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L’activité cyclonique du Pacifique liée à la faiblesse des ouragans ?

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Le typhon Haiyan est le 13e de la saison. L'activité cyclonique dans le Pacifique cette année est marquée par une importante fréquence de supertyphons. Dans l'Atlantique en revanche, la saison des ouragans a été particulièrement calme, tandis que la NOAA prévoyait au contraire une année active. Le lien de causalité entre ces deux saisons n'est pas exclu.

Modis, à bord du satellite Aqua, de la Nasa, a pris cette image le 10 novembre 2013. On observe le supertyphon Haiyan approcher des côtes vietnamiennes. Lorsqu'il a frappé les côtes philippines, il était au maximum de sa puissance et a ravagé le sud de l'archipel. © Nasa

Il y avait 70 % de chance que la saison cyclonique 2013 en Atlantique soit au-dessus de la moyenne. La NOAA prévoyait qu'entre 13 et 19 tempêtes seraient nommées, qu'il y aurait entre six et neuf ouragans et probablement entre trois et cinq ouragans majeurs. Pourtant, la saison cyclonique, qui a démarré en juin 2013 et s'achèvera à la fin du mois de novembre, a été largement plus calme que prévu. À ce jour, parmi les 12 tempêtes tropicales nommées cette année, seules deux sont devenues des ouragans, et aucun n'est devenu majeur.

Humberto, le premier ouragan à s'être formé, est survenu si tard dans l'année qu'il marque presque le record de retard de début de saison. Par ailleurs, Ingrid et Humberto, les deux seuls ouragans, étaient de catégorie 1 sur l'échelle de Saffir-Simpson, qui compte cinq niveaux. Dans le Pacifique en revanche, la saison cyclonique est intense. Aujourd'hui, le monde entier a les yeux rivés sur les Philippines, ravagées par le typhon Haiyan, le plus puissant jamais enregistré à avoir frappé des côtes terrestres. Néanmoins, d'autres typhons majeurs l'ont précédé. Cette année, on se souviendra entre autres de l'alignement parfait des tempêtes Phailin, Nari et Wipha ou du supertyphon Utor, qui avait ravagé les Philippines.

Le 12 octobre 2013, l’instrument Modis du satellite Aqua de la Nasa capturait les trois tempêtes tropicales survenues au même moment. À gauche, la tempête Phailin, au centre le typhon Nari et à droite le typhon Wipha. © Nasa

La circulation atmosphérique modifiée

Haiyan est le 30e événement cyclonique depuis le début de la saison. Si l'activité est légèrement au-dessus de la moyenne (qui est de 26), c'est surtout le nombre de supertyphons qui est largement supérieur cette année. Les circulations atmosphériques dans l'Atlantique et le Pacifique étant connectées, on peut se demander s'il existe un lien entre la faiblesse de la saison cyclonique en Atlantique et l'intensité de celle du Pacifique.

Durant les événements El Niño, les alizés s'affaiblissent et le bord est de l'océan Pacifique tropical se réchauffe. Dans ces conditions, la circulation atmosphérique est modifiée dans diverses régions du monde. L'Australie et tout l'ouest tropical du Pacifique sont soumis à des conditions plus fortement anticycloniques, provoquant souvent d'importantes sécheresses. La circulation globale est modifiée, et aurait tendance à réduire la fréquence des ouragans en Atlantique. Par ailleurs, dans des conditions El Niño, le nord-ouest de l'océan Pacifique est plus chaud en surface. Cela pourrait favoriser l'intensification des typhons.

En situation El Niño, les alizés s’affaiblissent, l’océan Pacifique tropical se réchauffe. L’atmosphère répond aux changements de température de l’océan. Elle s’assèche (drier en anlgais, les zones jaunes) dans l’ouest du Pacifique et s’humidifie (wetter en anglais, les zones vertes) dans le centre de l’océan. Le nord-ouest du bassin se réchauffe (warmer en anglais, les zones hachurées grises) et le nord-est de l’Amérique du Sud s’assèche. Les zones de convections atmosphériques sont mondialement modifiées, ce qui a une influence sur la fréquence des ouragans en Atlantique. © South Carolina State Climatology Office, http://www.dnr.sc.gov

Les tempêtes du Sahara ont inhibé la formation des ouragans

L'océan Pacifique est actuellement en conditions presque neutres et un El Niño très faible se profile. Toutefois, on observe une anomalie de température dans le nord-ouest du Pacifique, qui pourrait bien en effet amplifier l'intensité des typhons. Mais compte tenu de sa faiblesse, El Niño n'explique pas à lui seul la faible saison cyclonique que l'Atlantique a connue. La fréquence des tempêtes de sable dans le Sahara, plus élevée cette année qu'en moyenne, pourrait avoir joué un rôle.

Les poussières de sable sont des aérosols qui peuvent jouer le rôle de noyau de condensation dans l'atmosphère. Ils favorisent, au-dessus des océans, la formation de nuages. Toutefois, ces aérosols au-dessus de l'Atlantique sont associés à des airs secs et chauds, apportés par le courant-jet africain d'Est. Des études ont montré que l'activité cyclonique est moindre en présence de grandes quantités de poussières du Sahara au-dessus de l'Atlantique.

Il est donc possible que cette année, la faiblesse de la saison des ouragans dans l'Atlantique Nord ait été pilotée par l'association de conditions plus chaudes de l'océan Pacifique (conditions El Niño neutres mais des anomalies de température de l'océan tout de même positives) et de la hausse de fréquence des tempêtes du Sahara. Parce qu'une modification des mouvements atmosphériques a des répercussions sur la circulation globale, on ne peut exclure un lien de cause à effet entre ces deux saisons cycloniques.

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