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Bunostegos akokanensis, le reptile fossile qui vivait dans un désert

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Au Permien, une partie du centre de la Pangée devait avoir son propre climat désertique. C'est ce que confirme la découverte d'un nouveau reptile pareiasaure dans le nord du Niger. En effet, Bunostegos akokanensis, dont le crâne était couvert de protubérances osseuses, appartenait probablement à la faune endémique de cette région.

À partir des trois crânes trouvés au nord du Niger, Marc Boulay a su restituer l'apparence probable du reptile Bunostegos akokanensis. Ce pareiasaure a vécu voilà plus de 250 millions d'années. © Tsuji et al., Journal of Vertebrate Paleontology, 2013

Entre 300 et 200 millions d'années avant notre ère, la Terre ne possédait qu'un seul supercontinent : la Pangée. Il rassemblait approximativement toutes les terres émergées connues à ce jour. L'Eurasie et l'Australie se situaient respectivement à ses extrémités nord et sud, tandis que son centre était en partie occupé par l'Afrique. À cause de cette morphologie, des restes fossiles appartenant à une même espèce animale de l'époque peuvent actuellement être trouvés sur différents continents.

La découverte d'une nouvelle espèce de reptiles dans la formation géologique de Moradi (Permien supérieur), au nord du Niger, vient cependant de montrer que certaines espèces étaient endémiques à des régions précises de la Pangée. Elle confirme également une hypothèse avancée par la communauté scientifique : le centre du supercontinent abritait un désert extrêmement sec, et climatiquement isolé des autres régions. Cette affirmation mérite quelques explications.

Bunostegos akokanensis, un nouveau pareiasaure

L'animal décrit par Linda Tsuji (université de Washington, États-Unis) dans le Journal of Vertebrate Paleontology est un pareiasaure. Ce groupe rassemble des reptiles anapsides herbivores qui vivaient à l'époque sur l'équivalent actuel de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique. Certains ne mesuraient que 60 cm de long, mais d'autres, comme les Bunostegos akokanensis exhumés au Niger, atteignaient la taille d'une vache, pour un poids maximal d'une tonne, selon des estimations. Les animaux de ce groupe se distinguaient par la présence de protubérances osseuses sur la tête. Elles étaient probablement recouvertes de peau, comme les ossicônes des girafes, et pour Linda Tsuji, elles devaient avoir une fonction ornementale.

Présentation de la Pangée avec les noms des continents ou régions continentales actuels. © Kieff, Wikimedia commons, cc by sa 3.0

Les chercheurs n'ont trouvé que trois crânes de Bunostegos akokanensis, mais cela leur a suffi pour étudier 127 caractères morphologiques, et ainsi réaliser une étude phylogénétique. Pour ce faire, les données récoltées ont été comparées à celles de 29 autres espèces de reptiles, dont 21 de pareiasaures. Conclusion : Bunostegos akokanensis présente des caractères anciens et primitifs le rattachant à la base de son groupe, qui remonte au Permien moyen. Selon les scientifiques, sa lignée généalogique a probablement été isolée durant des millions d'années.

Une espèce endémique au nord du Niger

Certains traits morphologiques, comme la taille et la forme des protubérances crâniennes, ont donc montré que cette espèce n'avait pas de lien de parenté proche avec des fossiles de la même époque découverts en Écosse et au Maroc. Ainsi, ces caractères sont propres aux reptiles nigériens. L'absence d'herbivores dicynodontes, des reptiles mammaliens et de Glossopteris, mais aussi la présence de cotylosaures à Moradi, montrent que la communauté d'animaux qui y vivaient au Permien supérieur était différente et unique par rapport à celles observées ailleurs sur la Pangée.

Cette singularité s'expliquerait ainsi : le centre du supercontinent devait avoir, au niveau du nord de l'actuel Niger, un climat propre et stable qui a persisté durant des millions d'années. Il a concentré les Bunostegos akokanensis, qui se sont ajoutés à une faune endémique adaptée, tout en repoussant d'autres espèces. Or, les données géologiques disponibles suggèrent que la Pangée était extrêmement sèche au Permien, là où les fossiles ont été trouvés, ce qui traduit l'existence d'une zone désertique.

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