Au Miocène, dans le Maryland, des organismes mystérieux ont laissé les traces de leur repas derrière eux. Ils en ont rempli un crâne de poisson, une coquille de gastéropode et l'intérieur de cirripèdes.


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    Lorsque le terme fossilisation est abordé, les idées qui viennent en tête suivent généralement la séquence classique suivante : un animal isolé meurt et est rapidement recouvert de sédiments fins tels que de la boue ou du sable qui l'isolent du charognage par d'autres organismes. La matièrematière organique qui composait l'individu est alors remplacée et comblée par de la matière inorganique. Les fossiles excavés aujourd'hui montrent pourtant que certains spécimens ont été victimes de charognage avant leur enfouissement ou que des phénomènes naturels ont altéré l'intégritéintégrité de leur plan d'organisation.

    Certains spécimens ont été victimes de charognage avant leur enfouissement

    Les os et les dents sont les éléments le plus souvent trouvés dans le registre fossile, en raison de la résistancerésistance des tissus qui les composent. Ce ne sont pourtant pas les seuls éléments dans le registre fossile mais les découvertes d'exosquelettes d'arthropodesarthropodes, d'empreintes d'invertébrésinvertébrés vermiformes et de végétaux sont plus rares. Certains éléments résultent même de la fossilisation de matières fécales et sont nommés coprolithes ou pelotes fécales.

    L'identité secrète des charognards

    Ces coprolithes peuvent résulter de la consommation de matière organique ou être des agrégats de matière inorganique dont la matière organique a été filtrée. Des paléontologues américains et italiens publient une étude dans la Rivista Italiana di Paleontologia e Stratigrafia concernant la découverte de petits éléments fécaux datant du MiocèneMiocène supérieur (il y a entre 11,6 et 5,33 millions d'années). Ces fossiles proviennent de la formation St. Marys, près des Calvert Cliffs situées dans l'État du Maryland, aux États-Unis. Les auteurs décrivent ces petits fossiles associés à plusieurs organismes et fournissent des images prises avec un microscope électronique à balayagemicroscope électronique à balayage. La première de leurs conclusions est que toutes les pelotes fécales identifiées ont une forme ellipsoïde et mesurent 0,4 à 2,0 millimètres de large et 1,0 à 5,0 millimètres de long.

    Les pelotes fécales de <em>Coprulus oblongus</em> ont été trouvées dans des restes de cirripèdes. Échelle en C = 50 mm, en D = 10 mm. © Godfrey et al, 2022
    Les pelotes fécales de Coprulus oblongus ont été trouvées dans des restes de cirripèdes. Échelle en C = 50 mm, en D = 10 mm. © Godfrey et al, 2022

    Les pelotes n'ont pas de structure interne ni d'ornementation et les auteurs les attribuent à l'ichnoespèce Coprulus oblongus. Une ichnoespèce est définie à partir des traces qu'elle laisse (terriers, trous, empreintes, coprolithes) mais son identité biologique n'est pas connue. La plupart des pelotes fécales ont été trouvées dans du sédiment agrégé, mais certaines étaient associées à des coquillescoquilles de gastéropodesgastéropodes et de bivalvesbivalves ainsi qu'à des cirripèdes.

    Le neurocrâne d'un poisson est rempli des déjections fossiles de charognards. Échelle = 10 mm. © Godfrey et al, 2022
    Le neurocrâne d'un poisson est rempli des déjections fossiles de charognards. Échelle = 10 mm. © Godfrey et al, 2022

    Ces découvertes accompagnent celle, déjà répertoriée dans la littérature, du neurocrâneneurocrâne de poissonpoisson Astroscopus countermani rempli de ces petites pelotes fécales. Les individus de C. oblongus à l'origine de ces dépôts ont probablement dévoré les tissus mous de la tête, y compris le cerveaucerveau, de ce poisson après la mort de ce dernier et ont laissé derrière eux les traces de leur repas. Les auteurs de l'étude ont également identifié un coprolithe de près de 18 centimètres de long, ayant probablement été produit par le gavialidé du genre Thecachampsa.