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Les ours polaires mangent des phoques plus contaminés

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L'habitat de l'ours polaire change, il doit donc adapter son alimentation. Ce mammifère se nourrit maintenant de phoques subarctiques plutôt que de phoques arctiques. Le problème, c'est que plus l'on s'éloigne de l'Arctique, plus les animaux vivent près des zones industrielles. Ils sont en outre contaminés aux polluants organiques persistants.

Pour son alimentation, l’ourse polaire (Ursus maritimus) délaisse de plus en plus le phoque annelé pour le phoque du Groenland (en blanc) et le phoque à capuchon, des espèces qui vivent plus près des zones industrialisées. Les ours polaires sont donc exposés à des concentrations plus élevées de contaminants. © Rune Dietz, Aarhus University

L'ours polaire est l'un des animaux les plus frappés par le changement climatique. Il est le seul mammifère marin à vivre uniquement sur la banquise. Bien qu'il soit très bon nageur, il ne peut vivre dans l'eau. Il dépend donc de la glace de mer, dont la surface totale se réduit de 12 % par décennie depuis les années 1970. Cet été, la glace de mer a atteint sa fonte maximale le 13 septembre, date qui s'inscrit dans le top 10 des fontes les plus importantes. De tels changements de son habitat forcent donc l'ours polaire à modifier ses habitudes alimentaires.

Une équipe danoise dirigée par Rune Dietz a mené une grande étude sur le régime alimentaire des ours polaires dans l'est de l'Arctique, et montre qu'il a complètement changé en 30 ans. En 1984, l'ours polaire se nourrissait à 90,1 ± 2,5 % de phoques annelés, espèce qui vit principalement dans l'Arctique. En 2011, il ne représentait plus que 33,9 ± 11,1 % de son alimentation. L'animal consomme en revanche beaucoup plus de phoques à capuchon, vivant en zone subarctique. Sa consommation a augmenté de 9,5 % par décennie et constitue aujourd'hui 25,3 ± 9,1 % de son alimentation générale.

Cet ours polaire mange un phoque à capuchon adulte, qui constitue une part croissante de sa nourriture. Le phoque à capuchon peut peser jusqu'à 400 kg : il constitue donc une grande proie pour l'ours, qui pèse de l'ordre de 500 kg. © Rune Dietz, Aarhus University

L'analyse du profil d'acides gras dans le tissu adipeux de 310 ours polaires, réalisée sur la période 1984-2011, révèle que ce changement de nourriture se produit surtout lorsque la NAO (oscillation nord-atlantique) est faible. En NAO négative, les températures sont plus hautes dans l'océan Arctique, et la banquise est généralement moins étendue. Ainsi, ce résultat traduit le fait que plus la température de l'air est élevée (moins la banquise est étendue), plus les ours chassent dans les régions subarctiques.

Les polluants organiques persistants en augmentation chez l’ours polaire

Publiés dans Global Change Biology et Environment International, les travaux rapportent par ailleurs que les ours polaires sont en meilleure forme depuis leur changement d'alimentation. Les phoques des régions subarctiques semblent apporter plus de gras à l'ours, lui permettant de mieux résister à l'été, saison difficile pour le mammifère blanc.

À première vue, ce changement semble être une bonne nouvelle, mais rien n'est sûr. Le phoque à capuchon vit plus près des régions industrielles que le phoque annelé. Et comme beaucoup d'animaux marins, il affiche une concentration de contaminants non négligeable. L'équipe rapporte que les polluants organiques persistants (Pop) sont éliminés beaucoup plus lentement depuis les années 2000 par l'ours polaire que par le phoque annelé. Cela est essentiellement dû au fait que l'ours se nourrit d'une plus grande proportion de phoques subarctiques.

La population d'ours polaires de l'est du Groenland est particulièrement menacée. Elle vit dans une région où la glace de mer décline de l'ordre de 1 % par an. En outre, sur le long terme, les ours polaires ne pourront peut-être plus chasser les phoques subarctiques : ils dépendent des morceaux de la glace de mer pour donner naissance à leurs petits. C'est le seul endroit où ils sont exposés à la lumière du soleil, qui leur permet de synthétiser la vitamine D. Il fallait bien s'y attendre : la perturbation de l'équilibre d'un milieu, quel qu'il soit, a toujours des conséquences. 

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