Rares sont les poissons osseux et cartilagineux à avoir le « sang chaud ». Le maintien d'une température interne bien plus élevée que celle du milieu extérieur est pourtant coûteuse en énergie. Quel peut donc être l'intérêt de ces espèces à conserver cette capacité ?

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La plupart des poissonspoissons sont poïkilothermes, c'est-à-dire que leur température corporelletempérature corporelle interne dépend de la température changeante du milieu extérieur. Ils sont également souvent ectothermes et ne sont donc pas capables de produire de la chaleur afin de contrôler leur température interne. Leur stratégie consiste par exemple à occuper différentes profondeurs afin de maintenir une température corporelle permettant à leur métabolismemétabolisme de fonctionner efficacement.

Pourtant, certains poissons sont dits à « sang chaud » car ils peuvent produire de la chaleurchaleur afin d'augmenter leur température interne, dans certains organes tels que l'estomacestomac ou dans tout le corps. Les espèces les plus connues dans ce cas parmi les poissons osseux sont le thon rougethon rouge et l'opah. Parmi les poissons cartilagineux ou chondrichtyens, certains requins dont le grand requin blanc, le requin saumonsaumon et le requin-taupe commun peuvent également maintenir la température de certains de leurs organes très au-delà de la température extérieure.

L'opah peut maintenir sa température interne au-dessus de celle du milieu extérieur et avoir un métabolisme plus rapide que celui de ses proies en eaux profondes. © Lucky Dragon, Adobe Stock
L'opah peut maintenir sa température interne au-dessus de celle du milieu extérieur et avoir un métabolisme plus rapide que celui de ses proies en eaux profondes. © Lucky Dragon, Adobe Stock

Ces faits ne sont pas nouveaux pour les biologistes marins, ils se questionnent en revanche encore aujourd'hui quant à l'utilité pour ces espèces d'avoir le sang chaud. Dans un article publié dans Functional Ecology, des chercheurs du Trinity College à Dublin ont tenté d'apporter une réponse à cette question. L'étudiante en thèse et première auteure de l'étude LucyLucy Harding rappelle que deux hypothèses majeures sont avancées à ce sujet. Avoir le sang chaud pourrait en effet être lié à une nage plus rapide puisque des muscles plus chauds sont en général plus puissants, mais elle pourrait également permettre à ces espèces de vivre dans des eaux dont les températures peuvent être plus chaudes ou froides que celles occupées par les espèces à sang froid.

Des prédateurs plus performants mais vulnérables

L'équipe de recherche ayant mené cette étude a utilisé des données de la littérature ainsi que des mesures sur des animaux sauvages afin de tester ces deux hypothèses. Elle a pour cela placé des balises sur les nageoires de spécimens d'espèces différentes. Ces balises ont fourni un enregistrement des vitessesvitesses de nage ainsi que des températures et des profondeurs dans lesquelles les individus ont évolué.

Une balise a été fixée sur la nageoire pectorale de ce requin-tigre pour enregistrer sa vitesse de nage et les paramètres environnementaux qui l'entourent. © Diego Camejo <em>(Beneath the Waves)</em>
Une balise a été fixée sur la nageoire pectorale de ce requin-tigre pour enregistrer sa vitesse de nage et les paramètres environnementaux qui l'entourent. © Diego Camejo (Beneath the Waves)

Les auteurs de l'étude ont ainsi pu montrer que les poissons à sang chaud nageaient en moyenne 1,6 fois plus rapidement que leurs espèces phylogénétiquement proches à sang froid mais qu'elles n'occupaient pas d'environnements présentant une plus large gamme de températures.

Une nage plus rapide rendrait les prédateurs plus performants

Selon le Dr Nick Payne du Trinity College de Dublin, ces plus grandes vitesses de nage chez les poissons à sang chaud pourraient leur conférer un avantage évident au cours de l'activité de chasse. Il alerte par ailleurs sur le fait que puisque ces espèces occupent des niches thermiques similaires à celles des poissons à sang froid, elles sont susceptibles d'être autant affectées que ces dernières par le réchauffement global des océans.