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Les bacilles de la tuberculose auraient 3 millions d'années

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Les travaux de chercheurs de l'Institut Pasteur montrent que les bacilles à l'origine de la tuberculose seraient contemporains des premiers hominidés. Des études génétiques, menées sur des souches exceptionnelles de patients tuberculeux d'Afrique de l'Est, ont montré que ces bactéries et Mycobacterium tuberculosis, l'agent majeur de la tuberculose, ont tous évolué à partir d'un ancêtre commun vieux de 3 millions d'années. Cette étude publiée online sur le site de la Public Library of Science (PLoS), apporte un nouvel éclairage sur l'origine de M. tuberculosis et les bases moléculaires de son évolution.

Poumons de patient atteint de tuberculose.

Mycobacterium tuberculosis, l'agent majeur de la tuberculose infecte un tiers de la population mondiale et tue plus de 2 millions de personnes chaque année. En raison du faible taux de variation génétique entre les différentes souches de ce bacille, on estimait jusqu'à aujourd'hui que la tuberculose était une maladie relativement récente, apparue depuis environ 35 000 ans seulement. M. Cristina Gutiérrez, dans le Laboratoire de Référence des Mycobactéries dirigé par Véronique Vincent, a mené à l'Institut Pasteur un travail en collaboration avec les Unités de Biodiversité des Bactéries Pathogènes Emergentes et de Génétique Moléculaire Bactérienne de l'Institut Pasteur (Paris), l'Unité INSERM U629 (Institut Pasteur de Lille) et le Laboratoire de Biologie Clinique de l'HIA-Percy qui a montré que l'agent responsable de la tuberculose serait vieux de 3 millions d'années.

Les chercheurs ont réalisé l'analyse génétique approfondie de souches exceptionnelles, responsables de tuberculose humaine en Afrique de l'Est. Ils ont déterminé que ces bacilles rares sont les représentants actuels de l'espèce progénitrice de Mycobacterium tuberculosis. Les différences génétiques entre Mycobacterium tuberculosis et les souches rares de l'Afrique de l'Est suggèrent que tous ces bacilles seraient dérivés d'un ancêtre commun, vieux de 3 millions d'années et contemporain des premiers hominidés vivant en Afrique de l'Est. Seul un clone de l'espèce progénitrice se serait dispersé dans le monde au cours des vagues de migration de nos ancêtres.

L'analyse moléculaire met également en évidence des traces d'échanges génétiques intervenus avant la dissémination de M. tuberculosis. Ces processus pourraient avoir joué un rôle crucial dans l'adaptation de ce pathogène à l'homme et contribué à son succès évolutif.

Allez plus loin

La tuberculose tue 2 millions de personnes chaque année dans le monde. L'épidémie de sida et l'émergence de bacilles multirésistants aux antibiotiques contribue à agraver l'impact de cette maladie, considérée par l'Organisation Mondiale de la Santé comme responsable d'une épidémie mondiale de plus en plus dangereuse et comme une urgence sanitaire au niveau planétaire. L'O.M.S. estime qu'entre 2000 et 2020, près d'un milliard de personnes seront nouvellement infectées et que 200 millions d'entre elles développeront la maladie, dont 35 millions mourront de tuberculose si aucune amélioration n'est apportée dans le contrôle de cette infection.

1°) Epidémiologie

Chaque seconde, une nouvelle personne dans le monde est infectée par le bacille de Koch. Chaque année, près de 1% de la population mondiale est nouvellement infectée et environ 8 millions de personnes développent la maladie. Globalement aujourd'hui, un tiers de la population mondiale est infecté, et 22 pays totalisent à eux seuls 80% des cas mondiaux.

Plus de 2 millions des cas annuels de tuberculose surviennent en Afrique sub-saharienne. Ce chiffre est en rapide augmentation, du fait de l'épidémie de sida qui touche particulièrement cette région du monde. Près de 3 millions des cas annuels de tuberculose sont recensés dans le Sud-Est Asiatique. Plus de 250 000 des cas annuels surviennent en Europe de l'Est. En France, on compte quelque 6000 nouveaux cas par an et 700 décès chaque année, l'Ile-de-France étant 2 à 4 fois plus touchée en terme d'incidence que le reste du territoire.

2°) Transmission

La tuberculose est une maladie contagieuse, due au bacille de Koch (Mycobacterium tuberculosis). Cet agent infectieux est transmis par voie aérienne, via des gouttelettes contaminées par la bactérie en suspension dans l'air provenant des malades. L'inhalation d'un petit nombre de gouttelettes contaminées suffit à infecter un individu. Une personne tuberculeuse non traitée peut infecter de 10 à 15 personnes en moyenne chaque année. Les déplacements de population (voyageurs, réfugiés de guerres, sans-abri des pays industrialisés) ont largement contribué ces 40 dernières années à la dissémination de la maladie sur la planète. En 1995, 30% des personnes Sans Domicile Fixe étaient infectées par le bacille de la tuberculose à San Francisco de même que 25% des SDF à Londres. Ces chiffres sont à comparer avec l'incidence globale de la tuberculose dans ces pays : 7% aux Etats-Unis; 13% au Royaume-Uni. La prévalence de la tuberculose dans les prisons est également plus élevée que dans la population générale.

3°) La maladie

Toutes les personnes infectées par le bacille de Koch ne développent pas la maladie : seules 5 à 10% d'entre elles feront une tuberculose. Le bacille peut rester dans l'organisme à l'état "dormant" pendant des années. Les personnes immunodéprimées ont plus de risque de faire une tuberculose, une fois infectées, et particulièrement les malades du sida. Le virus VIH et le bacille de Koch forment en effet une association mortelle, chacun de ces deux agents infectieux aidant la progression de l'autre. La tuberculose est d'ailleurs la cause principale des décès des malades du sida : elle est responsable de la mort d'un tiers des malades du sida dans le monde et de 40% de la mortalité des malades du sida en Afrique.

4°) Traitement

Il y a 50 ans, aucun médicament ne permettait de soigner la tuberculose. Aujourd'hui, une association d'antibiotiques est utilisée pour traiter les tuberculeux, mais le traitement doit être suivi au minimum 6 mois (et jusqu'à deux ans). L'O.M.S. estime que d'un point de vue de santé publique, un traitement incomplet ou mal suivi est pire que pas de traitement du tout. En effet, un traitement mal suivi n'élimine pas l'infection, mais peut provoquer chez le malade l'apparition de bacilles résistants aux antibiotiques : lorsqu'ils peuvent être traités, ces cas de tuberculose résistante sont 100 fois plus coûteux que les cas de tuberculose pouvant être traités par les traitements standards. Ces personnes dissémineront alors des bactéries résistantes aux antibiotiques et contribueront à l'émergence, déjà particulièrement inquiétante, des bacilles multirésistants aux antibiotiques.

5°) Vaccin

Le B.C.G. n'est pas un vaccin pleinement efficace : bien qu'il soit très utile pour prévenir les formes graves de la maladie chez les jeunes enfants (près de 90% d'efficacité), il ne protège les adultes que dans un cas sur deux. Il ne permet donc pas d'empêcher la transmission de la maladie et d'enrayer l'épidémie mondiale. La recherche de nouveaux vaccins contre la tuberculose est active, mais seul un essai clinique de phase I est en cours en Europe, deux autres essais étant en préparation aux Etats-Unis.

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