve confronté aux premières urgences du jour. La coupure d'informations, enregistrée depuis 19 h la veille avec toutes les radios aux abonnés absents, pénalise les habitants qui n'ont d'autre recours que le téléphone pour avoir des nouvelles de l'évolution de la situation. Alors pour Gonthier Friederici, l'une des priorités consiste à prévenir la population du maintien de l'alerte rouge, pour éviter que des drames humains ne viennent s 'ajouter à la liste déjà longue de dégâts matériels. Une cellule d' information publique est créée avec un numéro d'appel 0262 41 00 00. "Il faut pouvoir intervenir rapidement pour dire aux gens de rester chez eux, c' est tout ce qui importe", confie-t-il aux journalistes installés dans le hall.

Ceux de RFO notamment. Xavier Robert nous explique que la station a cessé d'émettre, tant sur ses canaux télévisés que ses ondes radio, en raison d'uneinterruption du dernier maillon de la chaîne qui relie le faisceau de la Montagne au Barachois. Mais les techniciens sont à pied d'ouvre et à 9 h 15 la liaison, enfin, est rétablie. Au moins sur Saint-Denis et le préfet saute sur l'occasion pour intervenir. "Je suis heureux de retrouver les auditeurs perdus et je salue les Réunionnais, surtout ceux qui ont été et sont encore dans l'angoisse.", déclare-t-il avant de préciser que le danger persiste et qu'il faut donc éviter de se déplacer, puis de pointer les difficultés majeures.

2 500 personnes sont accueillies dans les centres d'hébergement. La moitié du département est privée d'électricité. Un quart des foyers n'a plus d'eau. Les militaires sont sur le pont pour répertorier les dégâts et permettre d'organiser les interventions : RSMA dans l'Est, parachutistes du RPIMa dans le Sud. "Maintenant ce qu'il faut, ce sont des renforts. L'ampleur de la tâche est trop grande. Avec les seules équipes dont nous disposons, tout prendrait beaucoup trop de temps. J'ai donc demandé des secours en métropole pour participer au déblaiement, à la mise à couvert des bâtiments publics détériorés et au rétablissement de l'électricité. Un avion spécial est en préparation. Il pourrait arriver dans la nuit et l'unité d'intervention être opérationnelle dès l'aube, demain". Sous-entendu, Gillot doit pour cela être en état.

10:00 Entre deux réunions et deux liaisons téléphoniques avec le gouvernement, Gonthier Friederici réactualise les bilans, loin d'être définitifs. Beaucoup de dégâts des eaux, en cours, un peu partout, des conditions météo qui se dégradent sur tout le littoral ouest avec encore des vents entre 120 et 150 km/h. Le cyclone s'éloigne pourtant à 20 km/h direction sud-sud-ouest. La pluie redouble. Le préfet annonce le possible passage en alerte orange en fin de matinée. Mais reste réservé, craignant que la sécurité recule d'un cran si les habitants envisagent de circuler à nouveau.

11:00 Finalement, levée de l'alerte rouge mais, inédit, passage en vigilance cyclonique assorti du maintien une interdiction de circuler. Pourassouplir la rigueur de l'alerte rouge d'une part mais tout de même pour signifier que l'activité économique est toujours mobilisée jusqu'à nouvelordre et préserver la sécurité de la population, les axes routiers restant très encombrés et obstrués Le nombre de personnes accueillies en centre d' hébergement est légèrement revu à la baisse. 2 400, certains habitants ayant pu mettre à profit les accalmies pour retourner chez eux, évaluer les problèmes et le cas échéant rester à demeure.

12:30 Il semble que le message ne soit pas très bien passé sur RFO radio annonçant certes la fin de l'alerte rouge mais l'interdiction de circuler. Les auditeurs ont compris, plus d'alerte rouge, donc on bouge. Alors le préfet reprend l'antenne pour préciser énergiquement les choses. Mot d'ordre : sécurité des biens et des personnes. "Nous n'avons pas de victimes à déplorer et j'espère que tel ne sera pas le cas. Il pleut encore considérablement. On enregistre toujours des sautes brutales de vent. Je confirme donc qu'il faut rester à domicile et ne pas circuler afin d'éviter les accidents. La priorité est donnée aux services de sécurité qui déploient tous leurs efforts pour porter secours et rétablir au plus vite la circulation et le retour à l'activité économique. Mais en attendant les habitants restent chez eux toute la journée et toute la nuit ", recommande Gonthier Friederici en scandant : "Il-ne-faut-pas-aller-au-boulot-aujourd' hui ! Sauf si on est requis pour la sécurité". Et le préfet d'ajouter que de ce côté les renforts prévus par le ministère de l'Intérieur sont confirmés. 120 hommes de l'Unité d'intervention de sécurité civile (UISC) plus cinquante techniciens d'intervention rapide de l'EDF. Il en profite pour annoncer que le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, Christian Paul viendra avant la fin de la semaine sur place, pour évaluer les besoins des Réunionnais. Un sujet qui va préoccuper le PC Orsec tout le reste de la journée et de la nuit. Toujours sous la pluie.

16:00Le responsable d'EDF au PC de crise déplorait 107 000 abonnés privés d'électricité sur l'ensemble de l'île. Un chiffre encore incertain : les conditions météo ne permettaient pas hier le survol des installations par hélico, seul moyen de se rendre compte des dégâts. Le souci est que l'on ne sait pas s'il s'agit de grosses perturbations sur le réseau, ou simplement des micro-problèmes individuels au niveau des habitations.


Selon les première indications, six lignes à haute tension (63 000 volts) sur 18 sont endommagées, un cinquième du réseau moyenne tension (15 000 volts) et plus de la moitié des lignes basse tension.On sait pourtant d'ores et déjà que les dégradations affectent de manière quasi égale toutes les régions du département, ce qui ne facilite pas la tâche des agents, forcés de se rendre dans des endroits parfois difficiles, voire impossibles d' accès.
Depuis hier, 5 heures du matin, environ 80 agents sont sur le terrain afin d'établir un diagnostic des problèmes et intervenir. Ils devraient recevoir très vite du renfort, puisque 50 agents appartenant à la Force d'intervention rapide d'électricité (FIRE) d'EDF devraient arriver dès aujourd'hui de métropole. Pour autant, il ne faut pas s'attendre à voir les choses revenir à la normale avant plusieurs jours : tout dépend du problème qui vous prive de courant, de la situation géographique de votre habitation ou de l'unité EDF à laquelle votre quartier est reliée.

  • 24/01/02 : Dina: la désolation
Sud : le souvenir de Firinga
En dépit de ce qui a été dit par nombre de Réunionnais sur les ondes, force est de constater que Dina n'a pas été aussi dévastateur que Hyacinthe ou Firinga, les deux grands cyclones de ce dernier quart de siècle. Le fait le plus marquant a été le débordement de la rivière Langevin, qui a nécessité l'évacuation, parfaitement réussie, de plus de 200 personnes.

Ouest : l'invité de la nuit
Oiseau de nuit, Dina a fait d'énormes dommages matériels, mais aucune victime n'est à déplorer. La pluviométrie exceptionnelle du phénomène ainsi que la durée de son passage en font un cyclone qui marquera les esprits. Les hauts ont nettement moins été touchés que le littoral, ce dernier ayant pris des allures de baignoire inondée. Les centres d' hébergement ont accueilli environ un millier de réfugiés. Les plaies seront longues à panser.

Nord : Saint-Denis meurtrie
Attendu avec une pointe d'angoisse, Dina a cogné dur avec des pointes enregistrées à près de 200 km/h dans les hauts du chef-lieu. Toitures envolées, voitures écrasées, routes inondées, la capitale de laRéunion s'est réveillée hier matin dans un triste état. La Bretagne, la Montagne et Bellepierre ont payé le plus lourd tribut. A Sainte-Marie, une quarantaine de personnes ont été évacuées. A Sainte-Suzanne, le front de mer a été complètement submergé par les vagues, obligeant les pompiers à fuir leur caserne.

Est : Salazie, encore une fois
Par le passé, la région a souvent souffert du passage des cyclones. Elle semble cette fois avoir échappé au pire. Salazie connaît toutefois une situation dramatique : routes, électricité et téléphone filaire coupés, une trentaine de toits arrachés au bas mot, 2 000 poulets noyés, tel était le premier bilan dressé hier soir. La Plaine-des-Palmistes a également souffert. Les autres communes ont été relativement épargnées.